Lecture / Ecriture
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L'ivrogne dans la brousse de Amos Tutuola

Amos Tutuola
  L'ivrogne dans la brousse

L'ivrogne dans la brousse - Amos Tutuola

Un roman culte
Note :

   Jadis ce titre m'a interpellé pour l'unique raison que le traducteur s'appelle… Raymond Queneau. Certains crurent même qu'il en était l'auteur ? Le livre, il est vrai, a quelque chose d'oulipien. Considérez un amateur de vin de palme quand son malafoutier est mort ! Non, non, je suis poli : « malafoutier » ce n'est pas une grossièreté, c'est une profession tout à fait respectable. Sinon, l'ivrogne de la brousse est perdu. prenons l'incipit pour mettre les choses au point :
   
   « Je me soûlais au vin de palme depuis l'âge de dix ans. Je n'avais rien eu d'autre à faire dans la vie que de boire du vin de palme. Dans ce temps-là, il n'y avait pas d'argent, on ne connaissait que les cauris, aussi la vie était bon marché et mon père était l'homme le plus riche de la ville.
   
   « Mon père avait huit enfants et j'étais leur aîné, les autres travaillaient dur, moi j'étais un recordman du vin de palme. (…] Quand mon père s'est aperçu que je ne pouvais rien faire d'autre que de boire, il a engagé un excellent malafoutier qui n'avait rien d'autre à faire qu'à me préparer mon vin de palme pour la journée.
   
   « Mon père me donne donc une plantation de palmiers de 260 hectares avec 560 000 palmiers et ce malafoutier me préparait cent cinquante calebasses de vin de palme chaque matin…»

   
   Le professeur Rolin n'a pas, à ma connaissance, exploré le mot "malafoutier" dans sa fameuse chronique sur France-Culture, néanmoins, nous pouvons déjà nous convaincre de l'importance vitale du malafoutier pour le narrateur bien que son nom puisse faire croire que le tirage du vin de palme n'est pas un problème insurmontable : le narrateur ne se nomme-t-il pas «Père-Des-Dieux- Qui-Peut-Tout-Faire- En-Ce-Monde» ? Alors, PDDQ etc… part à la recherche de l'homme de l'art.
   
   Dans sa quête de l'homme de l'art —il faut vous habituer aux répétitions caractéristiques du style de l'auteur qui écrit en une sorte de "pidgin english" trop bien traduit par Queneau qui semble avoir beaucoup gommé les hérésies syntaxiques et langagières de l'auteur—, PDDQ nous donne un aperçu du monde magique des Yorubas dans une succession d'aventures où les gris-gris sont plus utiles qu'un téléphone portable. PDDQ affronte une longue série d'épreuves comme Ulysse dans son Odyssée. Retrouver la fille, belle comme un ange, qu'enleva au marché le Gentleman complet. Triompher du Gentleman complet réduit à un crâne et de toute la famille Crâne. En quête du malafoutier, l'errance conduit à la Ville-des-Morts, à l'Arbre blanc, à la Ville-rouge : partout s'étend le règne du merveilleux. Il y a des solutions à tout : le héros se transforme à volonté, en caillou, en pirogue. PDDQ est un trompe-la-mort : il a vendu la sienne, aussi peut-il résister à tous les outrages des esprits maléfiques quitte à ce que le récit initiatique et halluciné recoure aux incohérences des rebondissements.
   
   Au bout du conte, Baity le malafoutier fut retrouvé et il offrit un œuf magique à son ivrogne de patron qui, de retour chez lui, crut un temps à son triomphe. «j'étais devenu le plus grand homme de ma ville et je ne faisais rien d'autre que d'ordonner à l'œuf de produire de quoi boire et de quoi manger. » Mais le statut de "bigman" ne durera pas. Le cadeau était empoisonné.
   
   À la fin des fins, il faudra se résoudre à envoyer des offrandes à Ciel pour qu'il pleuve… et rien d'autre que de l'eau.

critique par Mapero




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