Lecture / Ecriture
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Entre eux de Richard Ford

Richard Ford
  Une mort secrète
  Le bout du rouleau
  Un week-end dans le Michigan (Frank Bascombe, I)
  Rock Springs
  Une saison ardente
  Indépendance (Frank Bascombe, II)
  Une situation difficile
  Péchés innombrables
  L'état des lieux (Frank Bascombe, III)
  Canada
  Entre eux

AUTEUR DES MOIS DE FEVRIER & MARS 2009

Richard Ford est un écrivain américain né en 1944 dans le Mississippi.

Il suit des études à la Michigan State University puis à l'Université de Californie à Irvine

Il est marié et n’a pas d’enfant (par décision conjointe avec son épouse).

Il a été journaliste et a enseigné.

Il a longtemps vécu à la Nouvelle Orleans, avant de s'installer dans le Maine.

Il a reçu le prix Pulitzer et le PEN/Faulkner Award en 1996 pour son roman le plus connu "Indépendance".


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Entre eux - Richard Ford

De nos parents, nous ne savons pas grand chose
Note :

   De nos parents, nous ne connaissons pas grand chose. Les souvenirs de leur jeunesse qu’ils éparpillent au fil des conversations. Des photos sourire classées dans des albums. Visages familiers sur le fil de la vie. Nous faisons partie d’eux car ils nous ont légué leur ADN, une partie de leur caractère, parfois leurs angoisses ou leurs rires. Mais leurs plus tendres pensées nous resteront toujours des inconnues même si parfois ils se confient.
   
   Richard Ford a écrit sur sa mère après son décès, il y a de cela plus de trente ans.
   
   Trente ans après, il réunit ses parents dans une même histoire.
   
   Edna et Parker se sont rencontrés à Hot Springs. A l’époque il était épicier pour accéder plus tard au métier de voyageur de commerce d’amidon.
   
   Edna et Parker se marièrent et vécurent pendant 15 ans à deux, sur les routes. Ils ne se quittaient jamais, logeant dans des hôtels où les menait le métier de Parker.
   
   Parker était issu d’une famille irlandaise. Frères et sœurs mais la mère protégeant son gamin n’aimât jamais sa belle fille.
   
   Du côté d’Edna, elle fut la fille d’une jeune mère qui s’en débarrassa vite en la faisant grandir chez les sœurs. Sa mère retrouva un homme et comme Edna était en âge de travailler, elle fut invitée à revenir à la maison. C’est pourtant de ces deux personnes qu’Edna et Parker reçurent le plus d’amour familial.
   
   Quinze ans après le début de leur mariage, un bébé voit le jour.
   
   Le couple emmène partout avec lui l'enfant mais il faut bien se rendre à l’évidence, Parker va devoir faire sa tournée seul à présent. Du lundi au vendredi mère et fils resteront en duo jusqu’à la formation du trio le vendredi soir. Richard Ford conserve le bonheur que ses parents avaient de se retrouver. Son père et sa mère souffrirent-ils de cette situation de séparation ? Surement mais jamais ils ne le montrèrent à leur enfant. Richard comprit pourtant très vite qu'il y avait eux et lui mais sans en souffrir car Edna et Parker aimaient leur fils.
   
   Parker meurt malheureusement à l’âge de cinquante cinq ans d’une crise cardiaque.
   
   Si vous attendez à travers ce livre que Richard Ford vous explique pourquoi il est venu à l’écriture grâce à ses parents et la vie qu’il a menée, silence total. Il esquisse à peine qu’il est romancier. D’ailleurs sa mère lui demandait quand il allait enfin travailler alors qu’il avait déjà quatre livres à son actif.
   
   Un livre tout en pudeur et tendresse de parents qui ressemblaient aux vôtres, aux miens.
   
   Très beau portrait de deux personnes dont on entend le rire entre les pages.
   
   « Il m’appelait "mon fils", je l’appelais "papa"; les gens disaient que je lui ressemblais. Il n’aurait pas imaginé que soixante-dix ans plus tard je ne me rappelle plus le son de sa voix. »
   
    « Bien sûr, je la voyais vieillir. Je savais que sa vie n’était guère à son goût, mais qu’elle sauvait les apparences. Parfois elle me prenait à part, le matin, lorsque nous étions seuls, entre adultes, et elle me demandait : "Tu es heureux Richard ?" Et lorsque je lui répondais que oui, elle concluait pour que je n’y trompe pas : "Il faut être heureux, c’est ce qui compte le plus!". Non qu’elle fut malheureuse mais elle savait de quoi elle parlait ».

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critique par Winnie




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Les parents
Note :

   Eux, ce sont les parents de Richard Ford dont il tente de retracer la vie. En 1988 il avait publié "À la mémoire de ma mère", dont il reprend le texte précédé par celui qu'il consacre au père. L'ordre se justifie chronologiquement, car cet homme décédé jeune fait davantage partie de la jeunesse de l'auteur.
   
   Aucune vie n'est ordinaire, Ford le laisse entendre avec la sobriété d'un livre concis et pudique. S'il n'avait pas écrit, de ses parents il ne resterait pas la moindre trace ténue; leurs joies, épreuves et vertus demeureraient invisibles à jamais : "cette perte serait la dernière et la plus lourde de toutes", confie-t-il.
   
   Ils sont singuliers mais ressemblent à tout le monde, car ils s'aimaient, semblaient apprécier l'existence qu'ils menaient, sans autre ambition que de faire ce qu'il fallait pour gagner des sous, se loger, s'amuser un peu et le bien du fils. Au bord des phrases, ce sont les nôtres qui réapparaissent, père et mère si lointains. C'était à peu près cette époque, dix ans près. Quelques photos en noir et blanc jalonnent le livre, elles ressemblent à mes propres albums de souvenirs. Mêmes vêtements. Ils posent.
   
   Je le signalais à l'occasion d'une vieille lecture de Richard Ford, cet écrivain reste en retrait, n'entre pas dans les têtes, énonce des faits avec retenue, à la façon d'Hemingway. Il ne traque pas les spéculations, se contente de voir avec les yeux de ses parents, des questions demeurent sans réponse. Ces gens acceptaient la vie comme elle venait, impression déjà rencontrée dans Une saison ardente et Péchés innombrables, espèce de soumission à l'ordre des choses. En cela déjà, ces personnes sont attachantes.
   
   "Ce que j'en dis n'est pas pour parer d'une aura romanesque la vie de ma mère, ou la faire passer pour unique, mais parce que tout ça semble si loin dans le temps et que ces lieux nous paraissent eux-même si lointains, si inconnaissables. Et puis aussi parce que c'est ma mère que j'ai très bien connue, qui me relie à cet "étranger", cet "autre chose" dont je sais fort peu, à présent comme hier. Cette particularité de notre vie avec nos parents est souvent ignorée, son importance sous-estimée. Nos parents assurent un lien intime entre nous, qui sommes enfermés dans nos vies, et quelque chose qui n'est pas nous; ils forgent l'écart et la passerelle, le mystère fécond, si bien que même avec eux nous sommes encore seuls."

critique par Christw




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