Lecture / Ecriture
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A malin, malin et demi de Richard Russo

Richard Russo
  Un rôle qui me convient
  Le déclin de l'empire Whiting
  Le phare de Monhegan et autres nouvelles
  Quatre saisons à Mohawk
  Le pont des soupirs
  Un homme presque parfait
  Les sortilèges du cap cod
  Ailleurs
  A malin, malin et demi

Richard Russo est un écrivain américain né en 1949. Il a obtenu le prix Pulitzer en 2002 pour "Le Déclin de l'empire Whiting".

A malin, malin et demi - Richard Russo

Grand prix de la littérature américaine
Note :

    "A malin, malin et demi" de Richard Russo a reçu le Grand prix de la littérature américaine, une récompense bien méritée pour cet écrivain américain aux livres largement félicités par la critique et souvent portés à l'écran.
   
    Dans cet ouvrage l'auteur nous emmène à nouveau dans la ville chère à son cœur, celle de Bath dans le nord de l'état de New-York qui tombe dans la décrépitude et subit une crise sans fin.
    La galerie de personnages tous plus paumés les uns que les autres sont pris dans un quotidien triste et sans vraiment d'avenir.
   
    Richard Russo dont l'écriture est parfaitement maîtrisée, va leur faire vivre, ainsi qu'à nous lecteurs, une série d'aventures drôles et pathétiques sur une durée de 48 heures.
   
    Le roman débute dans un cimetière, le jour de l'enterrement du juge Flatt, occasion de rencontrer monsieur le maire, le chef de la police Douglas Raymer et d'autres personnalités locales.
    Douglas a la tête remplie de pensées sombres depuis la mort accidentelle de sa femme, pourtant elle avait rencontré un homme et avait décidé de le quitter. Depuis rien ne va plus dans sa vie et dans sa ville aussi. Il faut dire qu'il possède des techniques de travail originales.
   
    A travers cette scène, Richard Russo nous plonge au cœur d'une ville qui se meurt et nous dépeint des habitants devenus des laissés pour compte parce qu'ici il n'y a pas d'avenir.
   
    Le lecteur s'attache à ces héros désespérés, de Sully le vieil habitué et pilier de bar de celle qu'il a aimé follement, rusé et malin, il est un peu malade maintenant, en passant par Charice la collègue de Douglas, perspicace et se voulant très proche de lui, mais aussi un repris de justice cynique et irrécupérable dans sa violence et d'autres pionniers d'une Amérique malade. Tous ont en commun la ville qu'ils connaissent et dont ils n'ont jamais pu s'en aller.
   
    Un roman brillant, bien construit, qui donne la parole à chaque chapitre à un personnage reliant ainsi l'histoire de leur vie en 48 heures.
   
    Social, humoristique, satirique ce roman nous donne à réfléchir sur une certaine société, celle des bas-fonds et donne la parole à ceux qui ne l'ont jamais.
   
    Au cœur de l'âme noire américaine, ici il n'y a pas d'espoir peut-être, mais l'auteur nous donne à lire à travers ses dialogues ciselés une certaine humanité.
   
    Un bon coup de cœur !
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critique par Marie de La page déchirée




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Quand ça veut pas, ça veut pas
Note :

   Encensé aux Etats-Unis, Richard Russo reste encore assez méconnu par chez nous. Une situation qui pourrait changer avec l’attribution du Grand Prix de Littérature Américaine 2017 pour son dernier roman A malin, malin et demi. La spécialité de Russo est de dépeindre la vie de la middle-class américaine, ceux qu’il qualifie d’ailleurs dans ses interviews de "gens ordinaires à tendance imbécile" (bref, le cœur de l’électorat de Trump), dans des villes imaginaires du Nord des Etats-Unis.
   
   Son dernier roman s’inscrit parfaitement dans ce cadre en s’intéressant, en détails, souvent des plus croustillants bien que dramatiques, à quarante-huit heures de la vie de la population de la ville de Bath du côté d’Albany. Ne cherchez pas, la ville n’existe que dans le roman drôle et déjanté imaginé par Richard Russo.
   
   Bath semble être promise à une malédiction. Toutes ses tentatives pour attirer les riches touristes et dynamiser son économie ont lamentablement échoué. Ainsi du parc d’attractions qui a sombré dans les marécages, de son hôtel de trois-cents chambres laissé à l’abandon, de ses usines qui s’effondrent sur les passants quand ce n’est pas une odeur pestilentielle d’origine douteuse qui se répand dans toute la ville. Dans cette cité désespérante évoluent des personnages résignés et sans avenir. Des zonards vivant de peu ou de petits jobs et qui dépensent leur argent durement gagné dans des bars minables et glauques où des discussions de bas niveau occupent le peu d’esprit dont ils sont capables.
   
   Avec un tel cadre, on aurait pu tomber dans la catastrophe littéraire. C’est oublier le formidable talent de conteur de Richard Russo qui transforme chaque scène en une aventure rocambolesque. Ainsi, les cercueils dévalent les pentes du cimetière putride de la ville, une invasion de serpents sème la panique dans la ville, les obsédés sexuels poursuivent une quête inlassable pendant qu’un flic qui aurait pu être minable s’il n’avait été profondément humain traque l’amant de sa femme décédée à coup d’une télécommande de porte de garage ! Pendant ce temps, les drames s’enchaînent et les scènes finissent par s’assembler pour former une histoire picaresque où l’on rit beaucoup. Une formidable réussite !

critique par Cetalir




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