Lecture / Ecriture
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La mise à nu de Jean-Philippe Blondel

Jean-Philippe Blondel
  Un minuscule inventaire
  1979
  Le passage du gué
  Juke Box
  Accès direct à la plage
  This is not a love song
  Le baby-sitter
  G229
  Et rester vivant
  06h41
  Un hiver à Paris
  La mise à nu
  Dancers
  La grande escapade

Jean-Philippe Blondel (né en 1964) est un écrivain français. Il enseigne également l'anglais en lycée.

La mise à nu - Jean-Philippe Blondel

Doucement ironique, à peine cynique
Note :

   "Parfois, hurler est tout ce qu'on rêve de faire"
   

   Louis Claret, professeur d'anglais divorcé, père de deux grandes filles, est proche de la retraite. Il fut un professeur "solaire", il est à présent désabusé et vieillissant. Une exposition de peinture à laquelle il se rend pour passer le temps et grignoter quelques petits fours le met en présence de l'artiste, un de ses anciens élèves. Adolescent passe-muraille, Alexandre Laudin est aujourd'hui un peintre de renom. Les deux hommes sympathisent et Alexandre demande à Louis de lui servir de modèle...
   
   J'adore Jean-Philippe Blondel. J'aime sa langue, ses phrases courtes, son univers un brin mélancolique, juste ce qu'il faut, jamais larmoyant. J'aime sa façon d'observer le monde, les autres et lui-même, doucement ironique, à peine cynique. J'ai donc beaucoup apprécié ce livre, qui m'a tenue en haleine. Eh oui, j'espérais un "twist" à la fin, quelque chose de bien tordu... le personnage d'Alexandre, ambigu au possible, se prêtait bien à ce genre de choses. J'en ai été pour mes frais. Entendons-nous bien : le roman est excellent, il distille une nostalgie délicate et jamais amère, il est subtil et profond dans son analyse du temps qui passe, des choses et des gens qu'on a aimés, perdus. Le personnage de Louis m'a touchée: assez perdu et esseulé lorsqu'il retrouve Alexandre, cette rencontre lui ouvre des horizons, la possibilité de se livrer corps et âme, de "se mettre à nu" dans tous les sens du terme, suscitant les ragots et même la jalousie et l'intérêt de son ex-femme, Anne. Il y a aussi de très belles réflexions sur la paternité, les enfants :
   
   "Tout ce temps où nous nous sommes mis entre parenthèses, parce qu'ils étaient plus importants que nous, parce qu'ils étaient plus importants que nous, parce qu'ils étaient la prochaine génération, l'avenir, l'espoir, et parce que nous devions les protéger, parce que c'était le rôle qui nous incombait. Nous prétendons que les années ont filé à toute allure, que nous avons à peine le temps de nous retourner- en vérité, elles nous ont laissés exsangues, les traits tirés, des tâches violacées et rouges sur notre peau et dans nos mémoires. La maison est silencieuse, soudain. Nous tournons en rond. Devant le miroir de la salle de bains, nous nous faisons face. Nous nous reconnaissons à peine. Les bruits paraissent étouffés. Comment allons-nous occuper les semaines et les mois à venir?"
   

   Que du bon...
   
   Mais il y a la fin, si abrupte, et qui m'a laissé totalement frustrée... une fois de plus, je suis restée sur le carreau, la liseuse entre les mains, cherchant désespérément le pourquoi du comment que je n'ai toujours pas trouvé, malgré plusieurs relectures des dernières pages. C'est dommage, je n'en finis pas de pester contre ces auteurs qui me privent de plus en plus souvent d'une conclusion solide, UNE CONCLUSION, quoi ! Pas non plus du genre "ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants " mais une VRAIE fin, quelque chose qui me permet de fermer le livre en me disant "ah ah quelle bonne façon de conclure, comme c'est malin, je ne n'y attendais pas, oh il m'a bien eue, c'était donc ça, bon sang, mais oui..." Dommage, vraiment dommage car cette "Mise à nu" m'a tout de même particulièrement embarquée.
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critique par Une Comète




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Les chemins que l'on n'a pas pris
Note :

    Depuis son divorce avec Anne il y a plusieurs années, Louis Claret, professeur d'anglais vit seul et n'a pas refait sa vie.
    A 58 ans la retraite approche et après une vie passée à enseigner, à lire, arrive maintenant le poids de la solitude et ce regard douloureux porté en arrière.
    A l'occasion d'un vernissage de peinture, il retrouve un ancien élève qui est devenu un artiste reconnu et célébré, Alexandre.
    L'artiste l'a invité et lui demande une requête toute particulière : accepterait-il d'être son modèle afin de réaliser son portrait ?
    En acceptant, Louis va être amener à renouer avec des souvenirs enfouis, à refaire le chemin à l'envers et ainsi se confronter à son passé.
    Les heures de pause se transforment pour Louis en échappées belles qui lui permettent de renouer avec l'écriture et reprendre son journal intime.
    Pour Alexandre, aussi, le regard posé sur Louis, professeur jadis admiré, sera l'occasion de se confronter à une nostalgie troublante et douloureuse.
    Les séances représentent un moment d’introspection où l'un comme l'autre va explorer son histoire.
   
    C'est un livre d'une grande élégance où l'auteur entraîne ses personnages dans une mise à nu faite de beaucoup de douceur et de tendresse.
    Jean-Philippe Blondel connaît l'âme humaine et le doute qui s'empare d'un homme à une étape critique de la vie.
    Il nous offre aussi un excellent moment de lecture quand il parle de l'importance de l'art dans l'existence, que ce soit l'écriture pour Louis ou la peinture pour Alexandre.
    C'est un livre sur l'intime tout en retenue, l'auteur possède une écriture feutrée et délicate qui sait si bien explorer les souvenirs et les chemins que l'on n'a pas pris.
   
    Une très belle lecture, la fin peut toutefois laisser le lecteur en attente, mais c'est une très belle réflexion sur la vie.

critique par Marie de La page déchirée




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