Lecture / Ecriture
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Noël 1833 de Mario Pomilio

Mario Pomilio
  Noël 1833

Noël 1833 - Mario Pomilio

Conflit théologique intérieur
Note :

   Alessandro Manzoni, écrivain italien majeur du 19e siècle, jette désespérément dans un carnet l'ébauche d'un poème à Dieu: "Oui, comme tu es terrible...". C'est Noël, nous sommes en 1833, son épouse Enrichetta agonise et mourra quelques jours plus tard. Le poète tentera d'étoffer deux ans plus tard les vers de ce "Noël 1833" qu'il ne termina jamais.
   
   Voilà les documents dont l'on dispose : deux ébauches de poèmes et quatre lettres de Manzoni où il mentionne la disparition de sa femme et, un peu plus tard, de sa fille aînée.
   
   De là, Mario Pomilio ("Le cinquième évangile") livre un texte magnifique, où il mêle histoire et invention. Manzoni est profondément croyant, l'épreuve qu'il traverse éprouve sa foi et l'enferme dans une révolte muette. Sa mère, Giulia, s'est liée avec une jeune visiteuse de la famille, Mrs Clark, qui éprouve, sans se l'avouer, sinon une flamme, tout au moins un penchant pour l'écrivain étrangement distant. Cette dame écrit à la mère que l'apparente froideur d'Alessandro lors des funérailles est l'objet d'indignation chez une certaine marquise. Giulia prend la plume pour tenter d'expliquer à son amie ce qu'elle sait de son fils. Le récit alterne des passages de cette lettre fictive et les observations d'un narrateur, rédigés d'une écriture précise et raffinée.
   
   Ébranlé par la disparition de son épouse, Alessandro Manzoni, prisonnier de la foi, s'interroge sur la douleur du monde malgré Dieu et remet en cause son édifice intellectuel d'artiste. Il est au bord de deux blasphèmes, le reniement ou l'échec de Dieu. Ce conflit théologique intérieur peut sembler inactuel, la rigidité spirituelle de cet homme pieux nimbé de sainteté peut agacer, mais ces austérités sont tempérées par les mots de Guilia à Mrs Clark. Affectée par la souffrance de son fils, elle manifeste une compassion éclairée et une piété réaliste.
   
    "Je peux me tromper, mon amie, avec ma piètre religion, à laquelle j'ai l'impression de recourir, à certains moments, comme on allume une lampe, surpris par l'effroi, pour ne plus voir la nuit. Pourtant ne croyez-vous pas, vous aussi, qu'une foi peut devenir terrible si, pour attirer vers ses hauteurs, elle ne nous aplanit pas, mais les élève encore?"

   
   La gravité du thème du roman (ce mot me semble si peu approprié ici) ne saurait ternir l'éclat de son écriture. Ce qui ne gâche rien, l'objet-livre des éditions de la Revue Conférence est délicieusement réalisé. Les alexandrins choisis par Mario Pomilio en épigraphe me semblent, une fois n'est pas coutume, refermer adéquatement ce compte-rendu.
    "Car c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
   Que nous puissions donner de notre dignité
   Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge
   Et vient mourir au bord de votre éternité."
   (Baudelaire)

critique par Christw




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