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Le Tao de l’écologie de Edouard Goldsmith

Edouard Goldsmith
  Le Tao de l’écologie

Le Tao de l’écologie - Edouard Goldsmith

Le manuel du parfait écologiste
Note :

   En ces temps de réchauffement climatique et de disparition de la biodiversité, on parle beaucoup d’écologie. Mais qui peut bien définir cette science qui n’en est pas une au sens accepté du terme?
   
   Edouard Goldsmith n’est plus à présenter pour les verts de tous poils, pour les autres, sachez qu’il a créé The Ecologist, un journal qui ne parle pas que des petites bêtes et des jolies fleurs.
   Au long de ces 400 pages habilement divisées en 66 chapitres, ce qui en rend la lecture moins harassante qu’elle ne parait au premier abord, on pénètre au cœur du propos. Car Edouard Goldsmith hisse l’écologie au rang de philosophie, mêlant les différents courants scientifiques et une histoire de la pensée écologique au travers de nombreuses citations. Quelques exemples bien choisis permettent d’alléger un vrai cours didactique.
   
   On se rend compte, dès les premiers chapitres, que l’écologie est une science qui englobe toutes les autres.
   L’axiome de départ, qui restera le fil conducteur du traité, est que l’écologie est en porte-à-faux face au paradigme scientifique qui s’est substitué aux croyances religieuses, elles-mêmes ayant remplacé la plupart du temps l’animisme des peuples premiers. Cette remise en cause de la simple causalité scientifique qui explique trop schématiquement et donne de fausses réponses (technologiques) est la base de toute réflexion écologique. Changer le monde ne peut se faire qu’en changeant en profondeur et pas à l’aide de pansements gadgets.
   
   Mais pourquoi nous ne parvenons-nous pas à changer? Depuis l’avènement de la science nous nous sommes petit à petit coupés du monde vivant, en nous posant en maitres. Nous ne comprenons plus la nature car nous n’en faisons plus partie. Et ce qui nous est étranger nous touche moins. Toutes les espèces animales et végétales se sont adaptés à leur milieu, l’homme lui-même… jusqu’au moment où il a décidé d’adapter son environnement à ses désirs, à ses envies; ce que nous appelons pompeusement civilisation.
   
   L’autre thème basique est que la nature est stable et persistante, évoquant là un parallèle avec les lois physiques qui ordonnent les relations entre les systèmes. Stabilité et équilibre sont les maitres mots, les piliers du monde naturel. N’en déplaise donc aux révolutionnaires et anarchistes de tout poil, le monde naturel, notre planète que certains ont nommés Gaïa, est un système qui tend à conserver, pas à changer.
   Puisque nous vivons tous sur une planète unique, tout est lié. C’est encore un principe fondamental. Agir sur quelque chose, si infime soit-il, à quelque endroit du globe, revient à déstabiliser un tant soit peu cet équilibre. Avec des conséquences parfois dévastatrices.
   Avancer de nouveaux concepts demande d’inventer de nouveaux mots. Ainsi l’homéostasie, cet art de conserver un équilibre. Les cellules ne font pas autre chose. L’homéostasie est le principe le plus efficace dès lors que les espèces deviennent complexes, leur permettant de s’affranchir du milieu.
   
   L’action écologiste de toute société doit s’inscrire dans le temps. Agir selon les préceptes anciens (donc conservateurs) dans l’optique de créer le monde de demain (pour les générations futures). L’homme écologique doit s’inscrire dans cette continuité, donc rejeter toute innovation, toute invention, n’être qu’un maillon de la chaine du vivant, un relais. Il y a là un côté réactionnaire qui me déplait mais qui, il faut le reconnaitre, est judicieux. Cela est tout de même ponctué par les "équilibres ponctués" déduits par Stephen Jay Gould : l’histoire de l’évolution n’est pas linéaire mais brisée par de rapides périodes de grands changements, parfois forcés : la disparition soudaine des dinosaures en est un, le monde dans lequel nous vivons en est peut-être un autre.
   
