Lecture / Ecriture
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Mon frère de Daniel Pennac

Daniel Pennac
  Chagrin d'école
  Dès 10 ans: Kamo et moi
  Au bonheur des ogres
  La fée carabine
  La petite marchande de prose
  Dès 10 ans: L'œil du loup
  Comme un roman
  Journal d’un corps
  Des chrétiens et des maures
  Merci
  Le cas Malaussène
  Aux fruits de la passion
  Mon frère

Daniel Pennac est le nom de plume de Daniel Pennacchioni, écrivain français né en 1944 à Casablanca.
Il a reçu le prix Renaudot en 2007 pour son essai "Chagrin d'école".

Mon frère - Daniel Pennac

140 pages...
Note :

   A propos de son frère Bernard à qui il dédie son livre "Mon frère", Daniel Pennac écrit en quatrième de couverture (touchante à l'image de l'œuvre) : "Je ne sais pas qui j'ai perdu. J'ai perdu le bonheur de sa compagnie, la gratuité de son affection, la sérénité de ses jugements, la complicité de son humour, la paix. J'ai perdu ce qui restait de douceur au monde. Mais qui ai-je perdu ?".
   

   A défaut de répondre à cette question existentielle, je répliquerai : " Gros. Monsieur Pennac, vous avez perdu gros... vous avez même perdu le gros lot !"
   
   La surprise de ce roman revient à sa forme : on s'attend à une succession d'anecdotes de ce frangin/fils préféré (dans cette fratrie de quatre garçons touchée par la maladie), la sagesse familiale compilée en un être... qui forcément manque. On se retrouve face à une dualité de personnages : Bernard d'un côté, Bartleby de l'autre (héros un brin autistique de Melville). Les deux B enlacés avec le côté neurasthénique en commun emportent avec eux leur(s) secret(s), notamment celui de leur personnalité complexe. Daniel Pennac tente une comparaison qui s'arrête là où commence l'humanité, l'attention et l'empathie de son aîné pour le reste du monde, ce dont Bartleby est incapable.
   
   D'anecdotes du sieur B., il y en a peu mais elles sont remarquables et dévoilent un être très conscient du monde qui l'entoure, facétieux sous son air sérieux et quelqu'un de profondément humain et intelligent : on n'oubliera pas de sitôt le steak à partager, le salaire indigent, les vols en avion ou bien le touriste allemand. Monsieur Bernard, personnage taiseux, ne parle qu'à bon escient et ses phrases deviennent des flèches bien lancées. Plus qu'une biographie, Mon frère ressemble davantage à une hagiographie... même si Daniel Pennac n'oublie pas les manques, le mal-être de ce mari si malaimé (doté d'une qualité à l'image de son épousée... amère).
   
   Et puis, il y a une autre œuvre à (re)découvrir, celle qu'a montée Daniel Pennac, celle qui lui a permis de survivre au deuil : Bartleby le scribe d'Herman Melville.
   
   Le romancier français s'efface face à la prose exceptionnelle de l'écrivain américain, renforcée par l'excellente traduction de Pierre Leyris. C'est beau de laisser une telle place : parler de soi et de son travail (l'artiste Pennac ne s'oublie pas), oui mais, apprendre à louer aussi, peut-être à raison car les mots de Melville emportent tout sur leur passage : l'inventivité, l'angoisse distillée, le questionnement, l'absurde... Les extraits filtrés avec parcimonie de Bartleby le scribe ont captivé mon attention et mettent en valeur le reste et en particulier l'image fraternelle.
   
   Alors oui, Daniel Pennac en parlant de son frère a composé une œuvre hybride, un joli roman attachant, un très beau passage à témoin... dont nous sommes les héritiers. Alors merci, monsieur P. !
    ↓

critique par Philisine Cave




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J'aimerais mieux pas
Note :

   Son frère Bernard est mort depuis seize mois et sa présence lui manque, il a perdu avec lui tout ce qui restait de la douceur du monde, toute sa vie il a été alimenté par son humour. Fils préféré d'une famille de quatre garçons, estimé par ses ouvriers, dont la fin de vie fut sans amour. Un regard qui ne jugeait pas, une présence attentive et discrète. Un frère qui lui a appris à parler, à lire et donc à écrire. Un frère dont finalement il ne sait rien, si ce n'est qu'il est mort.
   
   Peu après la mort de Bernard, Daniel Pennac monte au théâtre "Bartleby le scribe" une nouvelle d' Herman Melville. L'histoire d'un notaire rendu fou par un de ses employés qui refuse toute tâche avec toujours les mêmes mots "je ne préférerais pas."
   
   Le livre est donc un aller-retour entre les souvenirs de ce frère tant aimé et le texte de Melville. Un récit intime plein de pudeur et de tendresse, l'auteur nous délivre, avec sa belle écriture, par petites touches le portrait de ce frère qui lui manque comme personne, un récit court et émouvant sur l'absence d'un être cher, entrecoupé par l'humour absurde de la pièce de Melville.

critique par Y. Montmartin




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