Lecture / Ecriture
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Acide, Arc-en-ciel de Erri De Luca

Erri De Luca
  Montedidio
  Trois chevaux
  Acide, Arc-en-ciel
  Le contraire de un
  Essais de réponse
  Un nuage comme tapis
  Le jour avant le bonheur
  Les poissons ne ferment pas les yeux
  Le chanteur muet des rues

Erri De Luca est né à Naples en 1950, il vit actuellement près de Rome.

Il a participé à des mouvements d’extrême gauche qui continuent à avoir sa sympathie.

Ayant quitté à 18 ans un avenir tout tracé (études, métier confortable) il a voyagé en menant une vie d’ouvrier non qualifié sans jamais cesser d’écrire. Il n’a pas été publié avant d’avoir 40 ans.

Il est actuellement un écrivain reconnu.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Acide, Arc-en-ciel - Erri De Luca

Un livre pas facile
Note :

   “Acide, Arc-en-ciel” est le troisième livre de Erri De Luca, second roman après un recueil de nouvelles. Il a reçu le prix France Culture en 1994.
   
   C’est un livre difficile d’accès que je ne me vanterai pas d’avoir saisi totalement. Quand je dis qu’il est difficile, la difficulté ne réside pas, comme le font certains, dans l’usage de mots ou tournures syntaxiques compliquées, mais dans l’imprécision du récit due à la grande part poétique, et à la complexité des notions philosophiques qui le sous-tendent .
   
   Tout d’abord, on ne comprend pas bien où l’on se trouve, ni ce qui se passe réellement, tant songes, images poétiques, métaphores et réalités se mêlent. L’on retient que l’on est dans une maison qui tombe en ruine, dans un lieu isolé et exposé aux intempéries. La pluie y pénètre, le vent casse des vitres. Le retour de cette demeure à l’état de pierres et de terre est prévu et accepté, le retour de son habitant à l’état de poussière l’est tout autant.
   Dans cette maison, dans un siège, un homme, âgé et qui a cessé de se nourrir, songe au temps où il soignait cette demeure et ses animaux, au temps où des amis l’y ont rejoint pour quelques jours. La maison bruit de toutes parts maltraitée par les éléments, mais "les visites d’antan couvrent leurs voix."
   
    Il évoque ainsi trois visites et c’est autour de ces trois souvenirs que s’articule le récit. A chaque fois, il s’agit d’amitiés très fortes et profondes, qui ont pris naissance dans l’enfance et qui s’accommodent de longues séparations. A chaque fois, ces visites sont la dernière du visiteur. A chaque fois, l’hôte vivait seul.
   
   L’hôte, le narrateur, se présente comme un être neutre, sans désirs ni projets. Il a été brisé, par une maladie dit-il, dès l’enfance. Et depuis « Il était impossible de chercher la bagarre avec moi. Ils (ses camarades de classe, puis tout le monde par la suite) ne savaient pas me maltraiter, ni m’aider.»
   Il est devenu un témoin à qui l’on peut tout confier, qui comprend le plus souvent et qui ne juge jamais. Et c’est ainsi qu’il est utilisé par ses visiteurs. De lui, De Luca dira dans "Essais de réponse": "C'est le témoin que chacun voudrait avoir au moins un des soirs d'une vie."
   Le premier des visiteurs est un assassin, le second est un prêtre et le troisième un surdoué.
   
   Pour le titre, on le doit au père du premier visiteur : « Aceto, arcobaleno* : c’est par ces mots que commençait l’ordre alphabétique de son petit dictionnaire d’anglais et de français qu’il tentait de nous enseigner, à ma sœur et à moi. Il rentrait pour le dîner et trouvait un peu de temps pour nous qui étions en âge d’apprendre de lui. Il s’asseyait dans un vieux fauteuil vert et nous deux, chacun sur un bras, nous écoutions et répétions ces premiers noms capitaux. »
   
   Ces trois visiteurs sont peut-être trois formes qu’aurait pu prendre la vie d’Erri De Luca, et qu’elle n’a pas prises.
   
   Un beau texte, riche, pas mon préféré chez cet auteur, mais néanmoins un texte qui vaut d’être lu et plus tard, relu. Et des images (la crypte des religieuses et d’autres) qui resteront. Et puisque je parle de cette crypte, comment ne pas faire le rapprochement avec la position du narrateur ?
   
   Extrait :
    “C’est étrange, mais c’est ainsi : le plus souvent notre meilleur côté ne dépend pas de nous, il est confié à l’initiative d’un inconnu qui vient le réveiller par hasard.”
   
   * Titre original de ce roman.

critique par Sibylline




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