Lecture / Ecriture
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La lumière qui s'éteint de Joseph Rudyard Kipling

Joseph Rudyard Kipling
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AUTEUR DES MOIS D'AVRIL & MAI 2018

Rudyard Kipling est un écrivain britannique né à Bombay le 30 décembre 1865 et mort à Londres, le 18 janvier 1936.

Son père était artiste, enseignant da'rt et fut conservateur de musée à Lahore où la famille s'était installée et où Rudyard vécut jusqu'à ses 6 ans.

Pour qu'il reçoive une éducation européenne, il fut ensuite envoyé en Angleterre avec sa sœur Trixie, en pension chez une nourrice. Hélas, il y fut maltraité.

A treize ans, il en fut retiré pour devenir pensionnaire dans un collège du Devon où la vie ne lui fut pas facile non plus.

En 1882, il retourne en Inde pour un petit emploi de journaliste et, en 1886, il publie son premier recueil de poésies, "Departmental Ditties" et commence à écrire de nombreuses nouvelles pour le journal.

En 1889, il quitte le journal et entreprend un voyage de six mois aux Etats Unis, avant de regagner l'Angleterre. Il fera bientôt d'autres grands voyages (Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du sud...)

Il se marie en 1892 et part pour les Etats-Unis où se trouve la famille de son épouse. Ils y resteront jusqu'en 1896, date d'un retour définitif en Grande Bretagne, entrecoupé de grands voyages.

Il est maintenant un écrivain à succès et se voit même attribuer le Prix Nobel en 1907.

Il mourut à l'âge de 70 ans. Son décès ayant été prématurément annoncé par un journal, il leur écrivit : « Je viens de lire que j'étais décédé. N'oubliez pas de me rayer de la liste des abonnés. »

Alberto Manguel a écrit une brève biographie de R. Kipling.

La lumière qui s'éteint - Joseph Rudyard Kipling

Une vie de peintre
Note :

   J'aime tout particulièrement ce roman de Kipling, qui fut son premier à dépasser le format de la nouvelle et qui fut d'ailleurs d'abord publié en France sous forme de feuilleton. Il paraît que lui-même lui faisait une place particulière dans son cœur, étrangement mêlée d'affection et de gêne (il savait à quel point il s'y était livré). C'est qu'il inclut une vraiment forte charge autobiographique. Les liens entre Dick Heldar et Kipling sont étroits...
   
   Après un premier chapitre qui nous présente Dick enfant maltraité par une nourrice sadique qui le garde ainsi qu'une petite fille du nom de Maisy dont il tombera bien sûr, amoureux, nous le retrouverons à l'âge adulte. Il faut savoir que Kipling eut cette même terrible enfance et que Maisy réincarne sa sœur Trixie. Je pense que cette source d'inspiration explique le caractère non sensuel et non réaliste dont l'histoire d'amour du roman ne parviendra jamais à se débarrasser malgré les efforts de l'auteur.
   
   Heldar est un jeune homme très doué pour le dessin. Il sait particulièrement bien saisir les scènes et en présenter une image non conventionnelle mais extrêmement réaliste et vivante. C'est ainsi qu'il est emmené sur les champs de bataille des Britanniques au Soudan à cette époque où l'on n'avait guère de photographes de guerre. Il y sera d'ailleurs blessé sérieusement à la tête et sauvé par son ami Torpenhow qui ne le quittera plus jusqu'à la dernière page. Après cette bataille, Torpenhow qui est journaliste, retourne à Londres. Il en profite pour diffuser les dessins de Heldar qui ont immédiatement un grand succès grâce à leur caractère vivant. Il appelle donc ce dernier resté en Afrique, à se dépêcher de regagner la capitale pour profiter de cette opportunité. C'est un peu ce qui arriva aussi à Kipling dont les articles et nouvelles très vivants, dans des journaux de bombay ou Lahore, plurent à Londres et le firent revenir vers la mère patrie.
   
   Les différentes étapes de ce qui est ensuite la vie de Dick Heldar, qui connait en effet la réussite espérée, s'inspirent avec beaucoup de précision de moments de la vie de Kipling (les saucisses-purée!). Mieux, il lui fait même connaître ce que lui-même craint le plus au monde : la cécité, sans doute pour exorciser cette angoisse qui le tourmente tant. Il faut savoir que depuis l'âge de 11 ans, Kipling souffre de troubles de la vision et c'est pour cela que sa principale angoisse est de devenir aveugle. Il ne le sera jamais, mais au moment où il écrit ce roman (il est à l'age et dans la situation de son héros) il ne peut pas encore le savoir. Cela a dû le soulager d'extérioriser cette hantise en amenant son personnage à l'affronter, même si la conclusion est qu'il ne peut la supporter.
   
