Lecture / Ecriture
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L’envers des cimes de Marc Batard

Marc Batard
  L’envers des cimes

L’envers des cimes - Marc Batard

La théorie de l’échec
Note :

   Marc Batard est un petit bonhomme tout frêle qui fait parfois songer à Jean Claude Dusse (Michel Blanc dans les Bronzés) si ce n’est un regard chargé d’une volonté hors du commun.
   
   En matière d’alpinisme, Batard se pose un peu. Physiologiquement, c’est un surhomme. Je passe sous silence ces exploits à l’Everest (l’ascension la plus rapide), au Makulu (tout cela sans oxygène bien entendu) dans les Grandes Jorasses en hivernale et aux Drus.
   
   N’aimant pas trop se mettre en avant, il rend hommage à deux grands hommes, bien au-delà de l’alpinisme.
   
   Sir Edmund Hillary qui signe la préface et dont le premier sentiment, au sommet de l’Everest en 1953, fut un profond soulagement. Soulagement d’être parvenu au sommet sans pépins. Pas cette fierté d’avoir vaincu la montagne (celle-ci sort toujours victorieuse quoiqu’on fasse), ni rempli de gloire nationaliste qui longtemps a motivé ces conquérants de l’inutile ni cet orgueil d’être l’homme le plus haut du monde. Il allait consacrer sa vie entière aux autres en soutenant d’ambitieux projets humanitaires au Népal. Et, en cela, Marc est son disciple. Tout ce qu’il fait en montagne, ses exploits, lui servent, lui serviront pour partager ses connaissances, venir en aide aux plus démunis.
   
   L’autre personnage à qui il rend hommage, c’est Jerzy Kukuzcka, grimpeur polonais hors normes qui est le second à avoir gravi les 14 sommets de plus de 8000m sans oxygène : ça vous donne une ampleur du personnage!
   
   Mais ce qui ressort de cet envers des cimes c’est surtout une belle leçon d’optimisme et de volonté, de pugnacité. Et, les apparences sont souvent trompeuses : de prudence.
   
   Si l’on enlève les récits de course, passage obligé pour tout livre traitant de l’alpinisme, il reste ces journées de doute, ces tentatives qui se soldent par un échec, ces moments d’incertitude qui plombent le moral de tous, pas besoin d’être alpiniste ou aventurier pour ressentir cela. C’est dans le renoncement que Marc Batard puise la force de remettre sans cesse son ouvrage sur la table. C’est une théorie de l’échec. Pas le revers qui vous anéantit mais plutôt la déconvenue qui vous fait rebondir.
   
   Plus que dans n’importe quel autre récit d’aventurier j’ai rencontré de tels déboires au fil des pages et des expéditions qui foirent, des projets qui périclitent, des tentatives qui ne restent que des tentatives. Il en ressort un sentiment de soutien immense, au-delà du simple conseil car ce n’est pas un manuel : chacun doit trouver en lui la force et la volonté de parvenir à ses fins.
   
   Marc Batard reconnait qu’il n’est pas facile à vivre à l’altitude zéro; il ne s’exprime vraiment qu’au-dessus d’une certaine limite, infranchissable pour le commun des mortels. Mais, à l’image de ce livre, il a su s’arrêter à temps. Il fait partie de ces alpinistes toujours vivants (66 ans) et œuvrant au travers de son association pour les démunis en leur apportant cette étincelle que fait naître en chacun de nous l’ivresse de l’altitude.
   
   Ce livre s’adresse donc à chacun de nous. Car nous avons tous notre Mont Blanc, notre Everest à gravir.

critique par Walter Hartright




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