Lecture / Ecriture
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Une si belle école de Christian Signol

Christian Signol
  La grande île
  Cette vie ou celle d´après
  Une année de neige
  Les vrais bonheurs
  Au cœur des forêts
  Une si belle école
  Dans la paix des saisons

Christian Signol est un écrivain français né dans le Quercy en 1947.

Une si belle école - Christian Signol

Ma maitresse d’école
Note :

   Ce livre qui se lit d’un seul trait s’adresse en priorité à ceux et celles qui sont nées avant 1968, qui ont connu ces classes uniques d’avant l’entrée au collège ou sanctionnées par le fameux Certificat pour les plus anciens. Je ne vanterai pas les mérites de ce mélange salutaire des enfants entre 6 et 12 ans, c’est un combat perdu d’avance. Pourtant quelle meilleure façon de responsabiliser les plus grands et leur faire valider leur connaissances en les prodiguant à leur tour aux plus petits? Le savoir à partager n’est pas l’apanage de professionnels, tout le monde peut enseigner, c’est la meilleure façon d’apprendre.
   
   L’hommage que rend Signol à ces femmes (et, dans une moindre mesure, ces hommes) qui ont voué leur vie à la cause des enfants en l’érigeant en vrai sacerdoce se concentre au travers d’une jeune institutrice débarquant un matin d’Octobre 1954 dans un village perdu des montagnes Lotoises.
   
   C’est d’abord des odeurs. Celles de la craie, des encriers, de la cire des tables et des bancs, de la cendre du poêle qui chauffait mal la classe l’hiver venu.
   
   Ce sont ensuite ces campagnes reculées du Quercy dont l’auteur connait si bien les méandres et les recoins. Le Ségala, terre inhospitalière qui a façonné des hommes durs au mal, méfiants de la moindre nouveauté, faits d’un bloc où il est bien difficile de trouver la moindre prise. Le Causse, zone aride où ne poussent que des chênes miniatures, des pierres grises ou ocres et des âmes à peine plus conciliantes. Et ces vallées débordantes de verdure et d’un air si pur qu’il parvient à vous tourner la tête.
   
   Signol nous parle de l’école de son enfance et de ses terres sous le prétexte du récit autobiographique d’une maitresse d’école avec tant de justesse qu’on se prend souvent à penser que tout cela est vrai, que cette Ornella a réellement existé.
   
   Bien sûr qu’elle a existé! Elle et ses pairs. De celles qui ont davantage éduqué qu’enseigné à des gamins mal dégrossis d’une campagne où le savoir était mal vu, mal perçu et où l’on préférait utiliser les bras des gamins à l’étable ou pour garder les troupeaux que les savoir assis dans une salle de classe.
   
   On regrettera un peu que l’ensemble du livre ne soit pas de la trempe de la première partie, savamment construite entre deux scènes, l’une forte et cruelle, l’autre plus légère, à l’image de ce maire tonitruant tout droit sorti du monde de Pagnol. Le parti pris de l’auteur était de montrer l’évolution, le changement d’une école qui n’avait pas tant bougée depuis Jules Ferry jusqu’à ces fabuleuses années 50 où démarre le récit. Belle disposition mais qui nuit à l’émotion, présente à toutes les pages au début de ces mémoires.
   
   Cette ode au plus beau métier du monde m’a fait penser à la vie d’Emilie Carles, institutrice dans le Briançonnais juste quelques années auparavant. Même sacerdoce, même volonté, même amour des enfants. Et mêmes sincérité et intransigeance au milieu de conditions pas faciles. Savoir s’exposer lorsque le danger menace c’est réellement faire preuve de courage.

critique par Walter Hartright




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