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Les séances de Fabienne Jacob

Fabienne Jacob
  Corps
  Mon âge
  Les séances

Fabienne Jacob est une écrivaine française, née en 1959 en Moselle.

Les séances - Fabienne Jacob

142 pages essentielles
Note :

   "Ils se tiennent loin de ceux qui connaissent seulement un pays, voire un canton, le leur. Ils ne savent pas qu'on fait parfois plus d'expériences dans son petit village qu'à l'autre bout du monde. Et le sauraient-ils qu'ils le réfuteraient aussitôt en trois points."
   

   Pressée par un appel de sa sœur, Liv, Eva prend l'autoroute pour revenir dans son village natal de la frontière franco-allemande. En chemin, les souvenirs et les pensées de la photographe de mode pour enfants peignent un portrait impressionniste de cette famille de femmes hors-normes.
   
   Si Eva semble se tenir plus à distance des gens, exploitant leurs désirs avec cynisme, Liv, elle les écoute attentivement avant de leur délivrer "ses phrases uniques et sibyllines, des énigmes que les gens ruminaient, tournaient et retournaient dans tous les sens jusqu'à ce qu'ils trouvent l'issue à leurs problèmes par eux-mêmes à la manière d'un Rubik's Cube."
   

   Mais tout n'est pas aussi tranché et si Eva apparaît plus être du côté de la culture, de l'intelligence policée, et Liv, plus du côté de la nature, de l'instinct et du corps, progressivement nous prendrons conscience que les frontières sont plus floues: "Un jour, Liv lui a demandé T'en as pas marre d'être toujours intelligente ? Si Liv savait à quel point parfois elle ne l'est pas et surtout à quel point ça lui plaît de ne pas l'être !"
   

   Construit sous la forme de séquences, le roman de Fabienne Jacob évoque par petite touches qui s'agencent les unes par rapport aux autres les thèmes favoris de l'autrice: le corps des femmes, le vieillissement, mais aussi le rapport aux enfants, la rencontre avec un sanglier où le destin tragique de ces villes en "ange" de l'Est de la France.
   
   On retrouve avec un bonheur ineffable la langue goûtue de la romancière qui sait aussi se faire plus âpre pour dépeindre notre société. 142 pages essentielles.
   
   La forme, non linéaire, pourra dérouter mais hop sur l'étagère des indispensables !
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critique par Cathulu




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Sororité
Note :

   En deux mots
   Eva la photographe prend la route pour rejoindre sa sœur Liv. C’est l’occasion pour elle de revenir sur les épisodes marquants de leur vie, de leurs parcours respectifs. Un roman sensible et poétique qui explore l’essentiel.
   
   Où?
   Le roman se déroule principalement dans l’Est de la France, notamment le long de l’autoroute Metz-Luxembourg ainsi qu’en Moselle, notamment à Sarreguemines-Frauenberg.
   
   Quand?
   L’action se situe de nos jours.
   
   Ce que j’en pense
   Un beau et court roman qui le temps d’un voyage vers la frontière entre la France, l’Allemagne et le Luxembourg, va donner à Eva l’occasion de faire le point sur sa vie, sur ses relations avec sa sœur Liv et sa mère Irène. Un temps qui offre aussi, avec mélancolie et poésie, l’occasion de s’interroger sur les choses graves. Sur la vie et la mort, sur la famille, la naissance, sur la sensualité et le désir, sur le Corps – pour reprendre le titre d’un précédent roman de Fabienne Jacob.
   
   Si Eva a pris la route, c’est qu’elle répond à l’appel de sa demi-sœur Liv. Leurs différents parcours se rejoignent autour du titre du roman : toutes deux pratiquent des séances.
   
   Eva est une photographe reconnue, directrice d’un magazine dont elle a eu l’idée et dont elle est aussi la principale photographe. Ses séances tournent beaucoup autour des portraits, notamment d’enfants, dont elle sait comme personne sonder les mystères : "En les photographiant, Eva prend aux enfants une chose qu’ils ont au fond d’eux et qui n’a pas de nom, qui irradie du fond de leur être, on ne sait pas exactement où, se fraye un chemin dans le noir et qu’elle finit par faire remonter au grand jour. Quand ça apparaît sur la bouche et dans les yeux des enfants, ça porte enfin un nom, un nom qui dit bien que ça sort, que ça sourd l’expression."
   
   Liv est pour sa part l’héritière "du don de sa mère Irène et de sa grand-mère Biwi, elle poursuivait leurs pratiques. Les mains de trop femmes soulageaient lumbagos, migraines, sciatiques, mais aussi chagrins et mélancolies."
   C’est ainsi que sa pratique a évolué vers la psychothérapie, mais de manière assez étonnante. Après avoir écouté ses patientes (elle ne reçoit quasiment jamais d’hommes dans son cabinet), qui mettent leur ventre au centre de tout, "certaines s’estimant trop visitées, d’autres pas assez, d’autres jamais, la plupart, mal. Presque toutes se disent insatisfaites à cet endroit de leur corps." Liv prononce une seule phrase. Ainsi à cette femme venue se plaindre de ne pas avoir d’enfant, dont le "désir est un chemin de croix", elle dira "Rentre chez toi, ouvre grand ta fenêtre et jettes-y ton thermomètre."Quelques mois après, elle tombera enceinte.
   
   Au fil des kilomètres qui passent, des paysages qui défilent, on accompagne l’histoire d’Eva et de Liv, mais aussi celle de cette région.
   De cette promenade dans le vieux cimetière juif de Frauenberg qui est situé sur la frontière entre le France et l’Allemagne (et où j’ai aussi traîné mes pas étant enfant) jusqu’à cette Lorraine du charbon et de l’acier qui n’a plus charbon ni acier, ou si peu. "Personne n’y a jamais cru mais un jour la bête est devenue peau de chagrin, le festin avait eu une fin, il y a eu à nouveau un jour et une nuit, le ciel est devenu comme partout ailleurs, bleu le jour noir la nuit, les hauts-fourneaux n’ont plus craché, les villes se sont tues, les villes sont devenues propres et silencieuses, tout a fermé."
   
   Une évolution qui vient étrangement en résonance avec le destin d’Irène, mère biologique de l’une et adoptive de l’autre, qui décline jour après jour dans une maison de retraite, fort peu justement baptisée Sérénité.
   Elle retrouvera bientôt les anges, comme les suffixes de ces villes traversées, Florange, Hayange, Hagondange… Des suffixes qui "faisaient toujours la roue, la parade de paon se fout des mutations économiques."

critique par Le Collectionneur de livres




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