Lecture / Ecriture
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Une allure folle de Isabelle Spaak

Isabelle Spaak
  Une allure folle

Une allure folle - Isabelle Spaak

Enquête familiale
Note :

    Le magnifique DC-2 de la KLM en couverture, qu'on imagine envolé par-dessus les nuages vers des hauteurs céruléennes, est un détail mineur de ce récit (mais quelle allure, dites !) qui m'a poussé, vertus de l'image, dans les premières lignes d'Isabelle Spaak où la curiosité s'est muée en intérêt pour une enquête familiale sur les traces de sa mère et sa grand-mère.
   
   Une allure folle porte bien son titre, car la maman – Annie, Anne, Anny – c'était "De bonnes manière, une joie de vivre épatante, une allure folle, comme elle disait à propos d'autres femmes trouvées belles, beaucoup d'allant et d'élégance mais une disposition prodigieuse à tout envoyer valdinguer, ses enfants, ses maris, la bienséance, les lâches, les complaisants. Maman était ainsi, très forte et complètement démunie. Une fragilité incroyable assortie d'une fronde de risque-tout. Toujours taiseuse même si elle criait beaucoup, donnait le change, avançait à découvert, s'offrait sans calculer." Un folle allure, c'est aussi, ai-je souri, la manière nerveuse de raconter de la journaliste romancière : une sobre vivacité qui s'accorde merveilleusement à un sujet emporté par la volonté tonique de ne pas se languir.
   
    L'événement déclencheur de l'écriture est une lettre d'Israël, du Yad Vashem, qui veut faire d'Anny une Juste pour la protection d'enfants juifs durant la seconde guerre, ce qu'ignorait complètement Isabelle Spaak.
   
    On sait que la mère de l'auteure, en 1981, a tué son second mari (le fils du politicien P-H Spaak) d'un coup de fusil puis s'est suicidée, ce qu'Isabelle Spaak raconte dans Ça ne se fait pas (prix Rossel 2004) et évacue rapidement en trois lignes dans Une allure folle. Elle revient, en moins de deux cents pages, à l'aide de photographies, lettres et visites de lieux, sur le parcours de sa mère, de sa grand-mère Mathilde et du grand-père italien éloigné qui les entretenait. Naissance hors mariage, dame entretenue, enfant faussement reconnue, les deux femmes éteint tenues par le risque du bannissement : "Mère-fille, "fille-mère". la pirouette est facile."
   
   Dans un entretien filmé (La Libre), l'auteure présente parfaitement le livre qu'en bonne journaliste, elle a des scrupules à ne pas classer comme roman : non une biographie mais "une digression à propos d'êtres existants". À partir des documents et des lieux, elle a dû certes raconter des moments, imaginer des dialogues, mais il serait abusif de qualifier ce texte d'œuvre d'imagination. Elle confie s'être amusée, c'est réjouissant, d'autant que son livre est une réussite, j'y ressens une femme très attachée aux traces matérielles du passé. Que laisserons-nous, pour notre part, de nos histoires à nos petits-enfants ? Où sont ces meubles qui passaient d'une génération à l'autre ? Nos lettres, nos cartes postales, nos photos?
   
   Ce récit m'a fait songer aux Souvenirs pieux de Yourcenar (hormis la manière d'écrire et la dimension du projet), à la différence qu'Isabelle a connu sa mère et la met nettement moins à distance que n'aurait pu le faire Marguerite. La fille de la leste Mathilde est désignée par "maman", tout simplement : "Et je continue de trouver vaguement ridicule et même embarrassant pour un adulte de parler de sa mère en disant "maman". Non de l'appeler "maman" en sa présence ou d'écrire ce mot. Mais de le prononcer à voix haute. Il est trop intime pour être dit. Trop précieux. Pas partageable."
   

    L'écrivaine belge considère que son livre fait partie d'une trilogie commencée avec Ça ne se fait pas et poursuivie avec Pas du tout mon genre.

critique par Christw




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