Lecture / Ecriture
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Trois fois la fin du monde de Sophie Divry

Sophie Divry
  La condition pavillonnaire
  Quand le diable sortit de la salle de bains
  La cote 400
  Rouvrir le roman
  Trois fois la fin du monde

Sophie Divry est une écrivaine française née en 1979 à Montpellier.

Trois fois la fin du monde - Sophie Divry

… Mais seul
Note :

   Rentrée littéraire 2018
   
   Et voici mon deuxième coup de cœur de cette rentrée littéraire !! A force de lire beaucoup, j’attends à présent de mes lectures qu’elles me bousculent et m’étonnent, et c’est bien le cas avec ce nouveau titre de Sophie Divry, complètement inattendu. Et ouah, quelle énergie dans la narration et l’écriture !!
   
   Joseph Kamal vient d’être jeté dans une prison de région parisienne, après un braquage raté dans lequel son frère Tonio a trouvé la mort. Un peu naïf et déphasé, il est très vite confronté à l’extrême violence dont font à la fois preuve les autres détenus, mais aussi les gardiens. Quand soudain, une explosion nucléaire rebat les cartes. Joseph Kamal profite du désordre pour s’échapper, quand d’autres décèdent autour de lui. Les survivants sont peu nombreux et partent pour la plupart à l’abri des radiations, dans la zone. Joseph, lui, choisit de s’enfuir dans l’autre sens, dès qu’il a conscience que son casier judiciaire le suivra toujours, et que s’inventer une nouvelle vie dans la zone est impossible. Il se retrouve alors dans un village de Causse, dans lequel il arrive peu à peu à se créer un abri, un foyer, entre son potager, le mouton qu’il a recueilli et sa chatte Fine. Mais la solitude est totale, et les vivres rares. Ce nouveau Robinson des temps modernes arrivera-t-il à survivre à ce naufrage d’un nouveau genre ?
   
   Il est peu de dire, donc, que j’ai été bousculée par ce dernier titre de Sophie Divry. Tout d’abord, par sa description presque intenable (réelle ?) du milieu carcéral. Le jeune Joseph, entraîné par son frère dans une voie qui ne lui correspond qu’à moitié, est confronté dès son emprisonnement à un broyage intégral de sa personnalité. Puis, il y a toute cette description de la survie post-apocalyptique qui là, génère tout à coup un certain apaisement. On s’imagine quelqu’un survivre dans la zone interdite de Tchernobyl, on s’imagine la situation possible et l’empathie du lecteur naît peu à peu.
   
   Sophie Divry signe ici un roman à la fois extrêmement violent et d’une étrange beauté. L’écriture est rude, abrupte, pas forcément confortable, mais le propos est engagé et fort. Je recommande plus que chaudement.
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critique par Antigone




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Solitude
Note :

   "Faut pas mollir. Organiser son temps. Avoir son propre règlement, que celui des Bleus ne soit plus le seul à s'imposer. Curieusement, au lieu de nous contraindre plus, cela nous garantit de la liberté, ou quelque chose d'approchant."
   

   Un seul personnage principal , Joseph Kamal, va connaître Trois fois la fin du monde. La première en étant incarcéré pour la première fois de sa vie en prison où il fera l'expérience d'une communauté imposée et n'aspirera qu'à la solitude. La deuxième, quand à l'issue d'une Catastrophe, indéterminée, il fera partie des survivants et mettra à profit les acquis de la prison. La dernière, quand il se retrouvera seul dans la nature à rechercher la compagnie des animaux pour ressentir à nouveau des émotions et des sentiments.
   
   N'étant guère friande ni de romans carcéraux ni de romans évoquant la fin du monde, je me suis pourtant régalée du début à la fin de ce roman de Sophie Divry, la présentation et la citation mise en exergue me donnant comme boussole "l’histoire revisitée d’un Robinson Crusoé plongé jusqu'à la folie dans son îlot mental". C'est donc avec enthousiasme que j'ai lu ce roman, établissant sans cesse des comparaison avec les textes de Defoe et/ou de Michel Tournier. Quant à la dernière partie, elle a tout de suite fait écho à un texte clairement revendiqué comme source d'inspiration par l'auteure, à savoir Le mur invisible de Marlen Haushofer.
   
   Évoquant le thème de la solitude recherchée ou subie, Trois fois la fin du monde montre qu'une fois de plus Sophie Divry a su se renouveler avec bonheur.
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critique par Cathulu




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Post-apocalyptique
Note :

   "Joseph est l'espèce humaine toute entière"
   

   De Sophie Divry, je connaissais La condition pavillonnaire qui fut un tel coup de cœur que bizarrement, j'ai eu peur de découvrir d'autres romans de cet écrivain... la crainte d'être déçue. Oui, je sais c'est étrange. Quand j'ai adoré le livre d'un auteur, je veux que tout le reste de son œuvre soit du même tonneau et c'est rarement le cas. Alors souvent je passe, restant sur le doux souvenir d'un miracle littéraire furtif mais intense et qui hélas ne se reproduira plus (Quelques exceptions : Paul Auster dont j'ai aimé follement six ou sept livres à la suite ou en des temps plus lointains, Henri Troyat, dont j'ai TOUT aimé, RIP)
   
   Sauf que là, il y avait Trois fois la fin du monde qui faisait largement référence au Mur invisible (si vous ne connaissez pas cette merveille, madame, monsieur, je vous prie de bien vouloir vous précipiter pour la lire, bien cordialement etc) et que Sophie Divry + la fin du monde + dystopie + Le Mur Invisible = j'ai envie très envie. J'ai donc fini par succomber et je l'ai acheté. Et je l'ai lu.
   
