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Ces rêves qu'on piétine de Sébastien Spitzer

Sébastien Spitzer
  Ces rêves qu'on piétine

Ces rêves qu'on piétine - Sébastien Spitzer

Dans le bunker
Note :

   Les orgues de Staline bombardent Berlin, dans le bunker sont terrés les derniers représentants du Reich, les membres du dernier cercle, des tableaux de maîtres sont accrochés au mur de béton. Magda assiste à la dernière représentation du philharmonique, Speer distribue des capsules de poison pour eux et pour leurs proches, au cas où…
   
   Magda est une fille naturelle élevée par des sœurs dans un pensionnat en Belgique, une petite fille qui chaque soir jure qu'elle portera des belles robes, que son mari fera la pluie et le beau temps. Trentenaire divorcée, plein d'allant et sans contrainte, dans un meeting elle assiste à un discours enflammé de Goebbels, elle est tombée amoureuse, non pas de l'homme mais de ce qu'il incarne, devenir la première dame du Reich. Goebbels un nain à la gueule de rat qui traîne sa patte folle dans les coulisses des théâtres, dans les studios de cinéma en quête de proies pour assouvir ses vices sexuels.
   
   Ils sont des dizaines de milliers lancés sur les routes de l'Europe, cohortes de guenilles maculées, survivants comme lui, Aimé avance un rouleau de cuir caché dans la doublure de sa veste, il contient des lettres enroulées, mémoire des camps, témoin de leurs vies effacées, des mots écrits par des dizaines de mains.
   
   La grange est fermée du dehors, c'est plein de paille, ça empeste l'essence, ils savent qu'ils vont brûler. Judah, n'a que 15 ans, il a repéré une fracture entre deux planches, Judah récupère un rouleau de cuir sur un corps qui entrave le passage et réussit à échapper au brasier en compagnie d'une jeune femme Fela et de sa petite fille Ava , née dans un camp une bâtarde rejetée, un rejeton de soldat allemand. Une fenêtre qui vole en éclat, des centaines de plombs fendent la boite crânienne de Judah. Fela avec sa jambe gauche menacée de gangrène et Ava reprennent la route avec les précieuses lettres. Les américains, un camion avec une croix rouge, un homme en blouse blanche "putain d'infection, jamais vu une jambe dans cet état." Eva est maintenant toute seule, dernier maillon d'une chaîne de ceux qui ont transporté le rouleau de cuir.
   
   Parmi toutes ces lettres, celles écrites dans le camp de concentration de Buchenwald par Richard Friedländer commerçant juif, l'amour absolu et à sens unique d'un père pour sa fille adoptive Magda…
   
   Sébastien Spitzer nous fait vivre l'intimité des dernières heures d'Hitler enfermé dans son bunker à travers le portrait d'une femme ambitieuse, mariée à Goebbels, l'âme damnée d'Hitler. Toute la famille Goebbels sert la propagande nazie et donne l'image parfaite d'un ménage modèle, avec Hitler comme bon oncle. Elle n'hésitera pas à accomplir l'impensable, empoisonner ses six enfants.
   
   Avec une écriture réaliste et épurée il alterne la fin du Reich avec la lutte pour la survie des passeurs d'Histoire, dépositaire de la mémoire de l'horreur des camps de concentration. L'auteur dans une Postface éclaire parfaitement son récit entre fiction et réalité. Un premier roman tout à fait remarquable.
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critique par Y. Montmartin




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Quel premier roman !
Note :

   Défaite des Allemands. Ils sont en train de perdre cette guerre qui aurait fait vivre la civilisation aryenne aux confins du monde.
   
   A Berlin, Magda Goebbels doit se rendre dans le bunker, c’est là qu’Hitler a établi son quartier général pour échapper à la destruction de Berlin. Ses enfants, sont déjà là bas. Elle y retrouve également Speer, cet ami d'Hitler qu'elle déteste.
   
   Dans les camps, c’est la débandade, les Allemands deviennent de plus en plus cruels. On trimballe, enfin ce qu’il en reste, de ces fantômes d’un camp à l’autre. Certains décident de s’enfuir dont le dénommé Judah. Dans leur fuite, ils entrainent une femme et une enfant qui ne parle pas. Cette femme fit partie de celles choisies pour se prostituer auprès des allemands dans les camps. Mieux traitées mais haïes par les autres femmes. Elle a réussi a sauver ce bébé né en captivité, son bébé, et lui a appris à se taire afin qu'on s'imagine qu'elle n'existe pas.
   
   Sans oublier une sacoche qui doit absolument être préservée. Tout ce qui reste de l’âme d’un pauvre homme décédé dans le camp. La sacoche contient une longue lettre à sa fille.
   
   En parcourant ce livre, il ne faut pas oublier que c’est un roman qui nous raconte le terrible secret de Magda Goebbels : elle fut élevée par un beau père juif. De ce fait avéré, Sebastien Spitzer a créé cette histoire émouvante et plus que troublante.
   
   Ce livre est fascinant par son sujet : comment Magda Goebbels élevée avec amour par un Juif a-t-elle pu sombrer du côté obscur ? Devenir l’adulatrice de Hitler et zapper de son âme le sort des Juifs ? Car elle, elle savait bien entendu. L’ambition ne peut être que la réponse. Une égérie du nazisme portant le nom d’un Juif, impensable. Elle l’a d’ailleurs bien caché. Et son mari ? Ce pantin répugnant l’a t-il découvert ?
   
   Durant la lecture, je n’ai pu m’empêcher de penser à l’affaire Weinstein. Goebbels faisant autorité sur les jeunes actrices avec l’accord de sa femme. Car je pense que ce fait ne devait pas être une fiction.
   
   Magda Goebbels et son mari comme tous les monstres qui ont en commun la lâcheté, se sont donné la mort après que leur chef vénéré ait accompli le même geste. Ils ont emporté leurs enfants avec eux. Enfants dont la première lettre du prénom était un H. L’ainé Harald ne faisait pas partie du lot, enfant d’un autre mariage de Magda. Il participait comme pilote à la guerre.
   
   Un premier roman mais quel premier roman !

critique par Winnie




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