Lecture / Ecriture
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Ensemble, c'est tout de Anna Gavalda

Anna Gavalda
  Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part
  Ensemble, c'est tout
  L'échappée belle
  La vie en mieux
  Fendre l’armure

Anna Gavalda est un auteur français né en 1970.

Ensemble, c'est tout - Anna Gavalda

"Ca ne va pas être possible"
Note :

   Ensemble (tout devient possible, même ça), c'est tout
   
   Attention : note à forte teneur en vénéritude… Car oui, je suis un peu vener. Et je prie ceux qui ont aimé ce livre d’excuser par avance la verdeur de mon ton. Il faut que je me lâche !
   Dans le but très louable de m’ouvrir l’esprit, une amie m’a prêté «Ensemble c’est tout» d’Anna Gavalda.
   
   Pitch de l’éditeur : " Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents ? C'est de la foutaise, ton histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... " Camille dessine. Dessinait plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire, c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils s'aident à se relever.
   
   Je ne sais pas comment le dire autrement : ce livre n’a rien à voir avec la littérature.
   Bon, je vais dire les trucs gentils, comme ça on passe tout de suite au reste. L’histoire est mignonne, les personnages sont attachants, ça finit bien, on est contents pour eux.
   (Voilà, la véner-attitude commence) Mais malgré les apparences, il est difficile à lire. Les mots sont pourtant très simples, voire monosyllabiques. Les phrases sont réduites à la structure S-Vb-Complément en dehors de laquelle point de salut. L’histoire n’est pas très complexe. Les références historiques/littéraires/artistiques ne sont pas dures à repérer malgré leur côté très allusif. Mais j’ai failli arrêter de lire plusieurs fois, complètement exaspérée, avant de me reprendre : « allez, tu as laissé sa chance à Stendhal (ô pardonne moi ce rapprochement) pendant deux ans, fais un effort pour l’amour de l’Equité. »
   Pourquoi tant de haine ?
   
   Voici pêle-mêle:
   - L’auteur veut nous parler du bonheur. Son message : peu importe les sales coups de la vie, pourvu qu’on soit « ensemble, c’est tout ». L’union fait la force. Aimez vous les uns les autres. Un pour tous, tous pour un. Rejeter son prochain parce qu’il est différent, c’est mal. Aimer, par contre, c’est bien. C’est rempli de bons sentiments, c’est bien pensant à outrance, pire qu’une comédie musicale américaine (où au moins c’est assumé).
   
   - On n’a AUCUNE surprise sur l’histoire en général. Non seulement on voit venir la fin depuis le début, mais en plus on sait comment ça va venir. C’est quand même terrible. Bon, il y a des petites choses inattendues, mais qui n’apportent pas grand-chose. Et à partir du moment où les trois personnages principaux se rencontrent, c’est fini.
   
   - Parlons-en des personnages… Des caricatures verbalisées.
   * Le gros dur au cœur tendre et avec une moto (et le tatouage de biker ? où est-il passé ?)
   * L’aristo coincé, féru d’histoire, citant ses ancêtres et employant un langage châtié, avec un château, un vrai (elle n’a pas osé ? ben si) ;
   * La jeune fauchée artiste et cultivée (ah oui, moi qui croyait que tous les pauvres étaient cons et incultes…) ;
   * La grand-mère avec un joli jardin qu’on met dans une maison de retraite et qui se laisse dépérir (……….).
   
   Et le tout avec une enfance malheureuse, dont on finit par apprendre les détails dans des coming-out larmoyants (oui, là il faut pleurer lecteur, tu vois pas le panneau « pleurer »?). Mais après, ensemble, ils sont heureux (là lecteur, il faut sourire. Il faut tout t’expliquer.)
   Je ne m’en remets toujours pas…
   
    - Le style est d’une médiocrité affligeante. Référez vous dans un premier temps à ce que j’ai mentionné ci-dessus. Mais quand il n’y en a plus, il y en a encore. Il y a beaucoup trop de (mauvais) dialogues, où l’on a du mal à comprendre qui parle à qui et de quoi, où les personnages s’arrêtent au milieu de leurs phrases. Peu de liaisons entre les (très courts) chapitres, voire parfois entre les paragraphes. Ca fait très « oh, je ne sais pas comment faire une transition, pas grave, j’en fais pas ».
   