   Comme je l'ai dit, l’histoire d'amour sensée être le cœur de ce roman, ne devient jamais bien crédible, Maisy qui veut aussi devenir peintre, est froide, et pire, incompréhensible. Le lecteur ne peut accrocher à ce personnage étrange et fuyant. La camaraderie "virile" avec les amis d'armée retrouvés à Londres semble bien plus réaliste, chaude et proche. Même le chien (Kipling les adorait) est plus vivant. Kiling ne fut pas un homme à femmes. Il en épousa une, fut heureux avec... et voyait l'autre sexe comme le voyaient les hommes de cette époque. Il est même plutôt en avance, trouvant toute naturelle l'ambition artistique de Maisy à une époque où les femmes n'étaient même pas autorisées à s'inscrire aux cours d'anatomie des Beaux Arts.
   
   Lisez ce roman de Kipling qui en dit tant sur lui et qui pour une fois, se passe pour la majeure partie en Angleterre. Ce n'est pas un chef d'œuvre littéraire, mais il a une place à part dans son œuvre et vous en dira beaucoup sur lui.
    ↓

critique par Sibylline




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Témoin de son époque
Note :

   L'auteur des mois d'Avril-Mai dans le blog Lecture-Ecriture était Rudyard Kipling. j'ai voulu choisir un roman que je n'avais pas lu et j'ai trouvé dans ebooks libre et gratuit celui-ci, dont je ne connaissais même pas le titre; Alors adjugé !
   
   "La lumière qui s’éteint" publié en 1890 est le premier roman de Rudyard Kipling après la parution de plusieurs recueils de nouvelles.
   Le personnage principal, Dick Heldar, est peintre tout comme son amie Maisie, mais l’un à du talent, l’autre n’en a pas. Dans leur enfance, tous les deux ont été pensionnaires de l’horrible madame Jenkins et l'amour de Dick pour Maisie lui permettait de supporter les brimades. Lorsqu’il la retrouve à Londres en revenant du Soudan où il a participé comme peintre à la guerre des Mahdistes contre les forces anglo-égytiennes, il lui avoue son amour auquel elle ne répond pas. Par contre, elle cherche à exploiter le talent du jeune homme et à obtenir des conseils, son ambition étant de réussir et son but d'être exposée. Quand elle part en France étudier chez un professeur français, Dick, amoureux transi, l’attend. Mais il devient aveugle à cause d’une blessure reçue sur le champ de bataille. Il ne peut y avoir pire catastrophe pour un peintre ! Comment le jeune homme pourra-t-il survivre à une telle catastrophe et que va faire Maisie ?
   
   Kipling a mis beaucoup de lui-même dans cet écrit. Comme son personnage Dick Heldar, il a été envoyé en pension en Angleterre (il est né en Inde) où il a vécu une enfance malheureuse; comme Torpenhow, l’ami de Dick, il est journaliste et comme eux il a une idée de la grandeur de son pays qui passe par la guerre de conquête, le colonialisme. C’est un des aspects de l’œuvre que ne m’a pas plu même si je ne pouvais m'attendre, je le reconnais, à autre chose de la part de Kipling. Comment s’intéresser à ces jeunes gens qui ne rêvent que bataille, expansionnisme, que l’odeur de la poudre fait rêver… Comment supporter Dick, en particulier, qui affiche avec insolence sa prétention à la supériorité personnelle, de classe et de "race" ? De plus, ils (ou plutôt Kipling) sont misogynes, en particulier envers les femmes de classe inférieure mais pas seulement. Tous les personnages féminins ou presque ont le mauvais rôle dans ce roman, à part, peut-être la peintre, "l’impressionniste", nommée aussi cavalièrement "Cheveux rouges", à qui Kipling ne daignera pas donner de nom mais c'est parce qu'elle n'a pas d'importance et elle disparaîtra brusquement du roman. Je me demande même si Maisie ne nous est pas présentée comme antipathique parce qu’elle refuse de se fondre dans un moule, de se marier, d’être la femme dévouée (à l’homme !) telle qu’on l’attendait au XIX siècle ! Il faut dire qu'elle est d'une froideur et d'une insensibilité peu communes !
   Toujours est-il que Dick et Maisie sont tous deux égoïstes, orgueilleux, entêtés, ambitieux dans leur quête, de l’argent pour l’un, de la gloire pour l’autre. Un aspect plus positif, pourtant, l’amour sincère et désintéressé de Dick pour Maisie et l’amitié profonde et dévouée qui unit les deux héros masculins.
   
