Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

L’homme qui voyait à travers les visages de Eric-Emmanuel Schmitt

Eric-Emmanuel Schmitt
  Oscar et la dame rose
  Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran
  L'enfant de Noé
  La rêveuse d’Ostende (et autres nouvelles)
  Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent
  La part de l’autre
  La femme au miroir
  Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eus
  Le sumo qui ne pouvait pas grossir
  Dès 08 ans: Les aventures de Poussin Ier
  La nuit de feu
  La secte des égoïstes
  Les perroquets de la place d’Arezzo
  La nuit de feu
  L’homme qui voyait à travers les visages

Éric-Emmanuel Schmitt est un auteur d'origine française né en 1960 et naturalisé belge en 2008.

L’homme qui voyait à travers les visages - Eric-Emmanuel Schmitt

L’homme et l’âme
Note :

   Accusé Dieu, levez-vous!
   
   On sait, à l’entendre répondre aux nombreuses interviews ou tout simplement en parcourant son œuvre que Eric-Emmanuel est un être pétri de religiosité. Pas une grenouille de bénitier, mais une personne pour qui l’humanité a du sens. Nous ne sommes pas simplement des êtres de chair et de sang, un agglomérat subtil et exemplaire de cellules et de bactéries. Quelque chose de supérieur nous anime, nous porte, nous élève… Et parfois nous fait commettre aussi des actes ignobles.
   
   Il est question ici de terrorisme dans une Belgique qui n’échappe pas à l’obscurantisme et la barbarie en plein XXIème siècle. Bien évidemment E.E.S ne souscrit en rien aux propos belliqueux d’un islam mal interprété qui a pris la place d’un catholicisme vindicatif pendant quinze siècles. Et il s’en explique directement. Car l’auteur parvient à se mettre en scène lui-même!
   
   Le stagiaire journaliste, sdf sans que l’on sache bien pourquoi et doué d’un pouvoir psychique qui donne au récit un côté surréaliste, devra rencontrer l’une des personnalités belges en vue et ce sera l’écrivain Schmitt. Plus fort encore, il va rencontrer Dieu himself pour une interview d’anthologie.
   Personnellement, je préfère Schmitt quand il se borne à nous peindre une réalité tout juste enjouée de personnages chaleureux et attachants. En revanche, quand il s’aventure à nous convaincre que l’humanité n’est pas laissée seule, à divaguer dans le néant, qu’une main secourable la guide vers… Vers quoi, au juste?
   
   Oscar et Madame Rose, Monsieur Ibrahim, bien sûr j’ai aimé ces bouquins. Mais, cette fois, c’est juste un peu lourd. Les croyants verront leurs convictions confortées, tous les autres mécréants ne changeront pas d’un iota.
   
   Reste quelques belles réflexions sur Dieu écrivain. De ses trois livres, E.E.S tire une philosophie. Trois livres? L’ancien et le nouveau testament puis le Coran. Et la Thora? Peut-être l’auteur l’assimile-t-il à la Bible?
   
   On sent le questionnement de l’écrivain lorsqu’il s’interroge : qui écrit quand j’écris? Qui parle en nous, qui agit en nous? Vaste sujet dont je regrette qu’il n’ait pas pris davantage de place dans ces pages.
   
   Schmitt en profite au passage pour égrener quelques pépites sur l’écriture, telle que "la lecture fait la qualité d’un livre" . Le lecteur, c’est-à-dire autant vous que moi, serait-il la seconde main de l’écrivain?
   
   Cela posé, pour un athée de mon espèce, il y a tout de même quelques coïncidences troublantes. Ainsi, tout commence par "que la lumière fut". Et qu’est-ce que le Big Bang sinon une gigantesque explosion de lumière? Que la Bible ait été écrite par la main de l’homme ou soufflée par une divinité supérieure, comment expliquer une telle coïncidence? Par ailleurs, parlant d’Adam et Eve, toute espèce débute forcément par un couple unique. Jusqu’à l’arbre de la connaissance. C’est bien la volonté de savoir qui rend l’homme malheureux. Les animaux n’ont pas de problèmes métaphysiques que je sache.
   Finalement, c’est le titre qui ne va pas.
   Le héros ne voit pas spécialement au travers des visages, ni même à l’intérieur des esprits, façon médium. C’est autre chose.
   J’ai bien aimé cette formule "l’espoir est le revers de la nostalgie", comme la sortie d’un tunnel. Mais, finalement, c’est ce mot de Dieu qui donne tout son sens au roman et aurait fait un titre magnifique : "J’ai mal à l’homme".

critique par Walter Hartright




* * *