Lecture / Ecriture
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L’homme de Grand Soleil de Jacques Gaubil

Jacques Gaubil
  L’homme de Grand Soleil

L’homme de Grand Soleil - Jacques Gaubil

Chaînon manquant ?
Note :

   En deux mots:
   Un médecin installé à Montréal est chargé de suivre une communauté dans le Grand Nord. Là il va faire deux découvertes extraordinaires: l’un de ses patients a un ADN qui n’est pas humain et la bibliothèque renferme un ouvrage de valeur inestimable. D’un coup, le monde change…
   
   Où?

   Le roman se déroule à Montréal et à Kisiwaki dans le Grand Nord canadien. On y évoque aussi l’Ariège et Bordeaux.
   
   Quand?

   L’action se situe de nos jours.
   
   Des choses cachées depuis la fondation du monde, ou presque…
   Pour son premier roman Jacques Gaubil réussit le tour de force de remettre en question les fondements de l’humanité. Avec autant de force que d’ironie.
   Le narrateur est un médecin installé à Montréal. Il est chargé de rendre visite une fois par mois à Grand Soleil qui, comme son nom ne l’indique pas, est une communauté située dans le Grand Nord canadien où le froid règne en maître. Le petit groupe de personnes qui vit là, en grande majorité des vieux, bravent le froid en ingurgitant une grande quantité d’alcool qu’ils fabriquent sur place. L’occasion pour le narrateur de montrer d’emblée son sens de la formule : "Un rien enseveli sous la neige, une température avec des pointes en hiver à moins quarante-neuf et une moyenne d’âge de soixante-sept ans: ce n’était pas un village mais un congélateur à vieux."
   

   Tout au long du livre, on va se régaler de son style incisif, de formules qui prouvent qu’il s’est approprié la formule d’Anatole France "Sans ironie, le monde serait comme une forêt sans oiseaux". Peut-être est-ce parce que son patronyme, Leboucher, est lui-même ironique quand on a pour vocation de soigner les gens ?
   Toujours est-il que cette distance lui permet d’apprivoiser ses patients, à commencer par une jeune femme dont la présence ici l’intrigue : "Les gens d’ici vous aiment bien, affirme-t-elle en souriant. Il y en a eu beaucoup avant vous, des jeunes, surtout. Ils venaient d’avoir leur diplôme et le village était pour eux un monde inhospitalier. Ils ont tous essayé de lutter contre l’alcoolisme. Il y en a même un qui a voulu mettre en place des séances de jogging. Il voulait nous faire acheter des baskets."
   
    Au fil de ses voyages, il va alors aller de découverte en découverte, comme quand il pénètre dans la vaste demeure de sa nouvelle alliée: "Une immense bibliothèque constitue l’ornementation principale de cet intérieur. On devine que les rayonnages ont pris forme, durant des années, à la manière d’une plante grimpante qui recouvre progressivement tous les murs. Au début, la jeune pousse avait dû être assez modeste, puis, les livres bourgeonnant, de nouveaux rameaux étaient apparus. La plante avait été repiquée plusieurs fois sans jamais perdre de sa vivacité. Finalement, la bâtisse ne semble plus être autre chose qu’un immense tuteur pour cet organisme sans cesse en croissance."
   
C’est là que l’attend un vieil homme au physique de rugbyman répondant au doux nom de Cléophas et qui semble bien mal en point. Aussi décide-t-il de faire une prise de sang pour analyses complémentaires. La jeune femme qui partage cette demeure lui permet aussi de prendre des clichés d’une vieille bible qui l’intrigue beaucoup.
   De retour à Montréal, il va aller de surprise en surprise.
   Le laboratoire lui révèle que ses échantillons ne sont pas ceux d’un humain et son ami bibliophile que cette bible est quasiment un exemplaire unique à la valeur inestimable.
   C’est alors que le roman prend une nouvelle dimension. Les laboratoires veulent en savoir plus sur cet ADN. Le monde s’émeut. Les questions qui se posent sont vertigineuses: Est-ce que je suis un néandertalien? (…) Qui suis je? (…) Qu’est-ce qu’être français, ou canadien, ou autre chose? L’homme et la femme sont-ils différents? Suis-je de droite ou de gauche, libéral ou conservateur? Homo, bi ou hétéro? Croyant ou athée ?
   Chacun y va alors de sa théorie. "Sont convoqués : des égyptologues, des primatologues, des spécialistes des civilisations précolombiennes, des éthologues, des habitants de Ia vallée de Néander, quelques voisins de Ia grotte de Lascaux et, bien sûr, les inévitables psys. Je suis persuadé que, sur certaines chaînes, on entend des sexologues s’exprimer à propos de Néandertal."
   Face à ce déferlement, notre médecin va tenter de préserver la communauté tout en s’interrogeant sur ses découvertes et sur les vertigineuses questions qu’elles posent.
   L’homme de Grand Soleil est une fable à la fois drôle et incisive qui se lit comme un roman d’aventures.
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critique par Le Collectionneur de livres




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Le sourire qui grince
Note :

   J’ai découvert ce premier roman de Jacques Gaubil et c’est… super méga génial.
   
