Lecture / Ecriture
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Requiem pour un joueur de Erwan Le Bihan

Erwan Le Bihan
  Requiem pour un joueur

Requiem pour un joueur - Erwan Le Bihan

Addict !
Note :

   Premier roman de ce jeune auteur brestois, résidant à Arles.
    La descente aux enfers d’un homme, Richard Lenzini. Il est plutôt bien parti dans la vie, marié avec Karine et heureux en ménage père d’un garçon et d’une fille, une bonne situation dans une banque, son épouse travaille dans une galerie d’art. Seule petite ombre au tableau, une future promotion, pour lui ou pour un de ses collègues ?
    Sa jeunesse ne fut ni pire ni meilleure que la moyenne, il a gardé quelques amis de l’époque. Il aurait aimé être peintre, mais pragmatique il a choisi la finance.
    Un jour, sans idée réellement préconçue, par jeu, il parie sur un match de football.
    Il me sait par encore qu’il a mis le doigt dans un tragique engrenage.
   
    Les paris sur le football sont plutôt neutres, on gagne peu, mais on perd peu si l'on est un tant soit peu raisonnable.
    Mais avec internet, Richard dispose d’un casino à domicile, cartes, dés et beaucoup d’autres tentations… il s’essaye avec des sommes plus importantes, il gagne mais il est incapable de se raisonner, alors il entre dans le cercle infernal qui va le broyer.
    Il gagne et veut profiter de sa chance, alors il augmente les mises, encore et encore. S’il perd il augmente également (mais plus vite) pour se refaire… mais le joueur est pratiquement toujours perdant, la situation est hors de contrôle, la carte bleue est bloquée. Et Karine n’est au courant de rien, alors il va vivre d’expédients, mais cette situation ne dure pas. Il doit vendre des actions qu’il gardait. Mais Karine se rend compte que les comptes bancaires posent problème. Et Richard s’enfonce, pris en flagrant de visionnage d’un match de football pendant une conférence, il s’ensuit un accrochage avec un supérieur hiérarchique… c’est le renvoi sine die. Pour faute grave sans indemnité.
    La chute est proche.
   
   Richard est un personnage ambigu, parfois on est en empathie avec lui, il semble lutter, sincèrement, mais refuse de voir un spécialiste. Alors, il replonge, pour de petites sommes, mais le gouffre s’ouvre de nouveau. Son épouse Karine espère enfin créer sa propre galerie, elle économise, mais l’argent s’envole. Les enfants eux sont très jeunes et ne se rendent pas vraiment compte de la situation. Ses amis sont présents quand tout va bien, mais moins ensuite, ses collègues de travail pour la plupart, lui tournent le dos.
   
   Un excellent roman sur cette addiction qui fait des ravages, le jeu.
    Une lecture qui interpelle. Comment un homme qui a beaucoup d’atouts (dans son jeu, excusez ce mauvais esprit), arrive par faiblesse à tout perdre ?
   
    Extraits :
   - Pour résumer, c’est Dieu qui régule le marché, c’est sur Lui que repose notre système économique.
   
   - Je n’ai, pour l’instant, pas le sentiment d’avoir fini de payer le carrelage de la salle de bains.
   
   - Mais je n’ai pas le sentiment d’appartenir à cette communauté. Je me sens différent, plus rationnel que les autres. Je ressens même une pointe de dégoût pour les joueurs qui s’en remettent aveuglément au hasard.
   
   - Un signal sonore m’avertira dès qu’un but sera marqué et je serai informé du résultat final avant le début de mon intervention.
   
   - Le reste de la soirée, je ne décroche plus les yeux de la scène où une douzaine de danseuses aux seins nus rivalisent de souplesse.
   
   - Nous atterrissons dans un village du pays bigouden aux confins de la Bretagne. La maison est confortable.
   
   - J’ai l’impression d’avoir fini l’apprentissage. Je domine mes pulsions de joueur.
   
   - Malgré un déjeuner frugal, la digestion s’annonce difficile. Je ressens les premiers signes de fatigue dus à ce lever inhabituel aux aurores. La réunion s’enlise.
   
   - Malgré mes inquiétudes, je multiplie mes paris. Gagne et perds. Mais perds plus que ne gagne, comme si je m’employais à vérifier le bien-fondé des lois statistiques. Au grand dépens de mon compte en banque.

critique par Eireann Yvon




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