Lecture / Ecriture
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L’art d’écosser les haricots de Wieslaw Mysliwski

Wieslaw Mysliwski
  L’art d’écosser les haricots

L’art d’écosser les haricots - Wieslaw Mysliwski

L’art du bavardage
Note :

   Avez-vous déjà passé une soirée à écosser des haricots? Non? Vous devriez. Du reste, toute activité n’engageant pas les neurones, une fois la technique assimilée, peut faire l’affaire : décorticage des noix, des châtaignes, tricot, broderie, l’art de la tapisserie, la lecture d’un roman de Marc Levy…
   Il semblerait que la répétition de gestes machinaux, mécaniques, instinctifs permet à l’esprit de se libérer. Je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi les psychanalystes ne proposent pas ces activités redondantes à leurs patients pour les faire parler d’eux-mêmes.
   
   Un vieil homme est sollicité pour vendre des haricots à un mystérieux interlocuteur (on n’en saura jamais plus que la longueur d’un pouce sur celui-ci) et c’est parti! Pendant plus de 500 pages, l’écosseur de haricots va lui tenir la jambe.
   Jamais je n’ai rencontré tel bavard! Pas vous?
   
   Le vieil homme est d’abord persuadé qu’il connait son visiteur et il va enchainer des pans de sa vie, passant souvent du coq à l’âne en s’appesantissant plus que de raison sur certains détails et finissant par flirter avec une certaine philosophie. Tout y passe ou presque : l’art de consommer des pâtisseries dans un salon de thé, comment passer une nuit en évitant des ronflements assourdissants, le profil des buveurs de Vodka, la psychologie du chien, la science de jouer du saxophone qui sera, on le devine déjà, la pierre angulaire d’une vie si singulière. L’apothéose est obtenue lors de ce film dont on ne connaitra jamais la fin qui met en scène un homme essayant un chapeau et sa maitresse qui n’en a visiblement rien à faire. Ca dure dix pages, j’ai compté, je vous le jure! L’auteur le reconnait lui-même : la phrase est la mesure du monde. On assiste alors à une succession de souvenirs, une scène en appelant une autre, comme des poupées russes.
   
   Si vous parvenez à digérer ces digressions intempestives, alors vous vous réjouirez de la verve du conteur, d’autant que sa vie, située dans la Pologne de l’après-guerre est riche en petits détails sur un régime communiste de la pire espèce.
   
   L’originalité dans le style tient principalement au fait que le conteur parle tout seul : on devine les interventions du visiteur mais elles n’apparaissent jamais comme lorsqu’on entend quelqu’un répondre au téléphone sans pouvoir saisir les réponses de son interlocuteur. Et ce procédé est répété à l’envi dans toutes les situations du roman.
   
   Etre un enfant n’a rien à voir avec l’âge prétend le conteur au début du livre et il faut bien admettre qu’il vous faudra retrouver cette étincelle d’innocence pour vraiment apprécier les divers épisodes qui s’enchainent délicieusement.
   
   Les livres sont le monde que l’homme se choisit lit-on quelque part. Rien de plus vrai. Enfin, tout tourne autour de la musique et c’est surement ce qui sauvera le petit garçon qui vécu l’horreur. Dieu n’écoute les prières que lorsqu’elles sont jouées en musique. N’êtes-vous pas d’accord avec cette assertion? Si?
   
   Alors, vous vous en sortez avec l’écossage de ces haricots?
   Vous savez, comme l’auteur le souligne si bien : les apparences c’est tout ce qu’il reste d’une vie qu’on croit avoir vécue.

critique par Walter Hartright




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