Lecture / Ecriture
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Kernok le pirate de Eugène Sue

Eugène Sue
  Les mystères de Paris
  Kernok le pirate

Eugène Sue est le nom de plume de Marie-Joseph Sue, écrivain français, né en 1804 à Paris et mort en 1857.

Kernok le pirate - Eugène Sue

Pour tout âge
Note :

   Si Eugène Sue est surtout connu pour Les mystères de Paris et Le juif errant, il ne faut non plus oublier ses courts romans avec lesquels il a débuté sa courte carrière de romancier. En effet il est décédé en 1857, à l’âge de cinquante-trois ans.
   
   Kernok le pirate, est le premier, et court roman publié dans la revue La Mode, en trois livraisons hebdomadaires, à partir du 13 mars 1830. Suivront d’autres courts romans dont El Gitano et Atar-Gull. Une mise en train avant d’aborder les romans sociaux dont l’imposant Mystères du peuple ou Histoire d’une famille de prolétaires à travers les âges, œuvre de longue haleine qui sera publiée de 1849 jusqu’en 1857 dont un jugement rendu par le tribunal de Paris du 25 septembre de la même année ordonnait la destruction des clichés et la suppression de l’ouvrage Les Mystères du peuple, par Eugène Sue, de tous les exemplaires saisis et de tous ceux qui pourront l’être, et en ordonne l’entière suppression (Revue Le Rocambole N°28/29, Relectures d’Eugène Sue, Automne-hiver 2004).
   
   Kernok le pirate est un roman d’action, d’aventures maritimes, dans lequel la violence, surtout initiée par le héros, est présente quasiment de bout en bout. Court mais efficace, ce roman est empreint d’un humour noir, féroce, que l’on retrouvera par la suite dans certains romans de Paul Féval dont La fabrique de crimes.
   
   Sur les conseils de sa femme Mélie, une jeune et jolie métisse, Kernok se présente dans la cabane d’un écorcheur (un cacou) qui vit avec sa femme Ivonne, sorcière, et leur fils, un simplet. Ils sont quelque peu naufrageurs également.
   
   Ivonne connaît le parcours de Kernok, depuis son enfance comme mousse jusqu’à ce qu’il prenne le commandement de L’Epervier, un fier navire. D’après une légende, mais en général elles possèdent un fond de vérité, il aurait aidé le capitaine du navire à passer par-dessus bord. Donc la sorcière connait les antécédents de Kernok, mais ce qu’elle prédit n’est pas du goût du pirate. Elle voit Mélie en sang et lui affirme qu’il n’a plus que treize jours à vivre.
   
   Nous retrouvons Kernok à bord de son bâtiment louvoyant entre les vagues, se montrant odieux envers ses hommes et plus particulièrement le mousse Grain-de-Sel. Zeli, le second, n’est pas en reste pour asséner les coups de garcettes, histoire de bien faire comprendre au mousse, et aux autres, que le maître à bord c’est d’abord Kernok, puis lui.
   
   Arraisonner un navire est chose aisée pour les pirates, mais ensuite, il faut digérer les libations consécutives à la victoire sur l’ennemi. Ensuite c’est un navire anglais qui ose se frotter à L’Epervier, et les dégâts se comptent aussi bien en hommes qu’en matériel. Les millions de piastres arrachées de haute lutte lors du premier abordage vont trouver un emploi qui n’était pas prévu à l’origine. Et Monsieur Durand, le chirurgien-charpentier-canonnier de l’Epervier ne sait plus où donner de la tête et des mains.
   
   Oh ! que j'ai admirablement conçu les corsaires, les aventuriers, les vies d'opposition : et là je me disais : la vie, c'est du courage, de bonnes carabines, l'art de se diriger en pleine mer et la haine de l'homme (de l'Anglais par exemple). Oh ! trente gaillards qui s'entendraient et mettraient bas les principes comme M. Kernok ! (Journal La silhouette – 1830
   
   M. Eugène Sue a donné dans La Mode la ravissante marine de Kernok, révélant avec modestie un talent frais et gracieux qui grandira car il est jeune, très jeune (Journal Le Voleur ; 10 janvier 1831)
   

   Quel est cet écrivain qui se montre si enthousiaste envers ce roman du jeune et prometteur Eugène Sue ? Tout simplement Honoré de Balzac qui ne tarit pas d’éloges envers son confrère.
   
   Ce roman maritime et d’aventures, limite fantastique, est plein de bruit et de fureur, de violences, et montre la condition dans lesquels les marins étaient traités à l’époque, et surtout la vie difficile vécue par les mousses. Pourtant, tel Grain-de-Sel, ceux-ci subissaient leur sort sans vraiment en vouloir à leurs capitaines, car ils savaient que sous la férule se cachait, parfois, un avenir qui les entrainait vers une vie d’hommes capables d’affronter tous les éléments.
   
   Sue entreprend, dès ce roman, une analyse profonde de la superficialité du jugement social et de l’Eglise qui a perdu le sens du langage et de ses principes.

critique par Oncle Paul




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