Lecture / Ecriture
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Une activité respectable de Julia Kerninon

Julia Kerninon
  Buvard
  Une activité respectable
  Ma dévotion
  Le dernier amour d'Attila Kiss

Une activité respectable - Julia Kerninon

Un plus littéraire
Note :

   Alors petite fille de cinq ans, les parents de Julia lui offrent une machine à écrire. Depuis, elle n'a cessé d'écrire, depuis vingt-cinq ans donc, et la romancière aujourd'hui âgée de trente ans, fait une pause et parle de ses parents dévoreurs de livres, de son éducation à la culture et de sa passion dévorante pour la lecture et l'écriture.
   
   Après une première rencontre ratée, il faut bien le dire avec cette auteure (Buvard est classé dans un de mes articles désormais célèbres : Ça coince !), je n'ai pas hésité à la relire et bien m'en a pris. Ce petit livre autobiographique est très réussi. Parfois un peu agaçant pour l'homme mûr que je suis, tous les jours confrontés aux changements d'humeur d'adolescents, lorsqu'elle raconte ses débordements et ses excès d'adolescente, souvent touchante et émouvante lorsqu'elle évoque les relations familiales. On peut se demander pourquoi cette jeune femme commence maintenant le récit de sa vie, et puis on ne se pose plus la question très vite, puisque Julia Kerninon a des choses à dire, à écrire. Sur elle, sur ses parents, sur la littérature, sur la vie tout simplement. Et c'est surtout joliment raconté. Un style affirmé souvent fait de longues phrases, lentes, parce qu'elles décrivent la contemplation de la nature, le plaisir de se retrouver seule avec un livre, de partager des moments forts avec sa mère comme lorsqu'elles visitent toutes les deux Paris et la librairie Shakespeare and Company, habillées de manteaux léopard.
   
   Julia Kerninon aborde aussi la question de la création, de l'écriture et de son besoin de se retrouver seule, loin des siens pour écrire. Seule à Budapest, sans beaucoup sortir et se mêler à la vie locale.
   
   Je ne suis amateur de l'autofiction que lorsqu'il y a un plus littéraire, c'est le cas avec Annie Ernaux, Charles Juliet ou Edouard Levé découvert récemment et d'autres bien sûr que j'oublie. Très franchement, Julia Kerninon apporte quelque chose, malgré sa jeunesse, elle fait preuve d'une maturité certaine et d'un recul évident sur son travail mais garde la vivacité, la fraîcheur, la vitalité et une voix personnelle très intéressante. Ce court récit de 60 pages débute ainsi :
   "A cinq ans et demi, j'ai passé un contrat avec mon père. Premier compromis d'une longue et fructueuse série, j'ai accepté de ne plus sucer mon pouce en échange d'un aller-retour à la capitale. Pourtant, c'est ma mère qui m'a emmenée -dans mon souvenir en tout cas il n'y a qu'elle et moi au moment où elle s'est arrêtée net devant une façade, dans le quartier de Notre-Dame, et m'a fait déchiffrer l'enseigne de Shakespeare and Company."(p.9)

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critique par Yv




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Une petite pépite
Note :

   "Je vis la même journée depuis vingt-cinq ans et j'en ai déjà trente. Toute petite alors, dans mon pyjama soyeux, tôt le matin, je suivais mon père qui me tenait par la main dans l'obscurité de l'escalier menant à notre cuisine, je le laissais me soulever pour m'asseoir sur ma chaise et, dans les murmures de sa radio, je prenais mon petit-déjeuner face à lui les yeux fixés sur un livre dont il fallait plus tard m'arracher par surprise pour m'emmener me laver. Dans la douche, à travers l'eau ruisselante je cherchais du regard tous les mots imprimés, je lisais les notices de shampoing, les six faces des boîtes de tampons de ma mère, les étiquettes douces de mes vêtements".
   

   C'est un premier contact avec l'écriture de Julia Kerninon et je suis totalement sous le charme. Je savais qu'elle parlait de sa passion pour la lecture et l'écriture, ce qui a priori ne m'attire pas trop, mais il s'y mêle bien d'autres impressions sur sa famille, son enfance, son adolescence, son parcours, ses bonheurs, ses doutes etc.
   
   Il y a autant de choses tues que dites, avec subtilité et élégance. Elle extorque à son père la permission d'aller vivre un an à Budapest pour se consacrer entièrement à l'écriture. S'y mêle ses aventures de jeune femme, on devine de cuisantes déconvenues, mais aussi des moments de joie totale. L'évocation de son enfance est un délice, avec une première visite mémorable à cinq ans, à la librairie Shakespeare and Company. Ses parents sont assez fantasques et atypiques, beaucoup de tendresse court entre ces soixante pages.
   
   Une petite pépite dont il ne faut pas se priver.
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critique par Aifelle




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Virtuose... trop ?
Note :

    J'avais tellement été épatée par Buvard, et les billets des blogs étaient si enthousiastes que j'ai honte d'avouer que je suis un peu restée à côté (un signe qui ne trompe pas : je n'ai noté aucun passage, rien, pas de marques pages en hérisson). Étrange pour un récit sur -si j'ai bien compris- la rage de lecture et d'écriture, une rage vitale, croyez-moi! Est-ce le parti pris de l'auteur de distiller les informations au compte goutte, ce qu'elle veut et quand elle veut (et c'est son droit, c'est d'ailleurs virtuose), toujours est-il que j'ai eu du mal à m'attacher, me demandant de quoi vivaient ces gens là (j'ai eu la réponse, des métiers parfaitement ordinaires et honorables) et comment l'auteur s'y prenait pour vivre d'écriture et d'eau fraîche ? (j'ai eu la réponse, et là ça m'a enfin touchée, elle a vraiment ramé dur comme serveuse, mais c'était un peu tard, au point d'avoir pensé lors de son séjour à Budapest, "elle aurait pu se contenter d'un an en Creuse, ça l'aurait fait aussi")
   
    Inconsciemment -et cela prouve que Julia Kerninon est trop forte- je me suis lancée dans une longue phrase, c'est toujours bon signe quand l'auteur influe sur l'écriture de mon billet. Même si je n'ai pas fignolé l'affaire, hélas, et ne lui arrive pas à la cheville. Juste respect et reconnaissance de la part d'une lectrice vorace que son environnement familial ne poussait absolument pas à la lecture, preuve s'il en est que l'espoir est permis à tous. Un poil jalouse de l'auteur si bien entourée dès l'enfance, si douée, et -ne l'oublions pas - si bosseuse (ce qui n'est pas un reproche, Flaubert aussi était un bosseur).

critique par Keisha




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