Lecture / Ecriture
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Madame Angeloso de François Vallejo

François Vallejo
  Le voyage des grands hommes
  Ouest
  Madame Angeloso
  Groom
  L'incendie Du Chiado
  Dérive
  Les sœurs Brelan
  Vacarme dans la salle de bal
  Métamorphoses
  Fleur et sang
  Hôtel Waldheim

François Vallejo est un enseignant et écrivain français, né au Mans en 1960.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Madame Angeloso - François Vallejo

«On ne voit pas ce qu’on voit.»
Note :

   Encore une histoire d’amour !
   Oui, encore une histoire d’amour, mais tout autant une histoire de haine. Mais pas entre les mêmes personnages.
   Quoique…
   Ai-je suffisamment titillé votre curiosité ?
   
   Bon alors voilà : Madame Angeloso vient de mourir. Sa voiture était restée sur la voie ferrée quand l’express est passé, le résultat était prévisible. Elle avait abandonné tout et tous depuis quinze ans.
    Trois personnages apprennent ce décès de diverses façons et s’expriment ensuite alternativement tout au long du roman, évoquant leurs souvenirs et leurs sentiments.
   Le premier est son fils qui, depuis toujours l’avait détestée et avait fait de son mieux pour profiter d’elle au maximum et lui nuire tout autant.
   La seconde est une jeune femme qu’elle a accueillie, hébergée, rebaptisée d’autorité Danuta et aidée comme sa fille et qui, elle, l’aimait tendrement.
   Le troisième est un amoureux transi.
   
   C’est une histoire vraiment cruelle, le récit impitoyable d’une lutte sans trêve ni repos qui avilit tout le monde. Celui d’une vie de combat bâtie elle-même sur un passé de lutte. Du moins pour la première moitié du roman ; ensuite, il me semble que les voix porteuses d’amour se font mieux entendre et que le tableau s’adoucit un peu. Mais le bonheur est absent.
   
   Les personnages sont fouillés et complexes. Ils prennent une vraie profondeur. On peut par exemple comparer l’infinie tendresse de Danuta pour Madame Angeloso et sa totale indifférence aux éventuelles souffrances de son prétendant à elle, qui lui-même ne songe sans doute strictement qu’à sa propre satisfaction. A moins que…
   
   L’ambiance est lourde est assez souvent déplaisante. Cela se passe dans un hôtel, mais les clients maltraités restent. Ils trouvent semble-t-il, malgré tout dans cette pension quelque chose dont ils ont besoin. Le lecteur reste aussi.
   
   C’est un bon livre. Indéniablement. Pas séduisant, mais bon.
   Très bien écrit. Pas dans un style qui m’enchante et me transporte, mais néanmoins d’une écriture dont je ne peux que reconnaître les vraies qualités.
   
   Je relirai du François Vallejo parce qu’on ne peut douter d’avoir affaire à un écrivain.
    ↓

critique par Sibylline




* * *



La vie extraordinaire d'une femme qui n'en demandait pas tant
Note :

   Tout débute par la mort de Constance Angeloso. Une mort bête, dont on ne sait pas si c'est un accident ou un suicide: sa Renault 5, une antiquité qui lui servait également de lieu d'habitation, a été emportée par un train alors qu'elle se trouvait sur le passage à niveau. Mort qui aurait pu passer inaperçue, mais dont les journaux ont parlé, puisque le train a retardé le voyage du dalaï-lama. C'est à partir de cet événement malheureux qu'Angelino, le fils de Madame Angeloso, Monsieur Coquemar, un des clients de l'hôtel qu'elle tenait, et Danuta, la femme de chambre, décident de parler de celle qu'ils ont connue il y a plus de dix ans, et qui a ensuite disparu sans vraiment donner d'explications.
    
   Ce roman donne à entendre ces trois voix, successivement, mais sans ordre précis. Angelino fait part du dégoût qu'il éprouve envers sa mère et les clients qui lui tournent autour comme si elle était une déesse. Son but est de la faire craquer, notamment en évoquant la figure paternelle, qui rappelle de forts mauvais souvenirs à Madame Angeloso. M. Coquemar et Danuta sont dans un tout autre état d'esprit. L'un éprouve une profonde amitié pour sa logeuse. Homme habitué aux voyages par son métier, il fait tout ce qui est en son pouvoir pour venir le plus souvent possible à Dunkerque, là où Madame Angeloso tient son hôtel. Pour Danuta, c'est plutôt de la reconnaissance qu'elle ressent pour sa patronne. Venue de Pologne sans le sou et en ne connaissant pas le français, Madame Angeloso lui a permis de peu à peu se familiariser avec cette langue, notamment lors de la cérémonie de la mise et du retrait du corset de fer qui entoure la poitrine de Madame Angeloso (ce qui donne d'ailleurs lieu à de magnifiques scènes, intimes et touchantes). Ce qui lui permet d'obtenir un poste important de traductrice.
    
   En creux, on découvre la vie singulière de cette femme, marquée par une expérience professionnelle heureuse à Ostende, mais qui a tout perdu car elle n'a pas su ouvrir à temps les yeux pour s'apercevoir des mensonges de son mari. Elle a tenté de reconstruire sa vie, mais les images de ce passé, savamment ravivées par Angelino, ne cessent de la hanter. On découvre donc une femme forte, que ce soit au niveau de la corpulence ou du caractère, et qui n'hésite pas à faire des choix radicaux.
    
   François Vallejo aime l'histoire et les événements historiques, comme il a pu le montrer dans d'autres romans. Ici, rien ne laisse présager l'apparition de grands moments historiques. Mais il mêle habilement anecdotes sur le vie de Madame Angeloso et événements planétaires. Ainsi, outre la figure du Dalaï-lama, on découvre que la première rencontre entre M. Coquemar et Madame Angeloso a lieu le jour où François Mitterrand se rend au Panthéon après son élection. De même, l'explosion de Tchernobyl ou la fin de l'état de guerre en Pologne rythment la vie de Madame Angeloso et de ses clients. En mêlant histoire individuelle et collective, le roman prend une dimension supplémentaire tout à fait pertinente.
    
   L'auteur entraîne donc le lecteur dans ce périple sur les traces de cette femme dont on revit l'histoire par les yeux des autres. En donnant à chacun une manière très spécifique de s'exprimer, il permet d'identifier rapidement le point de vue utilisé dans chaque chapitre. Au début très courts, ceux-ci s'allongent petit à petit, comme si leur langue se déliait, chacun ayant moins de difficultés à raconter les événements qu'il a vécus. Une histoire singulière, parfois déroutante par les méandres qu'elle emprunte, mais qui donne à voir la vie extraordinaire d'une femme qui n'en demandait pas tant.

critique par Yohan




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