   Le roman est prétexte à une réflexion sur l’art, qui pour Dick/Kipling doit correspondre à un sentiment profond, à une urgence et non à une mode.
   "Mais à partir du moment où nous nous mettons à penser aux applaudissements attendus, et à jouer notre rôle en regardant la galerie du coin de l’œil, nous perdons toute valeur, toute force, toute habileté."
   "Dès que nous traitons légèrement notre art, en le faisant servir à nos propres fins, il nous trahit à son tour, et nous ne pouvons plus rien sans lui."
   

   Les conseils de Dick sont ceux d’un coloriste et son sens des couleurs qui refuse la réalité et voit au-delà, me rappellent - à tort ou à raison - les théories Nabis, de même que son dernier tableau qui a pour thème La Mélancolie.
   "Ce fut une joie pour Dick que Maisie pût voir les couleurs comme il les voyait lui-même, qu’elle distinguât le bleu dans le blanc du brouillard, le violet dans les palissades grises, toutes les choses enfin autrement qu’elles paraissent aux yeux non prévenus."
   

   Mais Dick illustre aussi, avec ses œuvres ramenées du Soudan, le goût de l’orientalisme, de même que l’attrait des îles exotiques évoque l’œuvre d’un Gauguin.
    J’ai eu un peu de difficultés au début à entrer dans ce roman non seulement parce que je n’aimais pas les personnages mais aussi, parce que le récit me paraissait superficiel avec des personnages peu épais, et un style composé en grande partie de dialogues, ce qui me donnait l’impression un peu factice ne pas être dans la vraie vie mais sur une scène de théâtre.
   
   Pourtant, je me suis laissée séduire peu à peu par les descriptions des pays exotiques que Dick, exalté, fait à Maisie. Elles ne manquent pas de beauté, jouent sur les contrastes de couleurs et sont très visuelles. Peut-être sont-elles le reflet des œuvres picturales de Dick?
   "Quand vous parvenez à votre île, vous la trouvez peuplée de molles et chaudes orchidées, de fleurs étranges et merveilleuses qui retrouvent leurs corolles comme des lèvres de femmes... Il y a une chute d’eau de trois cents pieds de hauteur, et c’est comme un colossal morceau de jade vert brodé d’argent."
   
   "Que penseriez-vous d’une grande ville morte* bâtie en grès rouge avec des aloès poussant entre les pierres descellées. Cette métropole abandonnée s'étend sur des sables couleur de miel. Il y a quarante rois qui reposent dans ses hypogées, et chacun d’eux, Maisie, dort dans un tombeau plus splendide que ses prédécesseurs. Quand on voit ces palais, ces rues, ces maisons, ces réservoirs, on cherche des yeux les habitants; on se demande quels sont les hommes qui vivent au milieu de tant de merveilles, et l’on finit par apercevoir un être vivant, un seul : un tout petit écureuil gris, se frottant le nez avec sa patte au milieu de la place du marché."

   
   J’ai aussi été amusée par les rapports que les jeunes gens entretiennent entre eux et leurs jeux avec leur adorable petit chien, c’est bien vu et léger et nous fait rire même si les personnages apparaissent un peu comme des potaches immatures.
   
   Puis, j’ai été prise par cette histoire quand elle devient tragique, tant Kipling, qui avait lui aussi peur de perdre la vue, rend palpable l’angoisse du peintre. Celui-ci, en devenant aveugle, perd aussi sa raison de vivre. La déréliction du jeune homme, le tragique de sa solitude, sa déchéance, son évolution cher payée vers un peu plus d’humanité et d’humilité, tout est décrit avec justesse et précision. Les personnages de Dick et de Maisie aussi, prennent alors plus de chair et de complexité et le récit baigne dans une atmosphère lourde que l’obscurité envahit peu à peu. J’ai donc fini par apprécier "La lumière qui s’éteint" mais je pense que ce n’est pas le meilleur roman de l’auteur.

critique par Claudialucia




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