Lecture / Ecriture
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L’échange de Eugenia Almeida

Eugenia Almeida
  L'autobus
  L’échange

Eugenia Almeida est née en 1972 à Córdoba, en Argentine, où elle enseigne la littérature et la communication. Elle écrit de la poésie.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

L’échange - Eugenia Almeida

Corruption en Argentine
Note :

    Prix Transfuge du meilleur roman hispanique – 2016
   

   Où?
    Le roman se déroule en Argentine, dans une ville qui n’est pas nommée.
   
   Quand?
    L’action se situe après 1980.
   
   "Une gamine s’est suicidée. Voilà ce qui s’est passé. C’est triste. Plus triste que la pluie. Tu as eu la malchance de la voir. C’est tout."
   La version officielle d’un fait divers que l’on situera dans une ville argentine ne laisse guère planer le doute sur cette mort devant témoins. Après avoir parlé avec un homme, puis l’avoir mis en joue, une jeune femme a subitement retourné l’arme contre elle.
   
    Appelé sur les lieux, le journaliste Guyot va toutefois trouver cette affaire un peu bizarre, notamment parce que les autorités ainsi que son rédacteur en chef décident très vite qu’il ne s’est rien passé. La consigne est claire : "Ne fais pas de vagues, Guyot. Si tu deviens gênant et qu’on te chope en train de poser des questions, ça va mal tourner pour toi."
   
   Il n’en fallait bien entendu pas davantage pour exciter la curiosité de notre homme. Au début de son enquête, il ne cherche qu’à comprendre l’enchaînement des faits. Qui était cette Julia Montenegro ? Pourquoi n’a-t-elle pas tué l’homme qu’elle avait au bout de la gâchette ? Quelle raison supérieure a conduit les autorités à étouffer l’affaire ? Au fil des chapitres, on va voir le puzzle se mettre en place. Témoignages, bribes d’informations, coupures de presse, visite au domicile de la défunte vont permettre à Guyot de retracer la vie de Julia. Dans sa quête, il va être secondé par Vera, une psychanalyste à la retraire. Ensemble, ils vont dresser le profil d’un personnage peu recommandable qui voudrait retrouver sa virginité en confiant sa biographie à la jeune femme. Sauf que cette dernière n’entend pas non plus servir de porte-plume sans essayer de creuser un peu dans la vie de son commanditaire, "ajouter des détails à se rappeler, des idées à explorer."
   
   Erreur funeste ! Alors qu’"il serait très simple de résoudre le problème en pensant que Julia n’était qu’une femme chargée d’écrire des autobiographies". le journaliste s’entête et provoque de nouveaux drames. Après un chien, ce sont des interlocuteurs de Guyot qui sont retrouvés morts. C’est alors que la peur s’installe. C’est alors que l’on comprend que la dictature a laissé derrière elle quelques habitudes nauséabondes, que le "système" fonctionne toujours et que certaines vérités ne sont pas bonnes à dire, quand bien même elles émanent des bourreaux eux-mêmes.
   
    Au fil des chapitres qui se succèdent avec leur lot de révélations, le dossier devient de plus en plus lourd, l’image de plus en plus nette et le combat de plus en plus inégal. De la police à la justice, la corruption continue à gangréner le pays et à étouffer ceux qui voudraient y mettre un terme.
   
    Bien plus qu’un récit historique ou un essai politique, c’est une entreprise de salubrité publique racontée comme un polar que nous livre Eugenia Almeida. Pour que les loups ne finissent pas par envahir le pays, pour que les personnes de bonne volonté puissent échapper à la peste qui n’a pas été éradiquée.

critique par Le Collectionneur de livres




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