Lecture / Ecriture
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La fabrique du livre de Olivier Bessard-Banquy

Olivier Bessard-Banquy
  La fabrique du livre
  L'édition littéraire aujourd'hui
  La vie du livre contemporain

La fabrique du livre - Olivier Bessard-Banquy

A attaquer au coupe papier...
Note :

   Avant d'en dire trop (et de voir partir à toutes jambes les lecteurs) je précise que ce livre est formidable, qu'il se lit sans peine (ce n'est pas du Danièle Steel non plus), bref l'auteur n'a pas jugé utile de sortir la grosse artillerie du 'voyez comme je suis intello', qu'il est bien composé et mené, qu'il contient quelques bagarres et procès (feutrés tout de même) et aussi un meurtre non élucidé!
   
   L'auteur: un CV long comme un lundi, mais attirant comme un vendredi, à savoir professeur des universités, en charge des enseignements d'édition et d'histoire de l'imprimé au sein du pôle des métiers du livre de l'université de Bordeaux Montaigne, après dix ans dans l'édition parisienne.
   
    Parfait donc pour nous entraîner dans 500 pages (non massicotées au départ ^_^) narrant l'histoire de l'édition française de la fin du 19ème siècle aux années 1980. (Et la suite alors? Elle existe et vous pensez bien que je vais me jeter dessus)
   
    Il y a un bon siècle déjà se posaient les mêmes problèmes, trop d'éditeurs, trop de livres, certains sans valeur, qui se tuent les uns les autres. Faut-il privilégier la qualité, ou proposer surtout des lectures détente?
    En 1938 déjà André Dinar se plaignait que radio et cinéma prennent trop de temps sur la lecture...
   
    Ce remarquable travail est très bien documenté, archives, etc. et courriers conservés par les maisons d'édition. Je me suis amusée à découvrir sous le nom de la plupart d'icelles (Yv, oui) des messieurs (c'est très masculin ce monde) tels Gaston Gallimard, Albin Michel, Fasquelle, Flammarion, Denoël, etc.
   
    Découvrir les tribulations de la maison Ollendorf avec les héritiers de Maupassant, d'Albin Michel avec l'indélicat Willy, ou la famille de Pierre Louys, le tout assaisonné de courriers bien écrits mais sans équivoque, est un vrai bonheur (et ça se lit comme un roman)
   
    Et le lancement du diable au corps de Radiguet, avec entre autres "un petit clip publicitaire qui passe au cinéma avant la projection du film"?
    Sans parler des prix littéraires, avec les bricolages déjà, du flair plus ou moins bon des éditeurs (le plus célèbre étant Gallimard 'ratant' Proust.
   
   Arrive l'année 1940, et l'occupant qui met son nez dans les catalogues et les parutions, demandant la mise au pilon de certains livres, surveillant les nouveautés (allant jusqu'à chipoter pour une publication des Mémoires d'outre-tombe en Pléiade). La plupart des éditeurs essaient de s'en sortir, peu en feront 'trop', mais à la fin de la guerre se tiendront des procès, où ils devront montrer leur bonne foi. Pas toujours facile.
    Moins de papier, moins de parutions, moins de divertissements, les gens se jettent sur les livres, atteignant parfois de jolis prix au marché noir!
    Le 13 juillet 1945, Denoël se présente devant la justice. Classement de la procédure. Mais il est abattu froidement le 2 décembre 1945, crime jamais élucidé...
   
    Après guerre, voilà l'arrivée du poche (avec des pour et des contre), des clubs du livre (pareil, pour ou contre), les démêlés de Jean-Edern Hallier avec ses éditeurs (excédés), l'arrivée de 'petits éditeurs', Apostrophes...
   
    J'ai découvert l'existence de l'éditeur Robert Morel, très 'années 68', absolument pas commercial, rêvé sur la collection Libertés chez JJ Pauvert...
   
    Sans que ce monde ait été jusque là celui des bisounours, dans les années 70 j'ai eu l'impression que cela devrait plus féroce, recherche de rentabilité (sinon on coule, il faut le comprendre!), rachat de maisons en difficulté, regroupements. Et toujours les questionnements sur les lecteurs, et que leur proposer?
   
    Pour terminer, je m'aperçois que j'ai hélas déjà laissé filer une partie de la richesse de ce livre, où chacun trouvera à se nourrir, et j'insiste sur le sérieux de l'auteur, doté d’une ironie discrète et de bon aloi, d'une plume élégante, d'un enthousiasme sobre, et dont j'ai aimé l'art des sous titres (Fisher contre Fischer, Moi Jérôme L., vingt-deux ans, typographe, Au nom du fisc, Bienvenus au club, Maison leader dans son domaine cherche à se débarrasser d'un partenaire encombrant, Trois hommes dans un bureau, Tristes classiques, etc.)

critique par Keisha




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