Lecture / Ecriture
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Sous l’aile du bizarre de Kate Atkinson

Kate Atkinson
  La souris bleue
  Dans les replis du temps
  Sous l’aile du bizarre
  Dans les coulisses du musée
  Les choses s’arrangent mais ça ne va pas mieux
  A quand les bonnes nouvelles?
  On a de la chance de vivre aujourd'hui
  Parti tôt, pris mon chien
  Une vie après l'autre
  L'homme est un dieu en ruine
  Transcription

Kate Atkinson est un écrivain britannique née en 1951.

Sous l’aile du bizarre - Kate Atkinson

Jubilatoire !
Note :

   Bienvenue dans le monde déjanté et burlesque de Kate Atkinson (qui est, pour ceux qui ne seraient pas encore au courant, mon auteur culte) ! Si vous aimez les intrigues réalistes, les situations terre-à-terre, les personnages qui ressemblent à vos voisins de palier, passez votre chemin : « Sous l'aile du bizarre » n'est pas fait pour vous ! En revanche, si les histoires alambiquées et les personnalités tordues vous ravissent, foncez tête baissée, vous allez vous régaler ! La lecture de ce roman s'apparente parfois à un voyage dans la quatrième dimension : tout y est loufoque, et on rit du début à la fin, même si l'émotion n'est pas absente.
   
   Comme toujours avec Kate Atkinson, la trame du roman n'a rien de linéaire. Plusieurs récits s'enchevêtrent dans « Sous l'aile du bizarre ». Tout part de la conversation qui se tient sur une île déserte écossaise entre l'héroïne, Effie Stuart-Murray, et sa mère, Nora. Celle-ci raconte l'histoire obscure et mouvementée de leur famille qui descendrait en droite ligne de Marie Stuart, tandis qu'Effie lui dresse un tableau cocasse de sa vie estudiantine dans les années 70 à l'Université de Dundee.
   
   Les chapitres dans lesquels Effie relate ses études littéraires à Dundee sont sans conteste les plus tordants du livre. Kate Atkinson y montre un véritable génie de la caricature : la vie universitaire, les étudiants amorphes, les professeurs égocentriques encore plus cinglés que leurs élèves, les cours de création littéraire, tout est prétexte à rire (à ne pas manquer : l'expédition jubilatoire d'Effie et ses amis dans une ferme hippie). C'est le délire total de bout en bout, et les personnages y sont pour beaucoup. Si l'héroïne est à peu près saine d'esprit, il n'en va pas de même des autres protagonistes. Effie est entourée de personnages complètement décalés, à commencer par sa meilleure amie, Terri, plus proche du zombie que de l'être humain ("Petite et fluette, Terri était habillée, ainsi qu'à son habitude, comme une gouvernante victorienne atteinte de démence. Ses joues étaient un peu plus pâles que pâles, comme celles d'un cadavre vieux de trois jours, et, malgré l'obscurité régnant dans le vestibule et l'escalier, elle portait des Ray-Ban Wayfarer") et Bob, son petit ami complètement crétin ("Bob avait lui-même fait une tentative pour devenir bouddhiste - le simple fait de claquer dans ses mains pouvait l'occuper pendant des journées entières - mais il avait fini par renoncer parce qu'il n'en voyait pas l'intérêt"). Tous les personnages ont un grain et sont capables d'à peu près n'importe quoi, ce qui aboutit à des situations surprenantes !
   
   Sous ses aspects excentriques, « Sous l'aile du bizarre » est aussi une réflexion intéressante sur le processus de création littéraire, car les étudiants de Dundee sont tous des aspirants écrivains : Effie écrit un polar, Andrea des romans à l'eau de rose, Kevin une saga d'héroic fantasy en vingt volumes etc. Kate Akinson multiplie les extraits de ces différents romans et on voit qu'elle excelle dans tous les styles !
   
   Avec « Sous l'aile du bizarre », son oeuvre la plus décapante et la plus disjonctée, Kate Atkinson fait une fois de plus la preuve de sa virtuosité. On retrouve dans ce roman les thèmes qui lui sont chers : les allers retours entre le présent et le passé ou les secrets de famille enfouis, mais jamais ils n'avaient été abordés de façon aussi drôle (certains passages sont assez dramatiques, mais ils sont noyés dans la folie ambiante !).
   
   Je vénère !

critique par Caroline




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