Lecture / Ecriture
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Femmes et fantômes de Alison Lurie

Alison Lurie
  Femmes et fantômes
  Un été à Key West

Femmes et fantômes - Alison Lurie

Phénomènes mystérieux
Note :

   L'expérience concluante de «Liaisons étrangères» d'Alison Lurie m'a donné envie d'entrer un peu plus dans son univers. Je me suis trouvée, nez à tranche, avec «Femmes et fantômes», un recueil de nouvelles où les femmes et les esprits sont les principaux personnages.
   J'ai eu le plaisir de retrouver la belle écriture de Lurie ainsi que son humour très britannique mais aussi quelques personnages de « Liaisons étrangères »,tels que Fred Turner et sa femme photographe.
   
   Les neuf nouvelles mettent en scènes des femmes se trouvant dans des situations sentimentales, amicales... dangereuses pour elles. Les événements les mettent devant des vérités qui dérangent, des souvenirs enfouis au plus profond d'elles-mêmes, des angoisses tenaces, des doutes insistants. Elles sont seules face à leur miroir et sont mises en demeure de se prendre en main. Le destin est insondable, est imprévisible et indomptable: un meuble, une montre, une enfant costumée en lapin un soir d'Halloween, une statue indienne, piscine sont autant de petites bombes à etardement dans leur vie. L'explosion survient et avec elle la défaite, la résignation ou l'espoir. Le manquement de l'une provoquera celui de l'autre qui attendra, résignée, que l'on vienne un jour, ou un soir, lui réclamer le prix du sang.
   
    Certaines nouvelles sont empreintes d'espoir, de renaissance, d'autres sont plus noires, moins sereines. Mais toutes peignent de truculents personnages féminins: la grand-mère refusant d'être appelée autrement que par son prénom (pour faire jeune) par sa petite fille, est une femme acariâtre, superficielle, égoïste et méchante. Son sort n'en sera que plus mérité et son châtiment éternel bien ironique...à faire des ronds dans l'eau de sa belle piscine en bonne compagnie.
   
   Alison Lurie réussit à émouvoir sans prose sirupeuse ou larmoyante sur le désir viscéral d'enfant, devenant obsessionnel, d'une femme stérile. Les méandres bureaucratiques foulant aux pieds ce désir par un douloureux refus. L'adoption est un parcours long et difficile, une remise en cause mais aussi une sublime rencontre: la déesse de la fertilité devant laquelle se prosterne cette Américaine en mal d'enfant, pied de nez à la logique cartésienne. La nuit, des pleurs d'enfant empêchent la femme de dormir... le futur rejoint le présent, la prescience rejoint le réel.
   
   Lurie atteint le plus haut comique avec la nouvelle intitulée « Les gros » où l'héroïne compte profiter de l'absence de son mari pour perdre du poids et lui en faire la surprise au retour. Peu à peu son univers quotidien se peuple de gros. Ils deviennent obèses à mesure que les régimes draconiens, et inutiles, se succèdent: c'est l'obsession de la nourriture, la batterie de tous les faux prétextes pour se donner bonne conscience. Une pichenette ironique sur le mode de vie américain où l'excès de nourriture se partage avec les innombrables régimes. Mais pourquoi changer si au fond de soi on n'en a guère envie? D'autant que « être gros » dépend souvent du bout de la lorgnette utilisé!
   
   Au fil des nouvelles, Alison Lurie décline les nuances de l'étrange, les diverses approches de l'inexpliqué. Une confrontation entre esprit cartésien et ouverture à « l'au-delà des apparences », aux éléments surnaturels. Elle décline aussi les différents silences des héroïnes devant phénomènes bizarres et inexpliqués auxquels elles sont soumises: la peur d'être tournée en dérision préoccupe ces femmes.
   
   J'attends avec impatience, suite à cette lecture jubilatoire, le prochain roman d'Alison Lurie qui passera à portée de main et d'yeux !

critique par Chatperlipopette




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