Lecture / Ecriture
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La beauté des jours de Claudie Gallay

Claudie Gallay
  Dans l'or du temps
  Les déferlantes
  Seule Venise
  L'amour est une île
  Une part de ciel
  La beauté des jours

Claudie Gallay est une écrivaine française née en 1961.

La beauté des jours - Claudie Gallay

Crise de la quarantaine
Note :

   Entrer dans une boutique de mode est une épreuve pour moi. Je veux trouver le vêtement idéal, qui m’ira (à peu près) bien, tout en faisant chauffer le moins possible la carte bleue. J’hésite toujours et finis souvent déçue.
   
   Dans une librairie, c’est autre chose. Tout me tente. Les couvertures, les titres, l’odeur, le papier. Alors je n’ai pas réussi à me retenir d’acheter le dernier roman de Claudie Gallay, m’étant régalée de plusieurs autres de ses écrits. 22€ quand même… car il n’est pas encore en format poche.
   
   J’ai lu la quatrième. Et j’ai su qu’il allait me secouer. Le livre en main, pas encore payé, je pensais déjà que je devrais me retenir de le dévorer en quelques heures. Pour étirer les jours où j’aurai encore des pages à découvrir. Pour laisser le temps aux courts chapitres d’infuser.
   
   L’histoire n’a rien de novateur. Une femme dans une sorte de crise de la quarantaine. Tiraillée entre un amour de jeunesse qui refait surface et s’agite en créant des remous, et une vie de famille plutôt confortable et rassurante. Une histoire de choix. Jeanne, le personnage central, est un peu spectatrice de sa vie. On suit quelques semaines ou quelques mois de son histoire, entre ce qui lui arrive, souvent insignifiant et la façon dont elle le vit. Les micro-évènements sont bouleversés de ses déambulations mentales, sont mis à vif par des sentiments aussi secrets que violents. Il y est aussi question d’une artiste qui fascine Jeanne par ses performances dérangeantes et libératrices.
   
   Je n’ai aucune compétence pour juger la qualité d’une œuvre littéraire. La preuve, c’est que je peux aussi me régaler de romans de chick lit… Ce que je peux dire, c’est qu’avec Annie Ernaux, Claudie Gallay est une des auteures dont l’écriture et les thèmes me percutent le plus profondément. Des grandes sœurs de féminité, de sensibilité et de délicatesse.
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critique par Emmie




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La modestie des ambitions
Note :

   Claudie Gallay aime dessiner ses histoires autour de femmes frisant la quarantaine, douces et tranquilles. Toutes caractéristiques que Jeanne, le personnage principal de son dernier roman, possède à un degré de concentration absolue.
   
   Toute la vie de Jeanne semble construite sur la force des habitudes. Les journées sont rythmées par la contemplation du train qui passe immanquablement à 18H01 et Dunkerque constitue la destination immuable des vacances annuelles. Même le hasard semble être programmé pour mieux être contenu : elle s’invente des petites règles pour traiter les demandes faites par les clients se rendant au guichet de La Poste qu’elle occupe et s’amuse à suivre des inconnus dans la rue, pour mettre un brin de fantaisie, mais jamais plus de vingt minutes. Son existence semble tout entière consacrée à son mari et à ses deux filles jumelles arrivées au seuil de l’âge adulte et poursuivant leurs études loin du domicile familial.
   
   Mais Jeanne cultive aussi un jardin secret et voue une fascination passionnée pour l’artiste serbe Marian Abramovic dont elle suit les performances douloureuses et la vie amoureuse où chaque nouvelle histoire paraît vouée d’avance à un nouvel échec à cause de trop d’exigences ou par absence de compromis. Alors Jeanne écrit à son idole des lettres qui restent d’autant plus sans réponse qu’elles ne sont quasiment jamais envoyées. Une sorte de journal intime juste effleuré par crainte d’aller trop loin.
   
   Un jour, elle retrouvera par hasard Martin, un amour de jeunesse venu réaliser un chantier de rénovation de fresques près de chez elle. Il y aura la tentation d’une autre vie, la perspective vite étouffée d’une folle passion. Car Jeanne ne peut envisager de vivre durablement en prenant des risques et de casser des habitudes qui la rassurent et structurent des journées dont elle tente, avec modestie, gentillesse, effacement et sens du service rendu aux autres de tirer sa beauté à elle.
   
   Pour dire la modestie de cette ambition et l’apparente tranquillité, en réalité tourmentée, de Jeanne, Claude Gallay use d’une langue d’une extrême simplicité faite de phrases courtes, à la limite du dépouillement le plus strict. C’est leur agencement qui en fait le charme, la musique et la poésie que sauront entendre celles et ceux qui acceptent de se contenter des petites choses pour y voir ce qui en fait la beauté.

critique par Cetalir




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