Lecture / Ecriture
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Une longue impatience de Gaëlle Josse

Gaëlle Josse
  Les heures silencieuses
  Noces de neige
  Le dernier gardien d'Ellis Island
  L'ombre de nos nuits
  Un été à quatre mains
  Une longue impatience

Gaëlle Josse est une écrivaine française née en 1960.

Une longue impatience - Gaëlle Josse

Les silences et les mots
Note :

    C'est l'histoire d'un amour incommensurable, infini, celui d'une mère pour son fils.
   
    L'amour de toutes les mères, sentinelles de toutes les nuits pour attendre le retour de leur enfant.
   
    L'histoire se passe en Bretagne dans les années 50, Anne est veuve d'un marin. elle s'est retrouvée seule et sans moyens, pour élever son fils, Louis.
   
    Elle se remarie avec Etienne, pharmacien, avec lequel elle aura deux autres enfants. Une vie nouvelle et ses promesses se dessinent enfin.
   
    Un jour à la suite d'une dispute très violente, le beau-père a un geste malheureux envers Louis.
   
    Ce dernier quitte la maison.
   
    Que dire de cette histoire ? Rien de plus. Tout est à découvrir, les silences et les mots, le style de Gaëlle Josse, beau jusqu'à l'épure.
   
    Un court roman qui met en lumière une femme déchirée par l'attente, qui chaque jour note la fête et le repas promis au fils à son retour.
   
    Le portrait de cette mater dolorosa nous bouleverse tant elle reste digne et aimante dans son chagrin.
   
    Ses mots nous font vivre le manque, l'absence et l'attente qui n'en finit plus.
   
    Le paysage aussi est un personnage important, nous sommes avec Anne sur le petit chemin qui mène à sa maison sur la falaise, le vent, la nature, tout ici émeut.
   
    Retrouver Gaëlle Josse à chaque lecture, c'est entrer en émotion, c'est capturer un regard et être touché par la grâce.
   
    A lire absolument.
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critique par Marie de La page déchirée




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L'amour d'une mère et la douleur de l'absence
Note :

   Au port, chaque pêcheur se souvient qu'elle est la veuve d'Yvon le Floch, son mari gardé au milieu des flots, son corps jamais rendu par la mer. S'habituer à un deuil sans corps, sans autre preuve que l'absence, sans rien pour déposer ses larmes. De veuve le Floch elle est devenue Madame Quémeneur, la femme du pharmacien, les regards, les convenances, pèsent si lourds ici. Les conversations cessent dès qu'elle arrive, les ragots, les rancœurs, les rumeurs. Aujourd'hui, elle cherche dans sa nouvelle maison un coin à elle, un refuge, mais elle ne le trouve pas.
   
   Depuis la naissance des petits, Étienne, son nouveau mari ne supporte plus son fils Louis, qui lui rappelle qu'elle a été la femme d'un autre homme. Elle s'épuise à cette vaine répartition de l'amour. Étienne a annoncé à Louis son départ pour la pension, le soir Louis n'a pas reparu. Il n'a laissé aucun message, il n'a rien dit au cours des jours précédents, rien qui puisse donner une piste, son absence est sa seule certitude, c'est un vide dans lequel elle sombre.
   
   Il est son fils, sa vie, il s'est embarqué à destination de la Réunion. Depuis, chaque jour, elle l'attend. Elle longe la falaise, sur le chemin des douaniers, elle guette, elle fixe l'horizon pour y déceler le bateau qui la rendra à la vie. Elle lui écrit de longues lettres où elle lui raconte la fête et le festin qu'ils feront à son retour.
   
   Le portrait magnifique d'une femme et d'une mère qui ne cesse de se tourmenter pour l'enfant un jour sorti de son flanc, qui est parti en mer, depuis elle le suit sur un globe terrestre, sa raison de vivre c'est l'attente de son retour. Les dernières pages sont absolument extraordinaires, elles nous transportent littéralement. Gaëlle Josse sait trouver les mots pour nous décrire d'une façon pudique et bouleversante, l'amour d'une mère et la douleur de l'absence. Une plume d'une grâce infinie qui nous touche au plus profond de notre âme.
    ↓

critique par Y. Montmartin




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C'est beau !
Note :

   Je sors de cette lecture, chamboulée. J'ai retardé le plus longtemps possible l'instant de la dernière page, celle de l'abandon. J'ai tout tout tout tout aimé dans cette intrigue, touchante, émouvante, juste. Gaelle Josse a écrit Une longue impatience avec beaucoup d'intelligence et le cœur tout simplement. Alors forcément, c'est beau !
   
   C'est l'histoire d'une femme qui attend le retour d'un homme, c'est l'histoire d'un homme qui a attendu une femme toute sa vie.
   
   Une longue impatience trace l'attente de la bretonne Anne Quémeneur veuve Le Floch, en quête de Louis, son fils fugueur de 16 ans, en fuite d'un trop plein de peine(s) au sortir de la seconde guerre mondiale qui a éprouvé autant les âmes que les corps.
   
   De ce récit, Gaëlle Josse dessine une femme-courage, qui serre les dents et les poings, fait preuve de ténacité et de sensibilité, une femme simple et désirable qui raconte son temps (les années 50, l'occupation allemande, le monde des pêcheurs et des pécheurs, un veuvage prématuré, deux mariages d'amour, trois enfants désirés -Louis, Gabriel et Jeanne- et aussi la brutalité). Des messages qu'adresse Anne à Louis, Gaëlle Josse en tisse des moments intimes de grande beauté avec en toile de fond : le don avant tout : celui de l'amour, de la cuisine sublimée, celui des souvenirs et des regrets aussi !
   
   La plume de Gaelle Josse resplendit parce qu'elle s'est abandonnée : une écriture sincère, celle du cœur, qui dit les choses sans ménagement et avec dignité, avec un rythme poétique et une musicalité singulière. Les personnages sont décrits sans ménagement mais avec une étude bienveillante. Il n'y a ni méchant ni gentil, juste des humains en mal de communication, que les quotidiens du pendant et de l'après guerre ont durcis.
   
   L'époque est parfaitement décrite : on sent les embruns, les manques, l'époque révolue où un gâteau était un bien rare, la France des vêtements distingués ou rapiécés, des classes sociales marquées, celle de Paris et du reste du pays.
   
   Une longue impatience est le retour d'une femme sur sa vie, une humanité parmi d'autres, dont l'universalité a atteint mon être... direct ! Éblouissant.
   
   page 20 (une citation qui résume toute la difficulté de la belle-parentalité : il faut beaucoup d'amour, de confiance en soi et en l'autre, de l'humilité et de l'abnégation aussi... pour accepter sa chère moitié dans sa globalité)
   "Depuis la naissance des petits, Étienne ne supporte plus mon fils, le témoin encombrant d'une autre vie, le rappel permanent que j'ai été possédée par un autre homme, et tout cela est ineffaçable. Louis est celui qui l'empêche de croire en une vie faite de notre seule histoire, sans peines et sans passé. "

   
   
   page 117
   "Dans la grande maison, personne ne peut deviner que je me sens encore comme une invitée, toujours en alerte dans l'effort de faire semblant d'y vivre. Étienne demeure ici depuis sa naissance, il a imprimé sa présence dans chaque pièce,..., et les enfants font de même, avec des jouets ici et là, un cahier d'école, et leur vie sourd dans toute la maison dont j'ai épousé l'histoire sans y apporter la mienne."

critique par Philisine Cave




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