Lecture / Ecriture
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La voix des vagues de Jackie Copleton

Jackie Copleton
  La voix des vagues

La voix des vagues - Jackie Copleton

Nagasaki
Note :

   La narratrice, d’origine japonaise, a émigré aux Etats Unis avec son mari. Veuve depuis deux ans, un homme qui porte des marques de brûlure se présente à son domicile, en se présentant comme son petit fils.
   Le ciel lui tombe sur la tête car elle le sait mort au moment de l’explosion de la bombe atomique à Nagasaki. Suite à ce drame, elle et son mari l’ont cherché en vain, ainsi que leur fille Yuko.
   
   Le roman plonge alors dans le passé de cette famille, de leur histoire intimement liée au drame de Nagasaki, et la narratrice revient sur l'entrée du Japon en guerre, la capitulation mais aussi sa vie d’avant la bombe. Le récit oscille entre passé et présent, et la lecture est facilitée par la lecture du carnet intime de Yuko, sa fille, dans lequel elle se confie et nous éclaire sur des événements, qui expliquent la complexité des relations mère-fille notamment.
   
   Voici un premier roman très bien écrit et bien construit, plein de secrets qu’il serait dommage de dévoiler. Il nous offre un très beau portrait du Japon et du drame de Nagasaki. Mais aussi des tragédies liées à des histoires d’amour avortées ou impossibles.
   
   Un récit avec des descriptions réalistes et assez dures mais aussi plein de poésie, avec au début de chaque chapitre la description d'un rite japonais.
   
   Il vient de sortir en poche, une raison de plus de se l'offrir.
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critique par Éléonore W.




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Un dictionnaire de compréhension mutuelle
Note :

   Où?
    Le roman se déroule au Japon, à Nagasaki notamment ainsi qu’aux États-Unis.
   
   Quand?
    L’action se situe en 1945 et durant les années qui ont suivi.
   
   Ce que j’en pense
    Un matin, un homme sonne à la porte d’une vieille dame et lui annonce qu’il est son petit-fils. La surprise d’Amaterasu Takahashi est d’autant plus forte que Hideo fait partie des victimes du bombardement de Nagasaki le 9 août 1945 et qu’elle a fui le Japon pour s’installer aux Etats-Unis. Que l’enfant ait pu survivre tient du miracle, qu’il ait pu retrouver la trace de sa grand-mère en serait un second. Du coup, c’est avec la plus grande méfiance, pour ne pas dire l’incrédulité, que ce "survivant" recouvert de cicatrices est accueilli. D’autant qu’il fait resurgir un traumatisme qui, malgré les années, est resté très vivace.
    En ce jour funeste, elle a perdu de nombreux amis, connaissances et membres de sa famille, à commencer par sa fille Yuko.
   
    L’auteur, qui a enseigné l’anglais à Nagasaki, alterne les époques au fil des chapitres. Elle revient sur la genèse du conflit durant les années 30 et 40, le récit du bombardement et ses conséquences immédiates, l’exil d’Amaterasu en 1946 et sa vie aux Etats-Unis, le dilemme de cet homme qui aimerait avoir des réponses à ses questions, mais ne veut pas pour autant faire souffrir ses interlocuteurs. Un choix très judicieux qui rend la lecture particulièrement agréable tout en confrontant les questions d’aujourd’hui au drame de l’époque. Car c’est également dans la forme que nous sommes invités à reconstituer ce puzzle. Journal intime, récit quasi journalistique, dialogue, extraits de correspondance permettent d’éclairer de différentes manières ce drame. Sans oublier la touche japonisante qui arrive ici fort à propos : les chapitres s’accompagnent d’expressions ou de mots japonais avec leur signification particulière au pays du soleil levant.
   
    En s’appuyant sur des faits et sur la douloureuse réalité Jackie Copleton évite l’écueil de la stigmatisation. Mieux encore, elle nous fait comprendre à travers les témoignages, que les victimes souffrent d’un complexe de culpabilité, ne comprenant pas pourquoi le malheur s’est abattu sur les innocents et qu’il les a épargnées. On se rend alors compte de la force morale qu’il aura fallu déployer pour simplement survivre. Que le silence était une arme et non une volonté de dissimulation. Car les secrets, petits et grands, qui se cachent dans chaque famille et derrière chacun de ses membres finissent par apparaître au grand jour, comme c’est le cas lorsque l’on découvre un journal intime.
   
    Avec beaucoup d’habileté, le récit vient alors confronter l’Histoire avec les histoires, démontrer que des ressorts tels que la trahison, l’ambition, le besoin d’émancipation ou l’offense sont dans les deux cas des moteurs, mais aussi les déclencheurs de drames qui emportent les familles et les peuples et qu’il convient de traduire afin de pouvoir les supporter.
   
    La traduction littérale du titre original de ce premier roman "a dictionary of mutual understanding" (un dictionnaire de compréhension mutuelle) est à ce titre plus éclairante que La Voix des vagues. Mais la poésie du titre français, secondée par une superbe couverture, est bien l’autre clé de cette superbe évocation.

critique par Le Collectionneur de livres




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