   Et puis ça m’exaspère tellement le style qui se veut branché… Genre on emploie des mots de djeunz dans une langue très oralisée. Si ces mots contenaient un message, ça passerait, mais là on touche le fond du gouffre de l’inanité « littéraire »…
   
   Et puis de temps en temps un mot trisyllabique pour rappeler qu’on est dans un bouquin ici, hein, c’est pas la fête non plus.
   
   Ce qui passe dans un blog est inadmissible dans ce qui se veut une œuvre littéraire. Quelle imposture.
   
    - Je crois que ce qui m’énerve le plus, c’est le nombre de références artistiques et historiques qu’on nous balance sans trop de justification ni de développement. Genre ça fait bien de citer Vivaldi, Dürer, Charles Quint (limite ensemble, au point où on en est…). Parfois, on trouve même des listes pour montrer qu’on connaît. L’auteur veut peut-être faire croire qu’elle a pondu une œuvre intelligente. Avec tous ces noms, ça ne peut pas être autrement.
   Bon, pourquoi est-ce que je l’ai lu jusqu’au bout ? Parce que c’est agréable et léger à lire si on fait attention à l’histoire en elle-même uniquement, un peu comme un croissant ou une glace, ce qui justifie son succès. Ce livre m’a fait sourire. Oui, mais un sourire : « c’est mignon ». Je n’ai pas vibré, rêvé, je ne me suis pas sentie bouleversée. C’est ce que je demande à un livre en général.
   
   Je n’ai pas ressenti leur bonheur, ni celui de l’auteur à l’écrire. Pour un livre dont le but est de rendre les lecteurs heureux, ce n’est pas un franc succès (en ce qui me concerne). N’est pas Stendhal qui veut. Le master de l'écriture du bonheur, c'est lui.
   
   
   Edit: Je suis sûre que l'histoire passe mieux en film qu'en livre... Si quelqu'un peut confirmer (ou non)...
    ↓

critique par La Renarde




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Des gens biens
Note :

   Anna Gavalda nous avait habitué à des choses courtes, des nouvelles, voilà qu’elle nous balance une énorme brique. Surprenant ! Mais en dépit de sa dimension, il s’agit d’un roman d’une belle légèreté, à l’image de son auteur, pleine d’humilité et de simplicité.
   
   L’épopée qu’elle nous offre en est une des péripéties du quotidien. Ses quatre personnages sont dérobés à l’ordinaire : une veille dame récalcitrante - un chef cuisinier grossier mais au grand cœur - un intellectuel maladroit et une jeune femme fragile, le ciment de ce groupe de bosselés de la vie. Quatre personnages avec rien en commun qui vont apprendre à vivre une première année sous un même toit.
   
   Un programme peu inspirant si ce n’était sous la plume de Gavalda, capable de produire des dialogues d’une grande finesse, de faire ressortir le tragi-tendre d’un moment de déroute et de nous faire nous attacher à des éclopés, autrement ternes. Énorme succès essentiellement auprès des lectrices, «Ensemble c’est tout» n’est pas sans défauts. L’utilisation d’un style dépouillé engendre des «passages à vide» où le lecteur n’a plus de points de repère. De même, la charge émotive demeure modeste
   
   Et bien que ce roman ne soit finalement qu’un vibrant éloge de l’entraide et l’amitié. Rien de transcendant. Il a le mérite, tout le long de sa lecture, de nous réconcilier avec l’humanité.
   ↓

critique par Benjamin Aaro




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Pour remonter le moral
Note :

   Roman qui mérite ses bonnes critiques et dont l'adaptation filmée - malgré les coupures de quelques scènes du livre - est assez fidèle.
   J'ai découvert ce livre sur une table dans un bus de voyage lorsque je partais avec une colo en Allemagne. La quatrième de couverture m’intriguant, j'en ai cherché le propriétaire - qui s'avérait être une mono ! - et le lui ai emprunté. Je l'ai dévoré en quelques jours à peine, et croyez moi: on en redemande!!!
   