   J'ai beaucoup aimé. Pas aussi passionnément que La condition pavillonnaire mais tout de même. Voilà un bon livre, intense, dur, émouvant, très bien écrit par une auteure qui sait se renouveler ! (il y a en effet un univers entre l'héroïne de La condition pavillonnaire et le jeune homme décrit dans ce roman post-apocalyptique !)
   
   Joseph Kamal se retrouve en prison à la suite d'un braquage qui tourne mal. La prison, c'est l'enfer. Mauvais traitements, saleté, misère absolue... Joseph connaît sa première fin du monde quand il est incarcéré. La seconde intervient lorsque une catastrophe nucléaire décime une partie de la population (une zone dans le nord aurait été épargnée). Joseph en réchappe et se retrouve seul de chez seul, après l'épouvantable promiscuité de la prison : troisième fin du monde. Sa seule compagnie, dans une ferme désertée, est un mouton, un chat, puis deux chatons auxquels il s'attache éperdument.
   
   Le temps s'écoule, lentement, inexorablement. Joseph apprend à cultiver la terre, découvre la nature, puissante et belle, oscille entre périodes de désespoir et moments d'euphorie. C'est touchant et beau. Ce jeune garçon que le monde civilisé a rejeté avec violence se sent le roi du monde, au sein d'une nature qu'il apprend peu à peu à maîtriser. Qui l'empêche à présent de peindre sa porte en doré, s'il le souhaite? Rien ni personne, il est seul...
    "C'est bien ce doré, c'est beau... ça m'éclate, sérieux, ça m'éclate ! Je suis le roi du monde avec cette porte dorée. C'est Versailles !"
   

   L'écriture de Sophie Divry est tantôt poétique et ample, tantôt moderne lorsque la narration est assurée par Joseph. J'ai été moins convaincue par ce procédé et l'utilisation d'un vocabulaire "djeun's" , qui m'a paru artificiel, un peu fabriqué. C'est mon seul bémol, je n'aime pas forcément les exercices de style. On peut toutefois reconnaître que Sophie Divry sait écrire de toutes les façons possibles (ce qui m'avait dejà séduite dans La condition pavillonnaire) et qu'elle le fait dans l'ensemble plutôt très bien. A noter : la fin du roman, superbe, qui vrille le cœur !
   
    "Les racines, les graines, les radicelles, toutes ces ronces obstinées, comme les branchages chevelus des arbres, tous ils se ruent sur le soleil et sur la terre, ils creusent et poussent à nouveau, dans la terre et dans le ciel, pour reformer, à peine entamé, cet immense filet autour de lui qui le protège et qui l'asservit."

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critique par Une Comète




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Ce qu'on veut et ce qu'on a
Note :

   Les flics ont tué son frère, ils l'ont tué devant une bijouterie, il sait qu'il va en prendre pour vingt ans pour complicité. Son frère était son dernier lien, sa dernière famille. S'accroupir au-dessus d'un miroir pour la fouille. Une odeur de fruits pourris, d'eaux usées, de viande avariée, la sueur de centaines d'hommes mal lavés, les insultes, les hurlements, les bruits de serrure, le cliquetis des gamelles. Ils sont six dans une cellule de douze mètres carrés, les murs sont noirs de crasse et de graffitis. Joseph a envie de tuer, de frapper, de mourir.
   
   Il suffit d'une explosion, la moitié de l'Europe irradiée, une partie de la France évacuée. La catastrophe lui a permis de s'enfuir de la prison, Joseph se retrouve seul, dans la zone touchée par les radiations. Il va falloir survivre.
   
   J'ai beaucoup aimé la façon dont Sophie Divry arrive à passer d'une écriture dure et violente qui décrit parfaitement l'univers glauque du monde carcéral au paysage certes désolé, mais magnifique du Causse, que Joseph va peu à peu apprivoiser, l'écriture se fait alors poésie et c'est magnifique. L'auteure nous fait ressentir avec ses mots, la solitude extrême de cet homme au bord de la folie. le style est très original puisque c'est Joseph qui parle, qui nous livre ses pensées, ses sentiments. Un homme qui vit d'abord comme un rat qui se terre, sans eau, sans électricité. Il va trouver dans les livres les gestes et les codes pour survivre dans cet environnement. Comme Robinson Crusoé, isolé il va s'accrocher à l'amitié de Chocolat le mouton et Fine la chatte.
   
   J'ai trouvé certains passages remarquables comme lorsque Sophie Divrynous décrit l'explosion de la nature au printemps. "Alors du plus caché de la terre, du plus profond, du plus humble, des millions de graines lancent un cri muet de désir. Toutes, sous l’œil endormi, écartent la pellicule qui les tenait resserrées et déploient en même temps leur volonté opiniâtre de crever le sol. les rayons du soleil répondent à cet appel, tirent et attirent chacune de leurs tiges, les scindent en minuscules langues, en lianes, en feuilles claires, jusqu'à ce qu'elles se répandent enfin à la surface du sol."
   

   Un livre singulier puisque le lecteur passe brusquement d'une cellule de prison à l'immensité de la nature sauvage. Un homme emprisonné qui souffre de la promiscuité et rêve d'être seul "J'ai tellement envie d'être seul maintenant. Entièrement seul. le besoin de solitude me torture presque physiquement. Ah, qu'on me donne de l'air, de l'espace. Combien je donnerais pour ne plus voir personne, pour ne plus les entendre, ces hommes, ces détenus, ces corps près du mien, ne plus les voir bouger, combiner, dominer, causer, ne plus les entendre mastiquer, se gratter, ronfler, pisser, et répandre autour de moi toute cette saloperie d'humanité."
   
et cet homme, suite à une catastrophe va se retrouver dans une solitude absolue.

critique par Y. Montmartin




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