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Olla Vogala : L'histoire de la langue des Flamands, en France et ailleurs de Wido Bourel

Wido Bourel
  Olla Vogala : L'histoire de la langue des Flamands, en France et ailleurs

Olla Vogala : L'histoire de la langue des Flamands, en France et ailleurs - Wido Bourel

Tous les oiseaux : au cœur de l'identité
Note :

   Ce petit bouquin bilingue français (page de gauche)/néerlandais (l'autre), d'un homme des Flandres françaises a des postures identitaires : disposé sur un présentoir d'une bibliothèque de Liège, il n'échappe pas à un œil éveillé aux complications communautaires belges.
   
   Wido Bourel embarque dans un condensé intéressant de l'histoire du dialecte du nord-ouest français, le Flamand de France (Vlaams). Ce parler se limite aujourd'hui à quelques milliers de locuteurs et il regrette sa disparition : "On a beau apposer de plus en plus de noms flamands aux maisons, flamandiser la signalisation des communes, voire multiplier le nombre de drapeaux flamands, en Flandre française, la revendication accrue de l'identité flamande va de pair avec la disparition d'un des symboles les plus forts, la langue."
   La noblesse française, raconte Bourel, "assuma longtemps que son sang était de même couleur que ses yeux, à savoir bleus". Car elle descendait des Francs, vrij en vrank (libres et heureux), et non des Gaulois, "seul passé à la potion magique autorisé par les historiens français". Et l'auteur déplore que "l'enthousiasme des pères fondateurs du royaume des Francs se veuille inversement proportionnel à la germanité de ses origines." Malgré tous les efforts du général de Gaulle "pour faire surgir la France "du fond des âges"", on peine à en trouver l'embryon dans le partage de l'empire carolingien en 843. Les premiers rois de France ne parlaient pas le français mais la langue des Francs, dont le flamand et le néerlandais sont les légitimes héritiers.
   
   Au 15e siècle, la langue parlée autour de la mer du nord (dialectes thiois) était appelée le Dietsch ou Diets (on retrouve aujourd'hui le dutch anglais pour le néerlandais et ses dialectes), langue enracinée du peuple, en opposition aux langues romanes qualifiées de waals, wallonnes. De là l'expression "wat waals is vals is" (tout ce qui est wallon est fourbe), lit-on encore sous la plume de Wido Bourel, "cri de guerre des flamands dans "Le Lion de Flandre" de Hendrik Conscience".
   
   Cet ouvrage reste instructif à d'autres titres. Le "Roman de renard" trouve ses sources dans le pays de Waas ("Van de vos Reinaert" au 13e siècle) et le mot renard a supplanté goupil en français. "La chanson de Roland" trouverait ses origines dans un texte populaire du côté de Bruges ; d'ailleurs, le nom de l'épée du chevalier, Durandal, vient de deur en al (à travers tout et de part en part) : "la magie de l'épée de Roland ne peut s'expliquer que par la langue des Flamands".
   
   
La Révolution française, où les langues des minorités sont déclarées féodales, conduira à un "ethnocide linguistique" (sic). L'auteur juge totalitaire le slogan "les peuples libres parlent français" : "La logique jacobine qui occulte notre passé voudrait que les frontières étatique et linguistique coïncident". Plus tard, la francisation de l'enseignement (loi Guizot 1933) sera déterminante.
   
   On ne peut évoquer cette contrée sans parler du ch'ti, langue picarde (oïl): Bourel pointe Bergues (Sint-Winoksbergen), ville très flamande, où fut tourné ce "film primaire" réalisé par un "biloute de même envergure" (Dany Boon). Ceci afin d'exposer que le ch'ti a été fortement influencé par le Vlaams : quinquin (de kindje), bouquin (de boek), mekind (de meisje), cotch (de kot), ...
   
   Si Wido Bourel sort ses griffes envers les francophones, il étaie ses déclarations, tel le processus de francisation à la création de l'État belge en 1830, où l'on vit interdire le néerlandais dans la justice, l'administration et l'armée, alors que la population était majoritairement flamande (sous prétexte que les flamands ne parlaient que des dialectes) : "Charles Rogier agissait dans l'ombre pour le compte du roi Louis-Philippe".
   
   Un autre développement exclut toute manœuvre irrédentiste, des Pays-Bas ou de Belgique flamande, liée aux défenseurs du Vlaams dans le nord-ouest de la France. Il y a que ce Français sentimental "aime entendre et parler les délicieuses sonorités qui ont bercé ses jeunes années". Il garde néanmoins le sens pratique et sait que l'apprentissage d'un dialecte, plutôt que le néerlandais, ne permettra pas de trouver un emploi en Flandre belge ou aux Pays-Bas ni d'y fréquenter les universités.
   
   Sous une forme pugnace et bien tournée, demeure rivé au cœur de ce livre, le souci de transmettre aux générations futures le Vlaams, et avec lui, une certaine identité. Dans cet esprit, l'extrait ci-dessous mettra l'accent sur le retour aux dialectes dans un monde globalisant. J'avoue ne pas avoir retrouvé dans cet énergique plaidoyer le sourire goguenard et attendri que manifestent la plupart des vieux Wallons considérant le devenir de leurs dialectes.
   
   D'aucuns trouvent dans le sujet de ce livre une occasion de pointer le marasme dans lequel les élites maintiendraient la région du nord-ouest français.
   
   En appendice, large bibliographie et plusieurs lexiques instructifs :
    langue des Goths/Néerlandais/français,
    francique/néerlandais/français,
    vieux saxon/néerlandais/français,
    présence germanique dans le français.
   
   Explication du titre, le plus ancien manuscrit en flamand ancien (vers 1100), découvert à Oxford en 1932 :Hebban olla vogala nesta bagunnan
   Hinase hic enda thu
   Unat unbidan uue nu ?
   ↓
   Tous les oiseaux ont fait leur nid
   Sauf toi et moi
   Qu'attendons -nous ?

   
   
   Extrait:
   "Aussi contradictoire que cela puisse paraître dans notre monde globalisant, la mode est au retour aux dialectes. Ce phénomène se constate également en Flandre belge et aux Pays-Bas. Nombre d'artistes y trouveront une source d'inspiration qu'ils estiment plus authentique.
   Dans le Limbourg néerlandais, il fait très chic de parler le dialecte local. À la sortie des salles de théâtre, les notables de la région se distinguent par leur conversation en limbourgeois. Chaque année, à l'occasion du concert donné par son orchestre sur le Vrijhof, la grand-place de Maastricht, le célèbre dirigeant André Rieu s'adresse à son public dans le dialecte de sa ville natale[*]. Les Limbourgeois aiment ainsi cultiver leur différence et leur esprit sudiste et "bourguignon" contraste avec le reste des Pays-Bas.
   En Flandre belge les séries télévisées les plus populaires parlent le dialecte anversois ou le westflamand. En Flandre occidentale, des chanteurs comme Willem Vermandere, Flip Kowlier et autres Wannes Cappelle montrent que talent et créativité peuvent s'exprimer en utilisant le dialecte.
   D'un côté une anglomanie généralisée, et de l'autre, la montée du phénomène dialectal. Les ethnopsychiatres pourront peut-être nous expliquer comment comprendre ce retour démonstratif au localisme culturel."

critique par Christw




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