Lecture / Ecriture
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La vierge dans la glace de Ellis Peters

Ellis Peters
  L'ermite de la forêt d'Eyton
  La vierge dans la glace
  Trafic de reliques

Ellis Peters est le nom de plume d'Edith Pargeter, romancière britannique née en 1913 et morte en 1995.

La vierge dans la glace - Ellis Peters

Indéniablement, cela va lui refroidir certaines ardeurs !
Note :

   Titre original : The Virgin in The Ice – 1982
   
   En cette fin de mois de novembre 1139 l’Angleterre est en proie à la guerre civile. Les deux petits-enfants de Guillaume le Conquérant, Etienne de Blois et l’impératrice Mathilde d’Anjou, se disputent la couronne royale, leurs troupes laminant le pays. Les habitants fuient leurs demeures. Une nouvelle flambée de violence secoue notamment le Shropshire, comté situé près du Pays de Galle. Le châtelain de Ludlow, Josce de Dinan, mange à tous les râteliers, ce qui complique un peu plus la vie du shérif du comté dans l’exercice de ses fonctions.
   
   Il gèle et parfois la neige tombe par bourrasques. C’est dans ce contexte belliqueux perturbé par les conditions météorologiques que l’adjoint au sheriff, Hugh Beringar, se voit confier la mission de rechercher deux jeunes gens qui sont partis de Worchester pour une destination inconnue, probablement vers Shrewsbury. Une demoiselle âgée d’à peu près dix-huit ans, Ermina Hugonin, et son frère de treize ans, Yves. Tous deux sont de descendance noble mais ils ont perdu leurs parents, et leur oncle, Laurence d’Anjou, qui est aussi leur tuteur, vient tout juste de rentrer de Palestine. D’ailleurs c’est lui qui, interdit de par sa proximité avec Mathilde de se rendre à Shrewsbury, a commandé les recherches. Ils sont accompagnés de sœur Hilaria, une bénédictine guère plus âgée qu’eux.
   
   Frère Cadfael, réputé comme un excellent guérisseur et qui lui aussi a baroudé en Palestine, bien des années auparavant, est mandé par le prieur de son couvent de se rendre à celui de Bromfield. Un homme a été retrouvé mourant dans la neige début décembre et il doit lui prodiguer ses soins. Frère Elyas est dans un évanouissement proche de la catalepsie et il est devenu amnésique. Toutefois dans ses délires il parle de deux enfants qu’il a accompagnés pendant un bout de chemin. Nul doute qu’il s’agit d’Ermina et d’Yves. Il a été attaqué en cours de route par des malandrins, et frère Cadfael, entre deux soins, se met à battre la campagne à la recherche des deux fugitifs.
   
   En cours de route il aperçoit prise dans la glace d’un ruisseau une jeune fille, puis continue son chemin à la recherche d’Yves. Il trouve le garçon dans une ferme qui a été saccagée. Dans les alentours d’autres fermes, manoirs et châteaux ont également subi des ravages de la part des malandrins qui voyagent en bande organisée, tuant, pillant et incendiant. Yves affirme que sa sœur était partie avec un homme, jeune, dont elle était amoureuse, les laissant lui et sœur Hilaria chez les fermiers. En compagnie d’Yves et d’Hugh Beringar, frère Cadfaël va retirer de sa poche de glace la jeune morte qui porte les cheveux courts de couleur châtain, alors qu’Ermina les possède longs et noirs.
   
   Et dans un manoir qui a été également ravagé, il rencontre le jeune chevalier Evrard Botherel, blessé lui aussi et à qui il prodigue également ses soins. Yves reconnait en Evrard l’homme qui accompagnait sa sœur.
   
   Mais Elyas est en proie à des délires et il part du prieuré semblant attiré vers un but précis. Yves le suit, sans prévenir qui que ce soit. Peu après, frère Cadfael aperçoit arrivant au prieuré une jeune fille accompagnée d’un chevalier. L’homme s’évanouit aussitôt dans la nature tandis que la jeune damoiselle, il s’agit d’Ermina, est confuse, expliquant que tout ce qu’il vient de se dérouler est de sa faute. Elle n’était plus amoureuse d’Evrard, qui l’avait déçu, mais de son nouveau compagnon, Olivier de Bretagne.
   
   Dans une Angleterre déchirée par les luttes entre cousins pour s’approprier le pouvoir royal, nous suivons les aventures monastiques de frère Cadfael et participons à cette enquête glaciale.
   
   Ellis Peters place ses personnages dans une Angleterre médiévale, alors que l’influence française est toujours prégnante. L’enquête pourrait n’être qu’un prétexte pour servir de base solide à un roman historique. En effet la mort, non accidentelle de sœur Hilaria, sert de support dans cette intrigue, mais ce sont bien les conflits entre les troupes des deux cousins et les bandes de malandrins, de coupe-jarrets qui écument la région, qui tiennent une part prépondérante dans le récit. Yves par exemple, ainsi que d’autres personnages dont Hugh Beringar et frère Elyas jouent un rôle très actif, de même qu’Olivier de Bretagne par la suite.
   
   Mais le rôle de frère Cadfael est d’interpréter un personnage simple, philosophe, ayant vécu, sachant s’intéresser à ses interlocuteurs et au monde en général. Il possède un vécu, comme on dit, et justement ce vécu lui permet de se conduire en humaniste. Et l’on en apprend un peu plus sur lui, ses années, alors qu’il était soldat puis croisé, passées près d’Antioche, ses amours, dans ce roman qui pourrait s’apparenter à un roman dit de terroir, ancré dans un registre historique que nous n’appréhendons guère, non pas parce qu’il est placé hors de France, quoique l’emprise normande y soit encore très vivace, mais dans un étage temporel qui est encore mal connu de nos jours, même si les historiens défrichent de plus en plus cette période qui s’étire sur plusieurs siècles.

critique par Oncle Paul




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