Lecture / Ecriture
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La somme de nos folies de Shih-Li Kow

Shih-Li Kow
  La somme de nos folies

La somme de nos folies - Shih-Li Kow

La vie en Malaisie
Note :

   Rentrée littéraire 2018
   
   Mary Anne vit dans un orphelinat de Kuala Lumpur, Malaisie. Un jour, elle est victime d'un grave accident de la route dans lequel ses deux futurs parents adoptifs meurent. C'est alors Beevi, demi-sœur de la femme tuée qui accueille Mary Anne, dans la grande maison dont elle hérite, à Lubok Sayong, petite ville un peu perdue au nord du pays, qui subit des inondations régulières. Vit là également Auyong, homme vieillissant, ex-directeur d'un hypermarché, venu pour diriger l'usine de mise en boîtes de litchis.
   
   Charmant récit, tour à tour humoristique et léger, grave et profond, dans lequel un homme vieillissant et une jeune fille alternent les prises de parole pour dire leur vie, leur ville, des anecdotes sur Beevi, leur amie commune. Rafraîchissant, tendre, on pourrait croire à une suite de petites nouvelles racontées de deux points de vue. Lorsque Auyong prend la parole, il revient sur la fin de l'événement dont parlait Mary Anne juste avant, et inversement, avant que chacun ne prolonge l'histoire. Ce qui fait qu'on en sait beaucoup sur eux, sur Beevi, sur Lubok Sayong et sur la vie en Malaisie en général.
   
   Très bien mené, la note reste positive même lorsque Shih-Li Kow aborde des sujets encore délicats dans la société malaisienne -et dans beaucoup d'autres aussi-, comme l'homosexualité, le trans-genre, mais aussi la polygamie. L'auteure constate, donne parfois un avis tranché par ses personnages, mais laisse souvent le lecteur se faire sa propre opinion, elle décrit avec humour certaines situations difficiles, ajoute ici et là des traces de fantastique ou de légendes. Par exemple (pour l'humour, la légèreté), le jour où les habitants devaient choisir un nouveau nom pour leur village :
   "Tous les habitants furent conviés à une réunion, à l'ombre d'un cerisier près du principal arrêt de bus, pour choisir un nouveau nom. Vu que nos transports publics relèvent du tiers-monde, entièrement soumis aux caprices de l'appétit, de la soif et de la vessie du chauffeur, les gens arrivèrent au compte-gouttes. Entre l'attente, les discussions et le vote, une bonne partie de la journée y passa. Toute espèce de créativité fut étouffée par la chaleur, et la vision d'une cité étincelante, moderne, s'estompa bientôt parmi ces gens qui se grattaient le dos et se curaient les ongles des pieds en attendant qu'il se passe quelque chose." (p. 132/133)
   

   Joli roman de cette rentrée littéraire, original, particulièrement plaisant, qui parle d'un pays peu présent en littérature -je crois que c'est mon premier roman malaisien. C'est aussi le premier roman de Shih-Li Kow.
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critique par Yv




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Malaisie
Note :

    L'auteure est née en Malaisie dans la communauté chinoise. Elle signe ici un premier roman surprenant par son originalité de ton, par la magie qui s'en dégage et par le dépaysement qu'il procure.
   
    Elle raconte l'histoire de Beevi tenancière d'une maison d'hôtes, de son ami Sayong figure locale et directeur de l'usine de litchis du coin et de Mary-Anne, une toute jeune fille sortie de l'orphelinat.
   
    Ils vivent avec d'autres dans le petit village de Lubok Sayong, situé entre deux rivières et trois lacs, régulièrement inondé.
   
    Petits et grands malheurs nous sont racontés ici par deux voix.
   
    Deux personnages vont prendre la parole et nous emmener, dans une Malaisie lointaine et provinciale, prise entre traditions et modernité. C'est Auyong et Mary-Anne.
   
    A la suite du décès de sa sœur qui devait adopter Mary-Anne, Beevi se voit dans l’obligation d'accueillir l'adolescente.
   
    Sa vie en est un peu chamboulée et les histoires se savourent, le lecteur sourit. Il est question de gens simples, de province et de ruralité. Si notre regard occidental est perdu tant la culture y est différente, on se sent bien tout de suite dans cet univers si nouveau. La littérature est merveilleuse car elle permet le voyage et les rencontres, elle tend à l'universalité.
   
    Les autres personnages sont tout aussi attachants parce qu'ils poursuivent leur vie avec dignité, ils savent vivre ensemble et même s'ils sont un peu décalés ils conservent leur dose de mystère.
   
    Ce qui les lie va au delà des leçons de morale et on a envie de faire un bout de chemin avec eux.
   
    Mais à travers son humour et sa dose de magie, le texte interpelle par ses thèmes, notamment avec l'inoubliable Miss Boonsdik, travesti engagé qui va défendre les jeunes garçons maltraités pour leur sexualité.
   
