Lecture / Ecriture
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La petite danseuse de quatorze ans de Camille Laurens

Camille Laurens
  Les Travaux d’Hercule
  Celle que vous croyez
  La petite danseuse de quatorze ans

Camille Laurens est le nom de plume de Laurence Ruel, écrivaine française, née en 1957 et jury du prix Femina.

La petite danseuse de quatorze ans - Camille Laurens

Un document passionnant
Note :

   "Sa statuette, qui emprunte aux techniques médicales et aux fabrications d'objets courants est donc aussi et avant tout une immense réflexion sur la puissance de la création et en particulier de la sculpture."
   

   Nous avons tous en tête, tous, la sculpture de Degas, reproduite à de très nombreux exemplaires. Mais qui connaît l'identité de "La petite danseuse de quatorze ans" qui posa pour le sculpteur ?
   
   Dans cette enquête, Camille Laurens s'attache à retracer la vie en apparence "minuscule" de Marie van Goethem et, à travers elle, à brosser le portrait de toutes ces petites filles pour qui la danse représentait plus un moyen de survie, via l'exploitation éhontée de leurs corps, qu'un art exaltant.
   
   L'auteure s’attache aussi à la manière dont l’œuvre elle-même a été accueillie, de manière très violente au début, avant de connaître une renommée mondiale.
   
   Très documentée, tour à tour émouvante et révoltante, cette enquête analyse aussi les relations entre l'artiste, son modèle et la manière dont une œuvre est reçue par le public. Un document passionnant qui se dévore comme un roman.
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critique par Cathulu




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L’œuvre et le modèle
Note :

   Des parents belges émigrés pour fuir la misère, des déménagements successifs à la cloche de bois, cadette de trois sœurs, Marie quatorze ans, dans les années 1880, danse comme petit rat à l'Opéra de Paris. Elle est renvoyée par le directeur qui en a eu assez de ses absences à répétition. Elle a deux autres métiers parce que les sous gagnés à l'Opéra ne suffisent pas à la nourrir elle et sa famille, elle vend son corps frêle, sur ordre de sa mère, dans des bouges, elle pose aussi pour des peintres et des sculpteurs. Parmi eux il y a Edgar Degas.
   
   La petite danseuse, statue en cire, habillée de vrais vêtements et coiffée de vrais cheveux comme une poupée, fait scandale lors de sa présentation au salon des indépendants de 1881. L’œuvre et le modèle se confondent en une même hostilité, une même haine. On la compare à un singe ou un aztèque, on lui trouve un visage où tous les vices impriment leurs détestables promesses. Après la mort d'Edgar Degas en 1917, vingt-deux moulages en bronze seront fondus et dispersés dans des musées et des collections privées. Visible au musée d'Orsay, la statuette et son modèle exercent encore aujourd'hui une véritable fascination.
   
   Marie, la petite danseuse, a disparu sans laisser de trace. Qu'est-elle devenue ? a-t-elle eu des enfants ? Où se trouve son corps ? L'auteure, soucieuse de ne pas tomber dans la fiction, de ne pas séparer le modèle de l'artiste, nous entraîne donc sur les pas de Marie, nous fait entrer dans l'atelier de Degas pour les premières séance de pause et nous dresse le tableau d'une époque où les mœurs en usage sont une absence totale de mœurs, quand on a une fille c'est une aubaine, on peut toujours la vendre !
   
   Portrait d'une jeune fille au visage maladif, vieille avant l'âge, dont le corps est l'outil de travail. Portrait d'un peintre bourgeois réputé hautain dont la vue a beaucoup baissé et qui décide de sculpter car il lui faut privilégier d'autres sens. Un homme qui place son art au dessus de toute autre activité, qui y occupe toutes ses pensées, tous ses désirs, toute sa sensualité. Portrait d'une époque vénale et jouisseuse où à quinze ans des jeunes filles sont déjà alcooliques, d'autres mortes de la tuberculose, d'autres entrent dans la prostitution sans avoir eu d'enfance.
   
   Beaucoup d'émotion à travers ces pages d'autant plus que le destin de Marie évoque pour l'auteure la vie de sa grand-mère engrossée par un garçon vite envolé et obligée de quitter son coron natal pour aller accoucher à paris dans l'anonymat de la grande ville.

critique par Y. Montmartin




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