Lecture / Ecriture
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Guerre et guerre de László Krasznahorkai

László Krasznahorkai
  Sous le coup de grâce
  Guerre et guerre

László Krasznahorkai est un écrivain et scénariste hongrois de SF, né en 1954.

Guerre et guerre - László Krasznahorkai

Aux franges de la folie
Note :

   "Guerre et guerre" est certainement un grand roman. Le genre de grand roman, malheureusement, dont on ne s’aperçoit que longtemps après l’avoir lu qu’il était grand. Mais je n’en suis pas sûr. Pour l’instant je suis encore sous le coup de l’aspect "purge" qu’il présente par passages.
   
   Il faut dire que György Korim, le protagoniste principal de ce roman que nous allons suivre depuis la Hongrie jusqu’à New York et in fine en Suisse à Schaffhausen, est du genre dérangé sérieux, qu’il vit surtout dans sa tête, davantage que dans le monde réel, et qu’il porte en lui, qu’il vit avec, quatre personnages dont il est question dans un manuscrit cryptique qu’il a exhumé dans le cadre de son boulot d’archiviste et qui ont manifestement achevé de lui mettre la tête à l’envers. (D’ailleurs, au moment où j’écris ceci me vient en tête une comparaison qui s’impose, notamment pour la partie new-yorkaise, "Cité de verre" de Paul Auster)
   
   Kasser, Bengazza, Falke et Toot, les quatre personnages en question, eux, voyagent, au travers du manuscrit qui obsède tant Korim et qu’il entreprend de raconter, de mettre à la disposition du public sous une forme "immortelle" (internet !!), dans le temps et l’espace européen, à la recherche de paix, de La Paix , fuyant violences et guerres. On ne comprendra pas ce que sont réellement ces quatre hommes ; des anges incarnés en hommes ? De simples personnages de roman totalement idéalisés par Korim ? … ? On ne saura pas et Laszlo Krasznahorkaï en profite pour nous balader salement, sans souci de vraisemblance ou de détails. De toutes façons, il a versé côté cinglé, l’ami Korim.
   
   Ca en fait un roman plutôt difficile à lire. Les 50 premières pages me furent plutôt un calvaire et je me suis demandé comment j’irai au bout. Mais j’ai déjà ressenti cet effet à la lecture de romans qui se sont avérés au bout du bout de tout les grands romans ("Belle du seigneur" par exemple). La suite des pages, une fois bien rentré dans l’atmosphère et les particularités imposées par Krasznahorkaï acceptées, est plus intéressante mais déstabilisante quand même. En même temps, avec un cinglé aux commandes…
   
   Le style est intéressant. Il existe indéniablement mais ne rend pas la lecture des plus aisées. On peut ne pas aimer.
   
   Au bilan, un ouvrage original, qui demande pas mal d’implication de la part du lecteur. Et qui est, peut-être, un grand roman ! La traductrice, Joëlle Dufeuilly, a dû en baver, m’est avis.
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critique par Tistou




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Roman dans le roman
Note :

   Le début de l’histoire :
   Un obscur historien, nommé Korim, travaillant dans le centre des archives d’une petite ville de province en Hongrie, découvre tout à fait par hasard un manuscrit énigmatique aux thèmes et au style captivants, qui date sans doute de plusieurs siècles, et qui apparaît à Korim comme un texte capital, essentiel, qu’il doit diffuser le plus largement possible.
    Il décide de quitter sa ville et son emploi pour se rendre à New York qu’il considère comme le centre du monde et où il pense sans doute mener à bien sa mission de faire connaître ce manuscrit.
    En chemin, il se fait agresser plusieurs fois, fait des rencontres décisives de personnes qui vont l’aider, et vit des tas de péripéties qui le rapprochent de son but.
   
   Mon avis :
   C’est un roman très prenant, que l’on ne parvient à comprendre que très progressivement car les éléments importants sont délivrés peu à peu.
    Le personnage principal, Korim, est une sorte de fou, atteint d’une continuelle logorrhée et d’obsessions tenaces, mais il est aussi attachant par sa sincérité et sa ténacité, sa passion pour ce manuscrit.
    J’ai pensé plusieurs fois que ce livre ferait un film intéressant car certaines scènes très étranges créeraient des images marquantes, et font en tout cas penser que cet écrivain a un imaginaire très visuel.
    Rebondissements et péripéties s’enchaînent comme dans un roman d’aventures, mais le milieu du roman est plus calme puisque Korim raconte le contenu du manuscrit à une jeune femme dans une cuisine, alors qu’elle lui tourne le dos, postée devant une gazinière, et qu’on ne sait pas si elle parle la même langue que Korim, si elle comprend ce qu’il dit.
   
    Le style est fait de très longues phrases, parfois de plusieurs pages, mais elles sont très rythmées, très structurées, et ne vous perdent pas en cours de route, ne provoquent pas non plus l’ennui, bien au contraire.
   
    Mise en abyme, roman dans le roman, jeu entre fiction et réalité, imbrications de narrations les unes dans les autres, sont aussi des éléments que l’on retrouve ici.
   
   Extrait page 100:
   "C’est peut-être la première fois que cela arrive mais je ne suis pas venu aux USA pour démarrer une nouvelle vie, dit Korim en préambule et, tout en se demandant si son interlocuteur qui, alangui par les nombreuses bières ingurgitées, était affalé sur la table, tout en se demandant, donc, si celui-ci l’écoutait ou dormait, il reposa son verre, posa la main sur l’épaule de l’homme, jeta des regards autour de lui et poursuivit, en baissant la voix : j’aimerais plutôt mettre fin à l’ancienne."

critique par Etcetera




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