    La Malaisie est certes exotique mais elle est représente un brassage ethnique important et une forte différence est faite en fonction des différentes origines. C'est ce qu'a voulu montrer l'auteure selon son point de vue.
   
    Un livre intéressant pour la découverte, la littérature malaisienne est très rare alors savourons.
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critique par Marie de La page déchirée




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Bijou d'originalité et de fraîcheur
Note :

   "A Lubo Sayong, on va en classe pour apprendre des trucs que sœur Tan aurait jugés sans intérêt, et en particulier les derniers ragots"
   

   Sœur Tan recueille à l'orphelinat sainte Mary beaucoup d'enfants abandonnés. Un jour, ils reçoivent la visite d'un couple qui veut adopter une des petites orphelines, en formulant une drôle de demande : ils veulent une enfant née un mois et une année bien précise. Mary Anne, âgée de 11 ans, est la seule qui répond à cet impératif et elle est donc choisie. Ce qui ne l'emballe pas plus que cela, alors que sœur Tan pense que c'est inespéré pour elle.
   Hélas, le couple a un accident de voiture sur la route du retour et seule Mary Anne survit. Beevi, la demi sœur de la passagère morte, va donc se sentir obligée de prendre sous son aile cette petite fille. Elle part vivre avec elle dans ce qu'on surnomme "La grande maison"."On allait m'expédier dans un bled du nom de Lubok Sayong, dans la plus grande maison de la ville, qui comprend notamment 10 toilettes."
   

   Dans cette ville, "vouée à être inondée" en raison de sa topographie, "la vallée se remplit comme une bassine sous un robinet ouvert".
   Quant à la grande maison, c'est "une forteresse de briques rouges, comme un géant de pierres, avec ses quatre hautes tours aux quatre angles, chacune dans un style et une couleur différents".
   
   Réticente au départ, car triste de quitter le pensionnat et notamment son amie Mary Beth, de quatre ans son aînée, Mary Anne va vite se faire à cette vie car "La grande maison est pleine de surprises et l'école de Lubok Saong beaucoup plus amusante". Ceci dit, elle n'en oublie pas pour autant ses anciennes relations, à qui elle écrit de nombreuses lettre et qui viendront d'ailleurs la voir. Elle se plait beaucoup dans cette grande demeure, qui compte de nombreuses chambres d'hôtes. A tel point que Mary Ann convainc Beevi d'acheter un ordinateur et d'installer la wi fi, ce qui lui permet de faire la publicité sur les possibilités d'accueil de la maison, résultat : beaucoup de gens s'y pressent...
   
   Ce roman malaisien est un petit bijou d'originalité et de fraîcheur, plein de tendresse et d'humour. Une histoire à deux voix merveilleusement écrite, dans laquelle deux personnages Auyong, le vieux directeur chinois de la conserverie de Litchis, grand ami de Beevi et Mary Anne se font formidablement écho. Un petit livre qui se lit très vite et est un vrai régal.
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critique par Éléonore W.




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Drôle et dépaysant
Note :

   L'histoire est racontée par Auyong, un homme d'affaires local, et Mary Anne, une jeune orpheline qui a été adoptée à onze ans par une famille de Lubok Sayong, une petite ville de Malaisie. Un endroit isolé par sa topographie, cette cuvette entre rivières et lacs est soumise à de fréquentes inondations va devenir un lieu prisé des touristes. 
   « À Lubok Sayong, l'eau est un vrai problème. Simplement parce qu'il y en a trop. La ville est vouée à être inondée, les inondations ravagent les maisons et emportent les vies. »
   

   On ne peut que s'attacher au personnage de la petite orpheline Mary Annequi avant de mourir aimerait bien être demoiselle d'honneur, apprendre à faire un gâteau au chocolat, et surtout elle aimerait retrouver sa mère. Sa mère qui est selon elle, star de cinéma à Hollywood et qui est très belle.
   
   Un récit drôle et dépaysant émouvant, très humain, un voyage exotique et enchanteur dans la Malaisie multiculturelle d' aujourd'hui où le surnaturel marche main dans la main avec la réalité. Les personnages sont hauts en couleur, Mami Beevi propriétaire de chambres d'hôtes, conteuse hors pair, miss Boonsidik un travesti héroïque qui fait face à des violeurs ; Ismet le fabricant de poterie artistique et aussi le fantôme d'un garçon qui hante le jardin. L'écriture est fraîche et malicieuse, la fantaisie et la tendresse sont omniprésentes.
   
   La chronique de cette petite de Malaisie, au carrefour des traditions et de la modernité qui hésite entre nouvelles et roman a été pour moi un agréable moment de lecture, mais sans plus, je n'ai pas réussi à entrer vraiment dans la magie de ce livre.

critique par Y. Montmartin




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