Lecture / Ecriture
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Un si beau diplôme ! de Scholastique Mukasonga

Scholastique Mukasonga
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  Un si beau diplôme !

Scholastique Mukasonga est une écrivaine rwandaise de langue française née en 1956. En 1973, elle doit s’exiler au Burundi. En 1992, elle s’établit en France.

Un si beau diplôme ! - Scholastique Mukasonga

Les douleurs de l'exil
Note :

   Naître tutsi au Rwanda voici quarante ans ne présageait pas du meilleur destin. Pourtant, S. Mukasonga a su tracer son chemin vers la réussite. Elle le revisite dans cette autobiographie dont le titre ironique donne le ton : entre humour et affliction. L’auteure s’est battue pour obtenir son diplôme d’assistante sociale. Sa remarquable capacité de résilience tient autant à son caractère obstiné qu’à son père, Cosma "pour qui seule l’école pouvait sauver la mémoire" : elle s’y est employée à travers ses romans.
   
   Un "beau diplôme c’est un talisman qui te sauvera de la mort" ; "mon père ne s’est pas trompé". En effet, contrainte de s’exiler pour poursuivre ses études, S. Mukasonga a échappé au génocide de 1994 où tous les siens ont péri.
   
   Étant tutsi elle fut chassée en 1973 de l’École Sociale de Butare et découvrit "les douleurs de l’exil" à Gitega, au Burundi. Sans argent ni soutien, "solitude et tristesse" furent son lot. Certes elle l’obtint ce diplôme, son "véritable passeport : la seule preuve que, quelque part dans le monde, [elle] existait". Encore naïve elle crut trouver un emploi, en vain. "Opiniâtre, entêtée" audacieuse, elle finit par être embauchée par l’Unicef à Gitega : ce furent cinq années heureuses.
   
   Mariée et mère de deux garçons elle suivit son mari à Djibouti : ce furent cette fois six années éprouvantes sans aucun emploi. Mais c’est sur cette "terre sans vie" qu’elle prit conscience de son identité : "Au Rwanda, j’étais une tutsi (...) un cafard en sursis, au Burundi une exilée, partout dans le monde une apatride selon le HCR : j’étais et je resterais, où que je sois, africaine". Arrivée en France en 1992, S. Mukasonga voulut croire encore au pouvoir du beau diplôme : hélas il n’était pas reconnu en France. L’auteure reprit des études et décrocha le sésame français, ce diplôme qu’elle avait "tant désiré" pour réaliser son rêve et "tant haï" pour les épreuves qu’il lui avait fait affronter. Mais lorsqu’elle apprit le génocide où tous les siens avaient été exterminés, à la douleur et au désespoir se mêlèrent le remords d’avoir choisi de les quitter et la honte d’être encore vivante.
   
   À plusieurs reprises S. Mukasonga est retournée à Kigali ; dans ce "nouveau Rwanda" elle n’a guère retrouvé les lieux de son enfance. Tout a changé, les femmes ont pris leur place sur le marché du travail, les coutumes disparaissent : on ne boit plus l’unwarwa, la bière de bananier avec laquelle les interhamwe se droguaient avant d’aller exterminer les tutsis...
   
   Cette romancière aujourd’hui reconnue a fait preuve d’une grande combativité : "je savais puiser au sein même des épreuves auxquelles je me heurtais depuis ma jeunesse (...) un regain d’énergie." C’est un bel exemple où se révèle toute l’ambiguïté de l’exil, entre chance et souffrance. Mais c’est la scolarisation, au départ, qui le rend fécond.
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critique par Kate




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Un passeport pour la vie
Note :

   Elle a passé la moitié de sa vie à courir après un modeste diplôme d'assistante sociale. Son père croit que l'école sauvera ses enfants, un beau diplôme, c'est un passeport pour la vie, la seule preuve au monde que l'on existe, un véritable sauf-conduit, qui permet de préserver sa dignité, son indépendance, d'assurer la protection de ses enfants. Sa carte d'identité porte, comme une marque infamante, la mention TUTSI. Chassée de son pays, réfugiée au Burundi pays frontalier. Mais hélas ce diplôme, quand on est réfugié ne lui donne pas les mêmes chances que ses camarades, commence le long chemin chaotique et difficile pour trouver du travail.
   
   Mariée à un Français la voilà à Djibouti où on n'a pas l'utilité d'une assistante sociale puis en France où son diplôme n'a aucune valeur, il faut un diplôme français. A la veille de ses quarante ans, elle reprend donc ses cahiers, retrouve les bancs de l'école où les élèves ont l'âge de ses enfants.
   
   Dans ce récit autobiographique, Scholastique Mukasonga nous raconte le parcours d'une jeune fille, devenue femme qui s'obstine à obtenir un diplôme. Une écriture enjouée, remplie d'anecdotes, de traditions, de coutumes pour nous conter son histoire et à travers elle, celle de son peuple condamné à s'exiler jusqu'au génocide des Tutsis, où trente-sept membres de sa famille sont assassinés. Un hommage à son père, considéré comme un sage, devenu modeste commerçant, car un homme se déshonore s'il reste à la maison comme une femme, un père qui est persuadé que l'éducation est un laissez-passer vers la liberté.
   
   Le parcours d'une jeune fille qui ne possède qu'un seul livre et qui va découvrir émerveillée, une bibliothèque dont les murs sont tapissés de livres. Ce récit se termine par le retour à Kigali, au Rwanda aujourd'hui, sur les traces de la terre de ses parents, un pèlerinage douloureux, même le lac où elle allait chercher de l'eau a disparu comme mort de chagrin. Hôtels, restaurants, entreprises ont poussé comme des champignons, aujourd'hui les femmes sont partout, elles sont députés, médecins, militaires, femmes d'affaires. Ce sont les femmes qui choisissent leur mari, c'est le Rwanda nouveau !
   
   Le récit émouvant d'une femme généreuse fière de ses origines, de la richesse de son peuple sacrifié.

critique par Y. Montmartin




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