Lecture / Ecriture
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Couleurs de l'incendie de Pierre Lemaitre

Pierre Lemaitre
  Robe de marié
  Cadres noirs
  Alex
  Au revoir là-haut
  Travail soigné
  Trois jours et une vie
  Couleurs de l'incendie

Pierre Lemaitre est un écrivain français né en 1951 à Paris.

Couleurs de l'incendie - Pierre Lemaitre

Un plat qui se mange froid
Note :

   Donné comme une "suite" de l'excellent "Au revoir là-haut", "Couleurs de l'incendie" n'a en fait aucun rapport avec lui. On nous dit que les personnages de celui-ci sont parents avec ceux de celui-là, pourquoi pas ? On garde les noms, la situation familiale, et là s'arrête le lien. On ne reprend ni ne continue la première histoire. Moi qui m'inquiétais d'être gênée par ce que j'avais pu oublier du premier récit, je me faisais du souci pour rien.
   
   Ce qui frappe, c'est que ce qui nous est raconté ici est beaucoup moins original que ce qui emplit et porte "Au revoir là-haut". Il s'agit d'une famille ruinée par ruse et d'une vengeance, vous avouerez que cela s'est déjà vu. Grande famille riche, les Péricourt, la florissante "banque Péricourt", enterrent leur patriarche fauché à un âge déjà avancé. Le roman commence par cet enterrement grandiose qui nous présente sa fille, Madeleine, et son petit-fils de sept ans, Paul. Petit-fils qui vient justement de se défenestrer et de s'écraser sur le cercueil déjà dans le corbillard. C'est impressionnant. Suite à ce geste que personne ne comprend -c'était un gamin heureux- il ne marchera jamais plus. Mais dans un premier temps au moins, il est à l'abri du besoin, ce qui ne durera pas, certains se hâtant de profiter de l'inexpérience et du désarroi de sa mère pour les dépouiller de la totalité de leurs biens...
   
   De cela, et d'autre chose que je ne veux pas vous révéler plus tôt que ne le fait l'auteur, Madeleine jure de se venger.
   
   Le problème, c'est que j'ai trouvé ce roman un peu mou, sans doute trop long. Je crois qu'il aurait gagné à être resserré ou alors, c'est le manque d'effets de surprise, de coups de théâtre. Tout est très bien organisé, on admire les machinations, on suit leur déroulement, mais il n'y a pas de choc, de suspens, de frissons. Et surtout, mon problème a été que je ne me suis vraiment intéressée à aucun des personnages principaux, ni les bons, ni les méchants. Cela m'a frappée dans les pages 200 (sur 530) : j'ai réalisé que je me fichais un peu de ce qui allait arriver à Madeleine, femme qui n'a rien dans son caractère qui puisse faire que je m'y attache ou que je lui souhaite du bien, et même à Paul, qui n'est ni ne devient jamais "marquant" malgré son goût pour la musique. C'est étonnant quand on songe comment Pierre Lemaitre avait su nous faire vibrer pour les acteurs du premier volume. Il y a quelques second rôles plus intéressants (Léonce, et même Robert, par exemple, ou la Gallinato), mais cela ne suffit pas.
   
   Ceci dit, ce n'est pas du tout un mauvais livre. On prend plaisir à le lire, un plaisir un peu tiède et nonchalant, mais bon... c'est toujours ça. Disons seulement, que si j'avais perdu le livre aux deux tiers de ma lecture, je ne l'aurais pas racheté pour savoir la fin. Mais puisque je l'avais, je l'ai lu jusqu'au bout. Je crois que cette déclaration qui vient de me passer par l'esprit, illustre tout à fait mon ressenti.
    ↓

critique par Sibylline




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En attendant Hitler
Note :

   Si Monte Cristo avait dû s’allier à une femme, cela aurait été de toute évidence avec Madeleine Péricourt.
   
   Le spectre de la guerre s’éloigne petit à petit.
   
   Madeleine, dont le mari est toujours en prison, vit heureuse avec Paul son fils dans l’hôtel de Marcel Péricourt. Elle rejoint la nuit, le percepteur de l’enfant. La vie suit son court.
   