   C'est l'histoire de Camille, technicienne de surface anorexique, dessinatrice à ses heures. Elle fait un jour la connaissance de Philibert, aristo pur jus élevé en tant que tel, qui habite le même immeuble et dont le défaut de bégaiement s'aggrave dès qu'il stresse un peu. Lorsque celui-ci la trouve un soir dans sa chambre, avec une fièvre de cheval, il l'emmène chez lui et l'y soigne. Là, Camille fait la connaissance d'un autre cas désespéré du nom de Franck: jeune homme vulgaire, cuisinier de son état, qui ne fait que travailler sans cesse et - lorsqu'il ne ramène pas des filles à la maison pour se détendre - rend visite à sa grand-mère malade, dans un hospice pour vieux. C'est là que, après avoir amélioré ses rapports avec le jeune homme, Camille fait la connaissance de Paulette, donc, la grand-mère en question, qui désespère de ne pouvoir retourner dans sa petite maison de rêve à la campagne avec tous ses animaux chéris. Donc, en fait, c'est l'histoire de quatre personnes qui, venant du fond du gouffre, vont se soutenir et continuer à avancer en se soutenant mutuellement.
   Tout commence par un concentré de malheur, suivi par une vague d'espoir, rapidement balayée par un désespoir profond, puis le moral remonte, se re-brise... Tout ça pour finir sur une "happy end" et - pour ceux qui veulent le lire, mais on peut s'en passer - une petite note comique dans l'épilogue.
   
   J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre! Les descriptions n'y sont pas "lourdes" mais plutôt fluides et on rentre assez facilement dans l'histoire tout en s'attachant très rapidement aux personnages, si différents soient-ils! Ce livre fait broyer du noir assez longtemps, mais on en ressort avec une meilleure humeur que lorsqu'on y est entré! C'est une œuvre extrêmement touchante. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'on s'identifie aux personnages, et je plains assez ceux qui le font, mais en revanche on s'y attache comme jamais je ne l'ai fait avec des personnages de fiction... je prends toujours un énorme plaisir à lire ce livre quand ça ne va pas fort, car c'est dans l'ambiance, et j'en ressors toujours énormément émue, avec un nouvel espoir et une nouvelle foi envers la vie et l'espèce humaine...!
   
   
   Extrait :
   
   « Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents? C'est de la foutaise, ton histoire de torchons et de serviettes. Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences...!»

critique par Anna-Panda




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C'est tout, mais c'est déjà pas mal
Note :

   Voilà bien un auteur dont il n'est pas besoin de faire la présentation. Ma seule expérience avec Anna Gavalda avait été assez concluante, avec son recueil de nouvelles "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part". J'ai donc renouvelé avec son roman le plus connu.
    
   L'histoire d'"Ensemble c'est tout", c'est celle de la rencontre de quatre personnages qui n'ont rien à voir ensemble, sinon d'être isolés dans la société dans laquelle ils vivent. Camille, après avoir abandonné le dessin, sa passion, vit de son travail de femme de ménage de nuit, dans les bureaux déserts. Franck est un roi de la cuisine, mais sa vie privée est assez peu concluante. Il donne peu de nouvelles à Paulette, sa grand-mère, jusqu'à ce que celle-ci ait un accident sérieux. Enfin, il y a Philibert, un aristocrate bégayant qui vit en colocation avec Franck et recueille Camille, qui grelottait de froid sous les toits.
    
