Lecture / Ecriture
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Volia Volnaïa de Victor Remizov

Victor Remizov
  Volia Volnaïa

Volia Volnaïa - Victor Remizov

Chasse à l'homme dans le froid sibérien
Note :

   En avançant en âge, Guenka apprécie de plus en plus la vie solitaire au cœur de la taïga. La pêche au saumon puis ensuite la période de chasse qui commence. Une vie toute simple presque primitive, avec pour seule compagnie son chien et une ou deux bouteilles de vodka. On braconne, on se fait racketter par le police, 20 %, et la vie continue. Mais Kobiak a menacé Tikbi le chef de la milice. Alors la chasse aux zibelines se transforme en une chasse à l'homme, menée par un groupe de policiers locaux, mais aussi par un détachement des unités des forces spéciales venu de Moscou. Des amis partent aussi à sa recherche pour l'aider à se sortir de cette mauvaise passe.
   
   Un roman qui se passe au pays de l'ours, des zibelines, des œufs de saumon, l'or rouge, là où l'hiver, les sapins nains se courbent pour se cacher sous la neige. Les héros sont les habitants de l'une des colonies de l'Extrême-Orient de la Russie, bouffer et boire constitue leur quotidien, l'essentiel c'est la liberté.
   
   Les paysages sont grandioses, l'écriture de l'auteur nous entraîne par sa qualité des descriptions dans cette nature sauvage et hostile, terre des grands espaces, il fait froid mais la vodka réchauffe les corps et les cœurs de ces chasseurs solitaires qui rêvent aussi d'amour. Mais l'auteur dresse également le portrait de la Russie, un pays où on ne fait pas la différence entre l'argent volé et l'argent honnête, un pays où on n'a qu'une voie possible : obéir.
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critique par Y. Montmartin




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Chasse à l'homme
Note :

   A la rentrée je me suis régalée avec le roman d’Andreï Makine, c’était malgré de dures péripéties, un roman chaleureux avec un arrière fond d’espérance. Avec Remizov vous pouvez ranger toute espérance au placard.
   
   La nature sauvage des fins fonds de la Russie est la toile de fond de ce récit, la taïga, la forêt habitée par les ours, elle est habitée cette nature, par des hommes et des femmes qui lui sont pour certains viscéralement attachés. Bon on n'est pas dans la nature genre petits oiseaux et petites fleurs, non là c’est la pêche au saumon pour les œufs, c’est la chasse à la zibeline seul moyen de gagner décemment sa vie, ajouter par là-dessus des litres et des litres de vodka et vous aurez l’ambiance.
   
   "Dans la taïga court la libre zibeline. On la chasse, pour sa fourrure, pour l’argent qu’on en retire. On lui tend des pièges. Et tandis qu'il en suit la trace à travers la sauvage taïga, le fusil à l'épaule, l’homme ne cesse de crier sa puissance et sa liberté"
   

   Pour gagner péniblement sa vie tout le monde se livre au marché noir, le trafic organisé avec la complaisance des autorités. Qui rêve d’une datcha au bord de la mer noire, qui espère remplir son congélateur d’œufs précieux. Et il y a de quoi trafiquer car le terrain est vaste, chacun a sa cabane de chasse où il oublie les contraintes, les règles et se gave de solitude.
   
   Oui mais voilà un jour un accident, trois fois rien, va mettre le feu aux poudres à cette presqu’île de Rybatchi. La police locale va se mettre à jouer sérieusement, les petits dictateurs locaux se prennent au jeu et d’un seul coup s’organise une chasse à l’homme.
   
   Stepane Kobiakov, chasseur redouté ridiculise la milice locale qui va alors se déchainer, on fait appel à un corps d’élite et les choses se gâtent. En arrière fond sonore si vous tendez l’oreille vous entendrez le chant des partisans : Volia Volnaïa.
   
   Un roman où le dépaysement est garanti, où vous vous direz "ben elle est vraiment pourrie la Russie de Poutine", lâcheté et courage mais aussi corruption et brigandage sont au programme.
   J’ai aimé les personnages : Oncle Sacha, Stepane mais surtout Balabane capable de fredonner le Requiem de Mozart lui dont la "voix s’épanouissait, l’immensité de la vie se déployait devant ses auditeurs"
   
   "Sa force et sa magie ne tiennent pas à la présence d'arbres gigantesques ni à la profondeur de son silence sépulcral, mais au fait que seuls les oiseaux migrateurs en connaissent les limites." Anton Tchekhov

critique par Dominique




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