   Mais la vie ayant toujours une fin, Marcel Péricourt décède. Le jour de son enterrement, son petit fils Paul se jette d’une fenêtre sur le cercueil. Madeleine est désespérée d’autant que suite à cet accident, Paul ne saura plus marcher. Elle va s’occuper de lui sans cesse, ne sachant comment lui redonner le sourire. Et c’est la musique ainsi qu’une divine bonne polonaise qui vont ramener un semblant de bonheur à l’enfant.
   
   Je n’en dirai pas plus concernant l’enfant car je dévoilerais une grande partie du roman.
   
   Madeleine donc, hérite de la totalité de l’héritage sauf quelques broutilles pour l’un et l’autre.
   
   Son oncle Charles enrage de ramasser les miettes.
   
   Madeleine ne comprenant rien aux affaires fait totalement confiance au fondé de pouvoir qui travaillait avec son père. Elle signe les papiers sans poser de question.
   
   Ce dernier rêve d’épouser la fille du banquier. D’autant que cela avait été a deux doigts de se réaliser auparavant. Mais peine perdue, elle ne voudra jamais de lui. Seul son fils lui importe.
   
   Madeleine ne réalise pas que l’on complote. Elle va tout perdre et devoir quitter l’hôtel familial appartenant à présent au fondé de pouvoir.
   
   La vengeance de Madeleine sera sans limites. C’est avec l’aide d’un ancien complice de son mari, Dupré, qu’elle va tricoter maille par maille la déchéance de certains.
   
   Excellent roman de cette rentrée littéraire d’hiver. Totalement différent au vu des personnages et de l’époque de "Au revoir là haut". Et l’on voit le spectre de la seconde guerre qui se silhouette d’autant qu’Hitler est arrivé au pouvoir.
   
   Oui excellent roman.
    ↓

critique par Winnie




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Petits arrangements entre amis
Note :

   1929, la disparition du banquier Marcel Pericourt survient à une époque inquiétante tant sur le plan économique que politique.
   Madeleine, sa fille, divorcée, a trouvé une solution fonctionnelle, faire de son amant André, le précepteur de son fils Paul, âgé de 7 ans, un enfant timide et bègue.
   Le député Charles Péricourt, frère du défunt, n'est pas d'une intelligence supérieure mais c'est un malin et la mort de son frère peut le sortir de difficultés personnelles.
   
   Il est prévu que Paul figure en tête du cortège funéraire auprès de sa mère. Mais Paul est allongé sur le dos, du sang coule de ses oreilles, il vient de s'écraser du deuxième étage sur le cercueil de son grand-père. Paul s'est brisé la colonne vertébrale, il ne remarchera plus jamais.
   A-t-on poussé Paul et pourquoi aurait-on fait une chose pareille ?
   
   Avec une écriture fluide et limpide, Pierre Lemaitre nous conte l'histoire d'une vengeance froide et inhumaine, la vengeance d'une femme et d'une mère flouée par l'homme de confiance de son père avec la complicité d'un oncle cupide, trahie par une employée devenue sa confidente et humiliée par un ancien amant dont la seule ambition est de devenir journaliste. Un ouvrier sera l'instrument de son impitoyable rancune.
   
   Ce nouveau roman de Pierre Lemaitre ressemble aux plus belles pages d'Emile Zola, il a le talent de nous faire revivre cette période d'entre-deux guerres à travers des personnages d'une grande force. Les trafics d'influence, les petits arrangements entre amis, les magouilles, le boursicotage nouveau sport à la mode, les scandales bancaires, les fraudes fiscales les pratiques douteuse de la presse, l'auteur dénoncent les milieux d'affaires et de la politique, et ceux qui les fréquentent. A travers Paul nous vivons aussi la montée du nazisme en Europe avec ses terribles lois d'exclusion, ainsi que les débuts de la publicité et sa force de persuasion.
   
   Une intrigue efficace et bien documentée, une galerie de personnages qui recréent cette période trouble entre deux conflits, un roman qui met en avant, que 80 ans après, bien des maux de notre société sont bien encore présents. Une vraie réussite, un gros coup de cœur.

critique par Y. Montmartin




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