   Alors, soyons clair, "Ensemble c'est tout" n'est pas de la grande littérature. Certaines ficelles sont un peu grosses, en particulier l'histoire de répulsion-rapprochement de Franck et Camille (c'est la partie du roman qui m'a le moins intéressé). Mais dans l'ensemble, ce roman est plaisant, et permet de se plonger avec délectation dans la vie de ces paumés. Car ce qui fait la force du roman, c'est la galerie de personnages qui le compose. On découvre leurs vies petit à petit, leurs fêlures, leurs cassures, et on s'attache irrémédiablement à eux. Les plus intéressants, ce sont incontestablement, Paulette, la grand-mère en fin de vie, et Philibert, ce jeune aristocrate qui tente de se libérer de sa famille et ses contraintes, mais qui ne trouve pas la force de le faire. Seule sa rencontre avec Camille va lui permettre de prendre confiance en lui, et de participer à un cours de théâtre qui va changer sa vie.
    
   L'autre atout du roman, c'est l'écriture pleine de malice de l'auteur. Si certains effets sont attendus, d'autres formules font mouche, et tout l'humour de Gavalda est présent dans ces pages. Elle parvient à naviguer entre l'anecdote drôle et les moments plus tragiques avec une facilité assez déconcertante. Et même lorsque les problèmes se présentent, une solution toujours plus folle que la précédente est trouvée.
    
   Ce qui donne un roman enlevé, avec un quatuor attachant qui permet de passer un agréable moment de détente en bonne compagnie. Reste à lire un Musso ou un Levy pour vérifier si l'association des trois, souvent faite, est justifiée, mais je suis assez intimement convaincu que Anna Gavalda se situe quand même un niveau au-dessus de ses collègues producteurs de best-sellers.
   ↓

critique par Yohan




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Et c’est déjà beaucoup...
Note :

   Il est des Anna Gavalda douloureux ("Je l’aime"), il en est d’autres plus "solaires". "Ensemble, c’est tout" est de ceux-là. Il me semble que ce roman a fait quelques émules depuis puisque des ouvrages tels que "Et puis, Paulette..." me paraissent issus de cette mouvance.
   
   Ça démarre pourtant "au fond du trou" :
   Camille, jeune femme qu’on pressent à graves problèmes, anorexique, qui essaie de survivre en pratiquant la profession de technicienne de surface, mais une technicienne de surface qui serait plus douée pour l’analyse d’œuvres peintes que pour le nettoyage des sols.
   
   Philibert, un autre mal (très mal) dans sa peau, si mal qu’il en bégaie. Jeune aristocrate déchu qui survit en vendant des cartes postales dans un magasin de musée, mais qui occupe présentement un 300 m² parisien ayant appartenu à un aïeul mort, appartement pour lequel la famille attend une décision successorale.
   
   Franck, un "mal-léché" cuisinier, rustre et malheureux qui occupe ses – rares – moments de loisirs à essayer d’assurer des visites, loin de Paris, à sa Mémé, celle qui l’a élevé, et concomitamment à "sauter" toute jeune fille consentante.
   
   Les trois-là, ce n’est pas ça ! Il se trouve qu’ils sont géographiquement rassemblés puisque Camille loge dans une chambre de bonne taudis sous les combles de l’immeuble de 300 m² de Philibert et que Franck est carrément le colocataire de Philibert, cohabitation tendance carpe et lapin !
   
   Un beau soir, Philibert récupère Camille, délirante de fièvre dans son taudis glacial. Il la ramène chez lui (300 m², ça laisse des possibilités !) et le décor est planté : nous voilà avec trois malmenés de la vie qui vont pouvoir, par une belle synergie humaine, s’en sortir, par le haut. Très belle perspective, non ?
   
   Et Anna Gavalda nous fait ceci intelligemment. Oh, il y a bien des allers-retours, des hauts, des bas, des virevoltes... mais des moments de grâce aussi. Elle saupoudre ceci de la grand-mère de Franck qui se laisse mourir dans une maison de retraite et les voilà nos quatre mousquetaires !
   
   Ca ne fait pas de mal à lire du positif parfois et il est vrai que "Ensemble, c’est tout" génère des ondes positives, sème des graines d’espoir qu’on ne peut négliger par les temps qui courent...

critique par Tistou




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