Lecture / Ecriture
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Rue Félix-Faure de Ken Bugul

Ken Bugul
  Rue Félix-Faure
  La Folie et la Mort
  Cacophonie

Ken Bugul est le nom de plume de Mariètou Mbaye, écrivaine sénégalaise, née en 1947. En wolof, "Ken Bugul" signifie "celle dont personne ne veut".

Rue Félix-Faure - Ken Bugul

Faux gourou, vrai lépreux
Note :

   Le roman se situe évidemment rue Félix-Faure : nous sommes à Dakar dans le quartier du Plateau, près du marché Sandaga. Héritage colonial, l'artère est animée, riche de lieux de plaisir et de débits de boissons, un tous les cinquante mètres. Les colons partis, de nombreux Cap-Verdiens immigrés ont investi le quartier, dont Tonio le coiffeur qui joue au violon des airs de morna. De l'autre côté de la rue, c'est en fond de cour, le domaine de Drianké qui chante le blues.
   
   L'histoire c'est la mort d'un gros "moqadem", trafiquant en médicaments douteux, faux prophète de Dieu et vrai arnaqueur de femmes (de préference jolies et cultivées) qu'il jette après usage sexuel et monétaire. Elles croient l'aider à trouver Dieu ; il prétend les "purifier"; elles n'en retirent que la lèpre, car le "saint homme" s'est fait contaminer par une pute. Au début du livre, le cadavre coupé en morceaux est trouvé sur le trottoir au petit matin par le Muezzin qui va en oublier son travail. À la dernière page, quelques heures plus tard, le corps est arrivé à la morgue en attendant la fosse commune.
   
   Un roman policier ? Pas du tout. Dès la première page, deux policiers sont arrivés rue Félix-Faure pour garder le cadavre du gourou et ils y restent jusqu'à la fin, tandis que leur contribution est voisine du néant. Personne n'est arrêté pour le crime, même quand le Chef de la police finit par arriver. Au lieu d'une enquête à la Colombo, Montalban ou Driss Chraïbi, c'est Mun, la servante silencieuse qui nous livrera progressivement la clef de l'énigme tout en lisant le tapuscrit qu'elle a trouvé et dont le texte rejoint sa vie pour en faire un scénario et Djib un film : Vengeance !
   
   À travers cette histoire d'un Tartuffe africain, l'auteure dénonce la domination de la religion dévoyée sur la société sénégalaise et particulièrement l'écrasement des femmes par des hommes malades de sexe et de religion mêlés. Mais le résultat n'a rien d'une pesante démonstration féministe ni d'une dissertation anti-islamique malgré la présence du Philosophe. Par la magie du verbe, par les répétitions poétiques où l'on pourrait discerner un mode narratif de griot, l'auteure nous attire dans le piège de son récit à l'efficacité… diabolique !
   
   La quatrième de couverture nous apprend que Ken Bugul est un pseudonyme qui signifie "Personne n'en veut" en wolof. Quel paradoxe! Des livres comme ça, on en redemande!

critique par Mapero




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