Lecture / Ecriture
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Zero K de Don DeLillo

Don DeLillo
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  Zero K

AUTEUR DES MOIS DE FEVRIER & MARS 2011

Don DeLillo est né le 20 novembre 1936 et a vécu toute son enfance dans le Bronx, à New York.

Fils d’immigrés italiens, il a reçu une éducation catholique jusqu’à l’université de Fordham. N’ayant pas trouvé de travail dans l’édition à sa sortie des études, il devient concepteur-rédacteur dans une agence de publicité. Il arrête son travail en 1962 non pas dans le but de devenir écrivain mais «pour ne plus travailler» !

Il écrit néanmoins essais, pièces de théâtre, scénarios et surtout plus d’une dizaine de romans. Aujourd’hui, DeLillo est un auteur de renommée internationale et a reçu de grandes distinctions littéraires comme le National Book Award, le PEN/Faulkner Award et le Jerusalem Prize 1999.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Zero K - Don DeLillo

Définis « roman »
Note :

   J'aime bien Don DeLillo en général, mais là j'étais inquiète vu la mauvaise presse de ce roman. Je l'ai tout de même emprunté à la bibliothèque (où justement les mauvaises critiques lui avaient permis de ne pas faire partie des livres que l'on s'arrache) et je me suis lancée...
   
   Eh bien, d'une part, en ce qui me concerne, il m'a beaucoup intéressée (que je sois ou non d'accord avec certains choix de l'auteur) et d'autre part, il me semble clair que, même si on ne l'aimait pas, il ne méritait pas tout le mal qu'on a dit de lui. Mais qu'est-ce que c'est que cette façon de descendre les livres qui ne vous plaisent pas en attaquant leur valeur littéraire ?! Comme disait ma mère «On dit "j'aime" ou "j'aime pas", on ne dit pas "beurk !"». Donc déjà, oubliez ceux qui accusent une faiblesse de style ou je ne sais quoi de ce genre, c'est totalement infondé. Maintenant, voyons de quoi il retourne.
   
   Quoi qu'on en dise, le désir d'immortalité a toujours travaillé les humains. Depuis l'antiquité, fontaines de jouvence, élixirs, sortilèges, suprême sagesse et religions ont toujours prétendu apporter la solution au problème. L'humain ne veut pas mourir. C'est plus fort que lui. Ou alors, s'il y consent, c'est contre la promesse d'une vie meilleure et éternelle "de l'autre côté". Rares sont ceux qui acceptent de mourir "et c'est tout". Avec le temps, les modes ont changé, et nous sommes passés du sortilège à la Science (avec un grand S, encore plus grand S si elle parvient enfin à régler ce fichu problème). Notre monde met dans la science autant de foi qu'il en mettait naguère dans la religion, et il en attend exactement la même chose : une rationalisation du monde, un bien et un mal, et l'IMMORTALITE ! Bon sang ! Tout est là.
   
   Ceci posé, nous découvrons le narrateur Jeffrey, qui va nous raconter tout cela. On ne quittera jamais son optique. Il est le fils unique (mais négligé) de Ross Lockhart (on n'est pas loin de lock heart, ô cœur fermé à clé!) milliardaire vieillissant, et très épris de sa compagne Artis, rongée par une maladie qui l'a déjà conduite bien près de la mort. Il fait venir son fils pour lui expliquer que depuis des années, il arrose généreusement de ses millions, une organisation qui pense avoir mis au point une méthode de cryogénisation (nous verrons que ça va même plus loin) permettant de conserver les êtres en vie indéfiniment, en attendant des jours meilleurs où par exemple, on saurait guérir le mal dont souffre Artis. Il lui annonce qu'Artis et lui ont décidé de se rendre au siège secret de cette organisation afin de cryogéniser cette dernière qui menace de mourir d'un instant à l'autre. Il demande à son fils de les accompagner. Jeffrey ne croit pas à cette "solution" et est un peu rebuté à l'idée de voler à Artis ses derniers moments de vie, mais s’incline devant leur désir profond et l'état de santé désespéré de cette dernière.
   
   Une fois sur place, il constate que le lieu en question est infiniment plus grand, développé, évolué, qu'il ne l'avait supposé. Ses moyens financiers sont illimités (Lockhart et d'autres grandes fortunes s'y sont employés). On est dans une structure ultra moderne, à mi-chemin du cloitre (athée) et de l’œuvre d'art. Une architecture totalement intellectualisée (c'est fascinant, DeLillo s'est régalé) entièrement orientée vers l'essence de l'humain, et donc, la vie, la mort. Il comprend également bien vite, que les maladies que l'on saura bientôt guérir, ne sont pas les seules pourvoyeuses de "patients", il y a aussi, et cela, c'est important, une vision de notre monde qui va à sa perte, tant par la destruction écologique de la planète que par l'humain goût du meurtre, du pouvoir, de la guerre, son aptitude à la haine qu'il ne contrôle pas... Partout destruction, carnages... jusqu'à la prévisible folie ultime qui nous emportera tous... sauf ceux qui auront rejoint les capsules cryogénisées.
   
   Après le "départ" d'Artis, Jeffrey et son père reprennent leur vie normale, tiède, peu claire et mal assurée pour le fils, inconsolable pour le père. Si bien que finalement, ce dernier annonce son intention de lui passer les rennes (dont il n'a jamais voulu) et de "partir", lui aussi...
   
   Oui, c'est un roman de science-fiction ; oui, comme souvent ces romans, c'est une réflexion sur l'homme et l'état actuel de notre société, et ici, une vue pessimiste. De plus, DeLillo a opté pour un récit désincarné et cérébral, comme les lieux qu'il invente. Le narrateur donne l'impression d'être toujours "à côté de sa vie" bien qu'il cherche à se raccrocher en définissant les mots, même dans les moments les plus sollicitant, ce qui accroit pour le lecteur, l'impression d'être en train de parler de concepts, plus que de personnages. Et oui, indiscutablement, c'est un bon roman, après, s'il vous plaira ou non, c'est une autre question, mais ce que je viens de vous en dire doit vous permettre de le deviner.

critique par Sibylline




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