   Le personnage principal est médecin, venu de France là bas au Canada, son diplôme n’étant pas reconnu, il a du suivre à nouveau quelques années d’études et comme tout expat, on accepte certaines besognes telle celle de se rendre chaque mois dans le village de Grand Soleil, dans le nord du Quebec.
   
   "J’avais oublier de préciser : le village s’appelle "Grand Soleil. En langue cree, les autochtones qui ont construit la première masure, ça donnait Kisikawi. Ça me parait bien plus raisonnable que Grand Soleil "
   
   
Village où les maisons, au lieu d’êtres regroupées, sont disséminées. La moyenne d’âge avoisine plutôt les soixante. Leur principale occupation : distiller de l’alcool. Le médecin aime se rendre là bas, enfin il s’en persuade. Il y soigne les bobos, les cirrhoses et écoute les palabres de chaque patient.
   
   Etrangement Grand Soleil a été oublié dans les coupes budgétaires et possède toujours sa station météo.
   
    Un village de vieux dirait-on sauf une femme qui a trente cinq ans mais seul défaut : elle est laide. Enfin, d’après le médecin.
   
    Le reste du temps il vit à Montreal, dans le quartier d’Outremont. Il y tient un son cabinet privé.
   
   "Chaque fois que je reviens, pendant quelques heures, mon existence ne m’apparait pas si terne, si mécanique, tellement anesthésiée. Le cabinet, mes patients, les séries télés, les livres, les rues de Montréal, je les considère avec un œil nouveau. Ensuite l’habitude revient et je pense au village. J’appelle cela le choc thermique."
   

   Le propriétaire Monsieur Zymali, vit au rez de chaussée. Cet homme respecte le Shabbat à la perfection. Il a même collé du scotch sur les interrupteurs.. Un vrai casse tête pour cet homme qui a fini par rédiger un traité du shabbat afin que toute personne qui le visite comprenne ce qui est admis ou interdit.
   
   Julien son copain est également un être à part. Il vit de l’écriture de romans à l’eau de rose où toutes les héroïnes portent un nom en a. On pourrait s’imaginer qu’il est romantique de par ses romans et pas du tout. Julien adore aller regarder les filles dans les bars. Vous savez ceux où les partenaires de ces femmes sont une tige d’acier.
   
    Et chaque mois, il repart à Grand Soleil.
   
   Lors d’une de ses visites, il est appelé par la femme laide car un homme qui vit chez elle est très malade.
   
    Le médecin est étonné, de découvrir une maison parée d’une bibliothèque impressionnante. Il y a découvre les mémoires de Saint Simon ainsi qu’un livre enluminé, extraordinaire.
   
    Le nom du patient Cleophas, un homme imposant. A partir de cette rencontre, sa vie va être bouleversée.
   
    Imaginez, imaginez bien que Cleophas est un homme de Neandertal, celui qui nous a précédé dans l’histoire nous les homos sapiens. Cela fait rêver.
   
   J’oubliais, le personnage principal c’est le Docteur Leboucher car il a un nom tout de même.
   
   "Et puis la vie est passée, comme je l’aime, monotone. Une narcose des sentiments, un engourdissement de la pensée. Pas de guerre des alambics, pas de livres inattendus, pas de surhomme qui souffre, pas d’elle. Mais plutôt des polars au climat tropical, des Shabbat avec des minuteries, des patients croyants et vulnérables, des gens qui courent dans des parcs et du Trump, beaucoup de Trump ! Du Trump à gogo ! Une vie telle qu’elle devrait se dérouler. Le temps qui passe sans faire mal, une grisaille qui anesthésie, la vie, la vrai."
   

   J’ai dévoré L’homme de Grand Soleil avec avidité. Avec humour Jacques Gaubil nous démontre ce qu’est devenu notre société mais quel humour ! Il décape avec le sourire qui grince.
   
    Et pourtant il y a tellement d’humanité dans ce roman. Grand Soleil, le village, c’est le contraire de cette société consommatrice, on se retrouve face à l’homme qui protège la bonté dans ses mains.
   
    "Nous sommes aujourd’hui près de sept milliards, c’est une période de grande disette. Certains ne recevront pas leur part de vérité, d’autres seront privés de beauté et il n’y aura pas assez de bonté pour tous"

critique par Winnie




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