Lecture / Ecriture
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La France des années 1968 de Antoine Artous

Antoine Artous
  La France des années 1968

La France des années 1968 - Antoine Artous, Didier Epsztajn, Patrick Silberstein

Sous les pavés…
Note :

   Mai 2018. Triste anniversaire en réalité puisque force est de reconnaitre que le petit vent de folie et de liberté (libertaire) qui a soufflé il y a 50 ans n’a réussi à semer que ce contre quoi il se mobilisait : une société plus technologique que jamais où tout le monde communique à outrance sans partager quoi que ce soit, où l’on parle à tort et à travers sans s’écouter vraiment. Un monde globalisé et individualiste toujours à la recherche de futilités et régit, voire dominé, par l’argent roi.
   
   Etant donné que je ne balbutiais juste que quelques mots à peine articulés dans mon berceau lorsque les événements eurent lieu, je me devais de rattraper mon retard en me plongeant dans la lecture d’un… pavé.
   
   En réalité, ce collectif est paru pour les 40 ans, mais comme rien de nouveau ne viendra dorénavant éclairer le pourquoi de ce printemps fou, ses causes et ses implications, ce n’est pas dix ans de plus ou de moins qui feront la différence.
   L’intérêt de cette encyclopédie est qu’elle est construite justement comme un dictionnaire avec des entrées par ordre alphabétique, articles allant de 4 à une dizaines de pages, pondus par un peloton de sociologues, universitaires, professeurs, philosophes, maitres de conférence, doctorants, enseignants chercheurs, bref une faune universitaire dont le jargon peut rebuter mais dont on reconnaitra le sérieux et la justesse des propos. J’aurais apprécié davantage de témoignages mais ce n’est pas ici le but avoué.
   
   Ainsi ce mai 68 peut se lire par petits bouts, dans le désordre, à l’envie, à l’image de ces étudiants désorganisés qui érigeaient des barricades en dépit du bon sens. On appréciera la bibliographie se rapportant aux différentes facettes du mouvement, exposée à chaque fin de chapitre. En revanche, les mots-clés renvoyant à des articles similaires ou périphériques n’apportent absolument rien à la lecture et la compréhension du mouvement.
   
   Au fil des articles on se rend compte finalement que ces 4 à 6 semaines en "roue libre" concernent bien plus qu’un simple ras le bol étudiant ou des revendications ouvrières. Les implications du joli mois de Mai intéressent toutes les coutures de la société et ne se réduisent pas non plus à 50 jours de liesse mais puisent leurs causes, leurs racines dans un passé de luttes syndicales marqué par l’entre deux guerres (le fameux Front Populaire) puis associé au développement trop rapide des 30 glorieuses.
   
   De la même façon qu’elles tirent leur sève dans les années d’après guerre, leurs conséquences s’étendent sur deux décennies. La chute du Mur de Berlin clôturera une époque, témoignant de la chute du monde bipolaire et ouvrant la voie royale au néolibéralisme qui emporte tout sur son passage depuis maintenant trois décennies.
   
   Bien que son titre le réduise à des manifestations franco-françaises, c’est bien au niveau mondial que se répercute cette onde de prise de conscience et de luttes en tous genre : décolonisations, tentatives de socialisme démocratique dans les pays de l’est, opposition à la guerre du Vietnam, combats contre différents coups d’état ou dictatures. On voyage ainsi du Printemps de Prague à la révolution des Œillets en passant par les guérilleros du Ché et la Palestine.
   Toute une jeunesse qui désirait avant tout s’extraire de son cocon bourgeois. Car, faut-il le rappeler, cette étincelle s’est allumée parmi la jeunesse bourgeoise (à l’époque seul un faible pourcentage des lycéens atteignaient le niveau d’études supérieures).
   
   Lecture instructive à défaut d’être réjouissante, parfois pesante et surtout, puisqu’elle met en lumière l’âge d’or des comités, des débats, des mouvements, des associations, des fédérations, des A.G., des communautés, le texte est truffé de sigles en tout genre. A tel point que c’en devient comique parfois.

critique par Walter Hartright




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