Lecture / Ecriture
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Bêtes féroces, bêtes farouches de Karen Köhler

Karen Köhler
  Bêtes féroces, bêtes farouches

Bêtes féroces, bêtes farouches - Karen Köhler

Kaléidoscope en noir
Note :

   "Bêtes féroces, bêtes farouches" : l’éditeur a retenu le titre de la huitième nouvelle, or il ne reflète pas plus l’ensemble des neufs récits que la quatrième de couverture où ce livre "respire(rait) la liberté". Le lecteur y éprouve plutôt le poids des situations dramatiques auxquelles la plupart des narratrices doivent faire face. Exposées à de douloureuses épreuves, — la maladie, l’abandon, la mort ou l’exclusion sociale — toutes n’ont pas la force de résilience pour les surmonter et la plupart subissent leur destin.
   
   On rencontre des portraits variés de personnages masculins, la plupart anonymes comme les héroïnes : dans la première nouvelle l’homme ne s’exprime pas mais sa présence donne espoir à la femme cancéreuse comme à celle qui hésite à accepter son amour dans "Stella Polaris". Dans "Feux d’artifice et "Starcode Red" le décès de l’homme aimé pousse l’une des femmes à tout vendre et à refaire sa vie ; l’autre à se dépouiller totalement jusqu’à mourir. Deux héroïnes affrontent des hommes antipathiques : dans "Noms et prénoms", un ancien amant violeur et volage ; dans "Portraits de famille" un père ivrogne et loqueteux. On croise par ailleurs deux belles figures de sauveurs : "Il Comandante", amical et joyeux, redonne le goût de vivre à une cancéreuse avant de décéder lui-même du même mal. Bill dans "Cow-boy et indien" sauve la vie d’une artiste dans la Vallée de la Mort. Les héroïnes des deux derniers récits font face à la disparition de leurs proches : celle du compagnon tant aimé que lui survivre est impossible dans "Bêtes féroces, bêtes farouches" ; ou celle de toute une famille de russes catholiques exclus qu’Assia attend de rejoindre dans la plénitude de sa foi.
   
   "Il faut d’abord devenir qui l’on est" déclare Bill. Selon l’auteure, cette découverte de soi s’accomplit dans la souffrance et dans le dépouillement, tant matériel que psychologique. Choisir de laisser anonymes la plupart de ces "bêtes" humaines nous désigne comme leurs semblables : leurs drames pourraient être les nôtres... Ce sombre tableau de la condition humaine miroite tel un kaléidoscope grâce à la diversité des formes littéraires, des nombreuses références musicales et des répliques en langues étrangères.
   
   À ne pas lire pour se distraire...
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critique par Kate




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Le fil du rasoir
Note :

   "Mon anniversaire tombe toujours en hiver. Chaque année. C'est nul. Parce que ce que j'aimerais, c'est une grande fête au parc avec tout le monde ou au bord d'un lac avec une nuit à la belle étoile et tout ça."
   

   8 nouvelles sur 9* de ce recueil sont de pures merveilles. Exceptionnel pour une autrice qui débarque en littérature avec une maîtrise tant du point de vue de la narration (elle n’abuse pas de la chute, mais parvient par la composition de ces textes à nous ménager de nombreuses surprises, sans effets de manche), que par le style.
   
   Toujours sur le fil du rasoir, entre émotions contenues et humour, les mots semblent avoir été placés dans les phrases avec un ordre inédit. Qu'elle s'intéresse au contenu d'une assiette
    "Des pommes de terre farineuses se mettent en quatre pour ne pas finir en purée."

    ou aux rues bordées d''herbes folles, à la manière dont un personnage rentre chez lui
    "je m'en remets à la technique pour arriver au cinquième étage", Karen Kohler parvient d'emblée à créer son propre univers, tant sa manière d'appréhender le monde et d'en rendre compte est personnelle.
   
   La solitude, la mort, la douleur, la fin de l'amour sont quelques uns des thèmes évoqués mais avec une telle intensité retenue et une telle humanité qu'on ne regrette pas d'avoir embarqué dans un tel voyage.
   
   A découvrir sans plus attendre . Et zou sur l'étagère des indispensables !
   263 pages époustouflantes.
   
   
   * La dernière nouvelle ne m'a pas convaincue.

critique par Cathulu




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