Lecture / Ecriture
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Mille vies valent mieux qu’une de Jean-Paul Belmondo

Jean-Paul Belmondo
  Mille vies valent mieux qu’une

Mille vies valent mieux qu’une - Jean-Paul Belmondo

Comme un gosse
Note :

   Je suis d’une génération manichéenne par excellence. Tout petit, nous avons eu à choisir entre être Beatles ou Stones, Rocheteau ou Platini, Mohammed Ali ou Bruce Lee, Delon ou Belmondo.
   Comme l’avoue ce pilier du septième art français (lui n’a jamais eu la prétention de faire carrière aux Etats-Unis), Delon et lui partagent tant de choses en commun… sauf leur enfance.
   Car cette vie riche, si riche, commence très bien. Belmondo bouscule les clichés qu’on traine sur les tourments de l’acteur, à commencer par une enfance difficile, des parents se déchirant (ou pas de parents du tout - Delon), une adolescence qui aurait tout aussi bien pu tourner mal - Depardieu, de longues années de vaches maigres et une timidité maladive (vomissements à répétition avant d’entrer en scène, mal-être perpétuel, réclusion sur soi-même que l’on peut prendre pour de l’arrogance ou du mépris ou, à l’inverse, cette provocation tout azimuts qui cache bien souvent une fragilité d’enfant).
   Rien de tout ça chez ce fils de bonne famille. Son père, Paul, est un sculpteur renommé. Ses parents ont l’intelligence d’appliquer des méthodes éducatives qui ne feront leur apparition qu’après le doux vent de Mai 68. Ils le laissent libre de faire ses choix, libre de passer une enfance heureuse auprès de parents aimants. Premier cliché qui vole en éclat : l’enfance du petit Jean-Paul n’est pas celle de Cosette.
   Vient le moment de choisir un métier. Là encore, le futur Magnifique casse les stéréotypes. Loin du ténébreux mal dans sa peau qui trouve sur scène un exutoire dans ses répliques, on assiste au contraire à un trublion qui poursuit son rôle de Guignolo entamé sur les bancs de classes où il s’ennuyait ferme et qui se poursuivra toute sa vie.
   Nous sommes dans les années 50 dans le Saint Germain des Prés où se croisent Cocteau et Sartre. Une époque bénie pour tout apprenti comédien.
   
   Jean-Paul évoque ses maitres à penser, heu à jouer, Pierre Brasseur en tête et nous fait faire la connaissance d’une bande de potes qu’il fera souvent jouer dans les films qu’il finira par produire : Jean Pierre Marielle, Pierre Vernier, Michel Beaune, Charles Gérard, Mario David. Une joyeuse bande dont le passe temps se décline entre canulars et farces en tous genres. Belmondo aurait très bien pu devenir un déménageur hors pair si d’aventure un cinéaste au flegme Suisse et aux idées révolutionnaires ne lui avait pas proposé le rôle de sa vie. Les gérants des hôtels qui voyaient débarquer la joviale bande de potes devaient serrer les fesses. Leur jeu favori : déménager des chambres entières, intervertir le mobilier d’un étage à l’autre ou, plus simplement, tout bazarder par la fenêtre le plus rapidement possible.
   
   Tout au long de sa bio, il sera autant question de ces facéties qui frôlent parfois la correctionnelle, que des rôles majeurs interprétés par celui qui n’était pas suffisamment taciturne pour lui permettre d’être bien noté au conservatoire. Même si on sent bien qu’il souffre de cette exclusion, ne pas être admis parmi le fin du fin (peut-être sa propension à refuser plus tard les récompenses vient elle de là), finalement, Belmondo se consolera avec le seul remerciement qui vaut à ses yeux de saltimbanque : les applaudissements du public, qu’ils se traduisent par le box-office ou lors d’une standing ovation à son retour au théâtre à la fin des années 80 (Kean).
   
   Un véritable itinéraire d’enfant gâté qui court sur toute la seconde moitié du vingtième siècle.
   
   Mais n’allez pas chercher dans ces confidences ce qui ne s’y trouve pas : des révélations croustillantes sur ses petits camarades (tout ce qu’on apprend sur les manies de certains réalisateurs n’est que notoriété publique) et des confidences salaces sur ses nombreuses conquêtes. Ce n’est pas le genre de la maison.
   
   Ces mille vies se dévorent donc d’une traite avec son lot d’images nostalgiques qui les accompagnent. Et, quasiment à toutes les pages, des facéties de cancres.
   Comme un gosse.

critique par Walter Hartright




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