   Faut-il avoir une Histoire? Après tout, il n’est pas sûr que la voie que nous avons choisie est la bonne? La civilisation, le développement qui, forcément, se construisent aux dépends d’autres formes de vie (et la nôtre en premier) nous rend-elle heureux? Est-ce seulement moral? Qu’est-ce que l’Histoire sinon une succession de batailles et de guerres? N’affirme-t-on pas que les peuples heureux n’ont pas d’Histoire?
   
   Ce que nous sommes induit, implique, notre comportement, nos actions. La société moderne nous a rendus indépendants de la communauté en nous aliénant à la technologie. Y gagne-t-on? Débarrassés de tout ordre religieux (et encore pas partout et pas pour tout le monde), nous l’avons remplacé par une autre religion, ô combien plus dévastatrice : la science et ses ministres, ses prêtres : la technologie. Le christianisme, en séparant l’homme de son milieu (on en avait même fait un règne à part) a permis le développement de la science et de la technologie. Ainsi, celle qu’elle a de tout temps combattu n’est, en fait, que sa propre production.
   Parler de Dieu implique la question de l’intentionnalité. Le pourquoi devant le comment.
   Ce à quoi ne répond pas le Darwinisme, dont beaucoup sont revenus, qui ne propose que les réponses au comment, pas au pourquoi. L’évolution dans quel but? L’interaction constante avec le milieu qui influe sur la vie. Pour certains chercheurs, philosophes, la Terre est une entité propre, qui naquit, qui vit et qui mourra un jour. Comme notre corps est constitué de milliards de cellules agissant toutes vers le même but, Gaïa peut être pensée comme un tout ayant un objectif. Ici apparait une fois encore un nouveau terme : l’homéotélie, exprimant la concentration de tous vers un même objectif. Une fourmilière peut être considérée comme une entité unique, faite de milliers de sujets qui n’ont pas conscience d’eux-mêmes mais de l’ensemble. La négation de l’individualisme.
   
   On l’aura compris, ce traité de l’écologie met l’homme au centre de tout. Et la mauvaise route qu’il a prise depuis dix mille ans. Peut-être est-ce dû à notre trop grand cerveau, aux capacités qui nous dépassent. Nous conduisons une Ferrari sans savoir vraiment manier un vélo. Il nous est plus facile d’exprimer notre pensée que nos sensations : le néocortex (cerveau cognitif) a pris le dessus sur le cerveau reptilien (réflexes, intuition). Ce qui explique pourquoi nous avons tant de difficultés à exprimer où nous avons mal.
   
   Le savoir-faire est ne pas savoir, comme toutes les choses basiques que nous faisons sans nous en rendre compte (fonctions vitales notamment).
   Seule l’intuition permet de comprendre le tout; la raison, l’intellect, ne saisit que les détails.
   Pourquoi tombons-nous malades? Parce que le terrain est favorable au développement d’un virus, d’une bactérie qui ne pullulerait pas dans un environnement sain et constant.
   On en revient donc au point de départ : pour vivre en équilibre à l’intérieur de notre corps, il implique de vivre en harmonie avec notre environnement, qu’il soit naturel (le monde vivant) ou social (la communauté).
   A cela une piste, jugée responsable du désordre ambiant, est souvent proposée par ceux qui se prétendent du mouvement écologiste : le commerce. Il ne peut naitre et prospérer que sur le déclin de la sociabilité. On ne peut raisonnablement vendre au prix fort qu’à des inconnus, des étrangers; on a des scrupules à mêler l’argent dans notre cercle de connaissances.
   Le lien social détruit, le commerce règne sans partage.
   Fort de ce constat, on en vient rapidement à la transformation de la Terre (Gaïa) en marchandise et même du travail en marchandise. C’est la mutation de l’homme total en une machine à produire. Tant qu’on n'aura pas aboli ce mode de pensée, il sera impossible de régler les problèmes de chômage et de pollution.
   
   A la lecture de ce pavé qui demande une attention soutenue mais qui aborde les problèmes de fond, jusqu’à une philosophie du vivant, on se rend compte que la science et le soit disant progrès ont agi sur l’homme comme on révèle à un enfant la non existence du père Noël.

critique par Walter Hartright




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