Lecture / Ecriture
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Des gens du monde de Catherine Lépront

Catherine Lépront
  Des gens du monde
  Ces lèvres qui remuent
  L'affaire du Muséum

Catherine Lépront est une chroniqueuse et écrivaine française née en 1951, auteur d'une trentaine de livres (romans, récits, nouvelles, biographie, scenari, pièces de théâtre... ). Elle était également lectrice aux éditions Gallimard.
Elle a obtenu le Prix Goncourt de la nouvelle en 1992 pour "Trois gardiennes".

Des gens du monde - Catherine Lépront

Chroniques de vies ordinaires
Note :

   Je cherchais « Ces lèvres qui remuent» du même auteur, je suis tombée sur «Des gens du monde et j’ai découvert une romancière dont j’ai envie d’aller voir les autres écrits.
   
   Celui-ci nous parle de gens tout à fait ordinaires, pourrait-on dire, encore qu’il s’agisse d’individus souffrants puisque C. Lépront nous retrace ici le quotidien d’une infirmière au cœur de la Charente-Maritime, de La Rochelle à Nieul, dans les années 70-80.
   
   Les portraits de ses patients sont réalistes, sans fausse compassion mais plutôt teintés d’une vraie prise en considération de la souffrance, de la misère, voire de la folie.
   
   Les hommes et les femmes que cette infirmière rurale rencontre sont paysans, pêcheurs, ostréiculteurs. Ces personnages aux mains calleuses vont, à travers la maladie, se livrer – corps et cœur- à cette jeune femme qui vient les visiter chaque jour, sur la demande du docteur Rivière, grâce auquel elle a obtenu ce poste.
   
    Elle nous présente des gens du monde, tels qu'ils sont, dans leur quotidien, avec leur simplicité, leurs douleurs, les petits tiraillements familiaux et professionnels, leurs habitudes.
   
   Elle situe son action dans une région défavorisée socialement où les usines ferment les unes après les autres, la pêche ne rapporte plus, la population vieillit. On construit des cités, des logements sociaux, le paysage pourtant reste beau, surtout sous le regard poétique de l’auteur.
   
   Elle nous raconte cette vie de “tournées”, du matin au soir, heure par heure, année par année. On est en 1980, Mitterrand va être élu : espoirs démesurés, craintes névrotiques. Les chapitres qui s’intitulent « Ephraïm », « Charles », « Line » ou bien encore « Le bonhomme Pénicilline », « Les Tsiganes » sont de vrais tableaux. Des personnages sont campés à la Tati: un facteur toujours saoul, un gendarme espérant toujours verbaliser, un maire avec des prérogatives de barine... D’autres sont des modèles de véritables saints: la chiffonnière polonaise Chaya Dolorosa, ou Louise la Servante.
   
   Par touches élégantes, vives, humoristiques, mais surtout très profondément humaines, Catherine Lépront décrit la vie d’un village qu’elle aime avec, pour dominantes, la maladie, la mort. Et l’ensemble constitue un roman d’analyse humaine et sociologique, avec des personnages saisissants, mais aussi une étude de la vie pauvre, à la fois au sens balzacien et au sens social commun.
   
    Quelques courts extraits :
   
   Pour donner le ton :
    « C’est dans les cabanes de Lauzières que j’ai mesuré combien les drames, tragédies ou simples histoires familiales, le chômage, les difficultés financières et l’âpreté de la vie quotidienne pouvaient contraindre l’Histoire, même immédiate, à la plus humble des discrétions. »
   
   à propos de la mort :
    « Chacun savait … que ce qui soulageait la souffrance envoyait aussi à la mort. De nuit, cette vérité est plus angoissante. »
   « l’effroi devant la mort et le dégoût éprouvé à porter celle-ci dans son propre corps…l’angoisse et l’horreur de soi engendraient une souffrance physique insupportable »

   
   un portrait sympathique :
    « Il suffisait de passer une minute avec Ephraïm pour comprendre qu’il était aussi bon et délicat que large et haut, et la minute suivante qu’il était aussi délicat, bon, haut, large et émouvant que dans la nécessité organique de se soumettre au rythme des marées. »
   
   une jolie expression : « de la brillantine à loupiote »

critique par Jaqlin




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