Lecture / Ecriture
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Le parfum des fraises sauvages de Angela Thirkell

Angela Thirkell
  Le parfum des fraises sauvages

Le parfum des fraises sauvages - Angela Thirkell

Une partie de campagne
Note :

   Un manoir ou encore une demeure massive, nichée dans un parc à la pelouse méticuleusement entretenue, entouré d’un petit bois où les animaux sauvages trouvent un havre de paix. Un jardinet essentiellement composé de fleurs, une roseraie. Des allées de gravillon, un terrain de cricket. Le timide soleil du sud de l’Angleterre accompagné de ses fréquentes ondées. Et partout le calme d’une campagne aristocratique.
   Qu’il doit être reposant de venir y passer quelques jours, mieux deux ou trois semaines, allez, soyons fous et campons ici pour toute la saison.
   
   Ces délicieuses fraises des bois sont un peu l’Orgueil & Préjugés augmenté d’un humour très british. On badine, on planifie, on organise, on passe son temps à mettre en place des diners, des soirées, des bals, l’agencement de la maison qui pose ô combien de soucis. Mais d’autres les exécuteront à notre place.
   
   Ces fraises sont avant tout une galerie de personnages hauts en couleur, à la limite de la parodie et terriblement comiques sans qu’ils s’en rendent le moindre compte.
   
   D’abord, la maitresse de maison, lady Emily, vaguement distraite, qui passe sa vie à donner des ordres contradictoires, se répandre en préparatifs divers et perdre un temps fou à mettre en place des agencements futiles et d’autres emplois de temps qui, à force de maints et maints retournements se trouvent dérisoires. Emma Thompson serait parfaite dans une adaptation cinématographique.
   Vient ensuite son mari, Mr Henry Leslie, qui se situe bien au-dessus de tous ces désagréments domestiques ou autres considérations purement frivoles. S’investissant totalement dans la gestion de son domaine, il n’a d’intérêt que pour ses taureaux et du difficile casse-tête de leur trouver un nom. Leurs enfants : John, veuf, fait figure de la seule personne censée de la maisonnée, son frère David, inconséquent et superficiel, cultivant une forme de légèreté dans ses rapports avec les femmes, séducteur dans l’âme et grand amateur de jazz (l’action se situe dans les années 1920) - Hugh Grant aurait été idéal s’il pouvait conserver ses 25 ans éternellement. Enfin un troisième, mort à la guerre, laissant un fils, Martin, qui fêtera ses 17 printemps à la fin du roman. Il échappe à un séjour linguistique sur le continent pour parfaire son français par l’heureux hasard qui veut que le curé, Mr Banister, loue le presbytère à une famille française particulièrement bien tournée, en particulier "Madame" Boule (on notera le jeu de mots avec les taureaux de Mr Leslie), qui est le pendant exubérant de Lady Emily. Sa famille est composé d’un mari, là encore effacé, et de trois adolescents : Pierre, l’ainé et endossant le rôle de professeur de français auprès de Martin (en l’occurrence Martine, vu que Madame Boule met autant de méticulosité à s’exprimer dans la langue de Shakespeare qu’à reprendre incessamment les fautes de français de son élève), qui vouera une passion aussi infinie que discrète par quelques poèmes enflammés dont il ne produit que deux ou trois vers à Agnès, l’unique sœur de John et David, affublée de trois marmots, sortes de petits diables auxquels elle passe tout, se reposant sur une nurse et son aide pour ce qui ressort de l’ordre domestique. Je l’ai tout de suite vue sous les traits de Michelle Pfeiffer. Son mari, Robert, est absent, tout comme la mère de Martin. Ursule, sœur de Pierre, qui n’est ni plus ni moins qu’un estomac sur pattes et Jean-Claude qui voue une passion à l’héritier supposé du trône de France, le duc de Guise, au nom duquel il tentera un attentat à la bannière de la fleur de lys.
   
   L’intendant, Gudgeon, homme à tout faire, en particulier à pousser la chansonnette. On croise également la visite d’un flagorneur, égoïste en diable et pédant par-dessus le marché, Mr Holt dont chacun désire se débarrasser sans manquer à la plus élémentaire courtoisie. Enfin, l’arrivée pour toute la période de l’été d’une cousine, Mary Preston, va enflammer les cœurs. Elle sera toutefois mise en concurrence avec une certaine miss Joan Stevenson, productrice à la radio. Tout ce petit monde évolue dans la campagne anglaise où plane constamment un parfum d’ironie et une légèreté sucrée.
   Doux comme une poignée de fraises des bois.

critique par Walter Hartright




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