Lecture / Ecriture
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L’autre monde : les états et empires de la lune et du soleil de Savinien de Cyrano de Bergerac

Savinien de Cyrano de Bergerac
  L’autre monde : les états et empires de la lune et du soleil

L’autre monde : les états et empires de la lune et du soleil - Savinien de Cyrano de Bergerac

De la Terre à la Lune
Note :

   Parfois la fiction nous fait prendre des vessies pour des lanternes. Parfois, c’est le contraire. Ainsi, je m’étais toujours imaginé que le Cyrano de Rostand n’était sorti que de l’imagination du romancier, à l’image de Jean Valjean, David Copperfield ou Julien Sorel.
   Pourtant Savinien de Cyrano de Bergerac a réellement existé, mort en 1655 à l’âge de 36 ans.
   Ecrivain, poète mais aussi féru de sciences dans un siècle où l’on cherchait à découvrir le sens des choses, d’y voir plus clair dans l’ombre de la matière ou encore comment tout cela était organisé. A une époque où la science balbutiante était encore impuissante à expliquer, à démontrer par l’expérience, il ne fallait compter que sur la seule raison pour expliquer quelques phénomènes majeurs. L’ombre de Descartes plane sur le roman.
   
   Les empires du soleil et de la lune, c’est Jules Verne trois siècles plus tôt, mais c’est surtout le prétexte d’une critique sans concession de la société d’alors, encore engluée dans les superstitions religieuses ou païennes.
   
   Visionnaire à plus d’un titre, ce voyage interstellaire s’appuie sur de vraies constantes physiques, à partir desquelles la poésie et l’imagination peut alors prendre le relais. On découvre un monde où l’on parle en musique en ce qui concerne la haute société ou, plus simplement, par gestes et mimiques. Un monde où on se contente de se nourrir de fumets et vapeurs en guise d’aliments : c’est plus sain et aussi nourrissant. On flirte avec le burlesque lorsque, à la chasse aux pigeons, ceux-ci tombent à la fois rôtis et assaisonnés grâce à l’emploi de fusils révolutionnaires.
   
   Cyrano, par le biais de ses personnages lunaires ou solaires, permet le changement de point de vue qui met en perspective nos us et coutumes, jusqu’à parler de végétarisme et remettre en question la déférence que l’on doit aux ainés lors d’une thèse bien sentie sur ce que l’on doit plutôt à nos enfants.
   
   Récréatif et jubilatoire lorsqu’il décrit ces empires où la seule monnaie se réduit à payer en vers (Rostand s’en serait-il inspiré pour son personnage de Ragueneau?).
   Cyrano serait-il le tout premier écologiste?
   En revanche, on rencontre quelques lourdeurs quand les théories s’embourbent dans de trop longues explications.
   
   Enfin, bien que la langue du XVIIème ait été modernisée pour faciliter la compréhension (ce n’est pas le cas de l’appendice sur les lois de la physique et quiconque y jettera un œil comprendra de quoi je parle), les mots ont été conservés et c’est un bonheur et un ravissement pour tous les amateurs d’étymologie et amoureux des mots.
   
   On se rend alors compte qu’ils évoluent au fil des siècles comme un visage change en prenant de l’âge. Ainsi les émotions étaient plus géographiques à l’époque et indiquaient un déplacement bien réel… on peut faire le rapprochement avec le mot Transport qui désigne sensiblement la même chose actuellement mais qui, à l’époque et jusqu’au XIXème, indiquait des changements d’humeur (l’émotion). Joli exemple de chassé croisé.
   
   Juste retour des choses et prix à payer : le texte est ainsi truffé de notes, ralentissant d’autant la lecture.
   
   Bien entendu le roman est inachevé : on ne croisera donc pas Descartes, une rencontre ratée qui laissait pourtant présager de grands moments philosophiques.

critique par Walter Hartright




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