Lecture / Ecriture
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La chair de Rosa Montero

Rosa Montero
  La fille du cannibale
  Instructions pour sauver le monde
  Le roi transparent
  Belle et sombre
  Le territoire des barbares
  La folle du logis
  Des larmes sous la pluie
  L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir
  Le poids du cœur
  La chair

Rosa Montero est une romancière et journaliste espagnole née en 1951 à Madrid.

La chair - Rosa Montero

I'm just a gigolo ♫♪
Note :

   En deux mots
   Soledad a 60 ans. Elle s’offre les services d’un gigolo pour se prouver que sa vie amoureuse n’est pas terminée. Ce faisant, elle se prend dans un drôle d’engrenage…"
   
   Où?
    Le roman se déroule à Madrid et dans sa banlieue. On y évoque aussi un voyage à Barcelone et Bahia, au Brésil ainsi que le village de Janty, à côté de Niagan en Russie.
   
   Quand?
    L’action se situe de nos jours.
   
   Ce que j’en pense
   "Cher lecteur, j’aimerais te demander un service. Et il s’agit de garder le silence. La tension narrative de ce roman repose sur l’erreur de croire que, dans la relation entre Soledad et Adam, le personnage potentiellement dangereux est…(…) si, on le raconte, la structure, le rythme et le mystère du texte tombe à l’eau. Un grand merci."
   Il est bien rare qu’un auteur s’adresse en postface à son lecteur et plus rare encore qu’il l’enjoigne de ne quasiment rien révéler de son roman. La tâche du chroniqueur devient alors difficile. Je vais toutefois essayer de relever le défi, essayer tout à la fois de vous faire aimer "La Chair" tout en respectant le vœu émis par Rosa Montero de ne pas trop en dire.
   
    Soledad a soixante ans. Un âge ingrat, surtout lorsque l’on vient d’être quittée et que l’on se retrouve seule au moment d’aller à l’opéra où le traître sera présent avec sa nouvelle conquête. Surtout lorsque l’on prend soin de s’étudier face au miroir: "Le corps était une chose terrible, en effet. La vieillesse et la détérioration s’y tapissaient insidieusement et l’intéressé était souvent le dernier à l’apprendre, comme les cocus du théâtre classique."
   

   Mais Soledad a des ressources. Elle gagne bien sa vie, prépare une nouvelle exposition sur le thème des artistes maudits, et décide d’avoir recours aux services d’un gigolo qu’elle trouve sur le site AuPlaisirDesFemmes.com et qui lui servira de chevalier servant pour ses sorties. Le jeune Russe est non seulement beau, mais charmant et attentionné et Soledad va finir va se laisser prendre au jeu. Tout en sachant que sa relation n’est pas amoureuse, qu’elle paie pour un service, elle va avoir envie d’y croire. Elle va passer beaucoup de temps à se faire belle, va avoir envie de faire des cadeaux à son jeune amant, un téléphone portable, une garde-robe, des repas dans les grands restaurants. "Elle commençait à se sentir désespérée qu’ils ne se retrouvent que pour faire l’amour, que leur relation reste enfermée dans la cage étroite de la clandestinité et de la routine." Du coup, cette relation tarifée va virer à l’obsession. Elle va chercher à en savoir plus sur le beau gigolo, suit son emploi du temps à la minute, fait le guet devant son immeuble de la banlieue de Madrid, le piste durant ses déplacements...
   
    Du coup, on se demande si le piège n’est pas en train de se refermer sur elle. Ne devient-elle pas dépendante, "folle" de son amant. Un peu à l’image de ces écrivains maudits qu’elle étudie et dont elle nous raconte les errements. Dans cette galerie, outre Philip K. Dick et Anne Parry, on trouve William Burroughs, Maria Luisa Bombal et Maria Carolina Geel, deux femmes écrivaines chiliennes du XXe siècle qui ont tué leur amant, Maria Lejáragga qui a laissé son mari endosser la paternité de son œuvre, sans oublier Josefina Aznárez, dont on aurait bien aimé qu’elle existât. Cette femme qui se fait passer pour un homme et dont la supercherie, au moment d’être découverte, va l’entraîner vers une fin tragique, mériterait un roman à elle toute seule ! Mais comme promis, je n’en dirai pas davantage. Ayant commencé cette chronique par la postface, je la conclurai par le début, par une définition de la vie à la Soledad : "La vie est un petit espace de lumière entre deux nostalgies : celle de ce que vous n’avez pas encore vécu et celle de ce que vous n’allez plus pouvoir vivre."
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critique par Le Collectionneur de livres




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Palpitant du début à la fin
Note :

    En postface, l'auteur demande de garder le silence sur un élément de tension narrative. Quand on sait de quoi sont capables certains journalistes, cela sent le vécu. Ne craignez rien de moi, surtout que cet élément -que j'avais deviné en partie- n'était pas pour moi l'essentiel.
   (Et ça n'a pas raté! Dans l'Obs du 2 février je découvre un article sur ce roman, qui déjà jette le trouble... C'était bien la peine, Rosa... )
   
    D'autant plus que l'auteur encore une fois nous livre un roman palpitant du début à la fin, sans graisse superflue et bien musclé, à l'instar du héros, Adam. Je laisse chaque lectrice imaginer ce trentenaire, électricien à ses heures et escort boy à d'autres (ce qui rapporte plus).
    Soledad (solitude en espagnol) engage ses services, au départ pour faire bisquer son amant Mario dont elle est séparée depuis quelques mois, lui se consacrant à son épouse, enceinte. Mais cela ne va pas tourner comme prévu.
   
    Oui, je vous laisse page 35 sur 200.
   
    Soledad a pile poil soixante ans, mais en paraît bien moins, elle sent que le temps passe, pour les enfants c'est trop tard. La suivre est à la fois drôle et pathétique.
   
    Par ailleurs ses activités professionnelles l'amènent à vouloir monter une exposition sur les écrivains maudits, et le roman est parsemé d'histoires -vraies ou pas- sur ces maudits.
    "Les gens ne savaient pratiquement jamais quand c'était le dernière fois qu'ils faisaient quelque chose d'important pour eux."
   
    "Peut-être était-ce la désolation d'avoir atteint soixante ans, alors qu'intérieurement elle en avait toujours seize."
   

    Je me suis aussi amusée de voir intervenir la journaliste Rosa Montero comme personnage.
   
    Bref, quand il s'agit d'un roman de Rosa Montero, je suis forcément conquise; fluidité de la plume, imagination vive, elle peut m'emmener là où elle veut, sans oublier ces réflexions qui font mouche.

critique par Keisha




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