Lecture / Ecriture
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Un charmant petit village de Jean-Michel Lecocq

Jean-Michel Lecocq
  Un charmant petit village

Un charmant petit village - Jean-Michel Lecocq

Elégant
Note :

   Avec de charmants habitants, de charmants touristes, et de charmants cadavres !
   
   Comme ils sont mignons tous les deux, sagement allongés sur leur lit les mains unies. Le couple Loret, Thierry et Mireille, la soixantaine, se sont suicidés. Empoisonnés à la colchicine. Leurs verres déposés soigneusement sur leurs tables de nuit.
   
   Ils tenaient un gîte de trois chambres, mais selon certains, ils croulaient sous les dettes. C’est la femme de ménage qui les a découverts dans cette position si reposante. Ils s’étaient installés dans le village de Villecroze quelques années auparavant mais n’étaient guère aimés. Des querelles de voisinage principalement.
   
   Donc les gendarmes de Draguignan et le procureur ont conclu à un suicide, mais le maire du village est sceptique aussi fait-il appel à un sien ami, Jouve, le directeur de la Police Judiciaire de Paris. Théo Payardelle, le commissaire électron libre, est prié par son chef d’aller enquêter sur place.
   
   Dans le même temps, le rédacteur en chef du quotidien Le Mistral reçoit une lettre anonyme concluant dans le sens du maire, et Benoît Maucoulin journaliste qui assure les reportages et est en charge de l’hebdomadaire La Gazette, est lui aussi invité à se rendre sur place afin d’infirmer ou confirmer les allégations du corbeau.
   
   Villecroze subit une concentration motos, ce qui ne plait guère aux villageois, de même qu’ils n’apprécient guère plus ceux qui se sont installés depuis quelques années dans cette bourgade du haut Var. Mais il faut bien vivre en bonne intelligence. Malgré certaines tensions.
   
   Tandis que Maucoulin enquête de son côté, et peut-être plus particulièrement auprès de la jeune et belle hôtesse de l’office de tourisme, Payardelle, qui est présenté comme l’ami de Saint-Fons, le maire, et logeant chez lui, se promène dans le village, rencontrant sans parti pris la tenancière du Café Rock, qui n’est qu’une des pièces rapportées du village, la bibliothécaire, elle aussi venue d’ailleurs, du notaire Vialatte, ami réel du maire auquel il demande de rechercher la provenance des époux Loret, apparemment sans famille proche. Sans oublier un auteur de romans policiers d’origine belge, un jeune ébéniste qui avait fourni les époux Loret en meubles, également étranger au village.
   
   Mais les lettres adressées par le corbeau, qui n’en est pas véritablement un puisqu’il ne dénonce personne en particulier, se contentant d’allusions, continuent d’arriver au journal, tandis qu’un meurtre, irréfutable celui-là est commis.
   
   Parallèlement et en incrustation, le lecteur découvre une affaire qui s’est déroulée quinze ans auparavant, dans les Ardennes, celle dans laquelle un directeur d’école est accusé de posséder des images pornographiques dans son ordinateur. L’objet avait été fourni par la mairie et vérifié par un technicien informatique d’une entreprise privée. Il a beau clamer son innocence, rien n’y fait, les mauvaises langues ont le dessus, surtout celles qui ne savent rien mais connaissent tout, affirmant même qu’il s’agirait de photos pédopornographiques.
   
   S’il fallait qualifier d’un seul mot ce roman, ce serait Elégance. Elégance de l’écriture, élégance de l’intrigue, élégance des personnages qui pourtant ne sont pas tous des anges. Mais même les démons sont traités avec une forme de respect par l’auteur qui ne sacrifie pas à une mode actuelle qui se traduit souvent par des vulgarités dans les propos, les dialogues, les faits, les événements, les jugements. Pas de scènes inutiles de sexe ou de violence. Bref un réel plaisir de lecture et non pas un pensum comme cela arrive si souvent.
   
   Dans une ambiance quelque peu à la Agatha Christie, ce qui pour moi est un compliment, Jean-Michel Lecocq installe ses différents personnages et les fait évoluer dans une atmosphère légèrement délétère. Les gendarmes et le procureur, se drapant dans leurs certitudes, n’apprécient pas l’intrusion de Payardelle qui pourtant essaie de jouer au sous-marin, sans faire de vagues, mais ne se laissant pas abuser par de fausses évidences.
   
   L’alliance entre le journaliste et le policier est l’illustration d’un rapprochement nécessaire entre deux pouvoirs, afin de pouvoir effectuer en bonne intelligence une enquête pernicieuse.
   
   Le dernier mot sera laissé à Claire, la charmante hôtesse d’accueil de l’office de tourisme, qui déclare, en parlant des romans policiers de l’auteur Belge :
   "Trop violent, trop glauque, avait-elle déclaré en tordant sa bouche dans une moue de dégoût. Un esprit pervers selon moi. Un tordu."
   

   Tous les auteurs de romans noirs et policiers, même si leurs romans sont glauques et violents, ne sont pas des pervers, enfin je le suppose. Mais l’on est en droit de se demander par quelle aberration ils narrent des actes plus ou moins de torture, sans que les descriptions apportent quoi que ce soit au récit, pour le seul plaisir des lecteurs friands de ce genre de mise en scène ou pour leur propre défoulement. Mais ceci est une autre question à laquelle je me garderai bien de répondre.

critique par Oncle Paul




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