Lecture / Ecriture
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Une autre mer de Claudio Magris

Claudio Magris
  Danube
  Une autre mer
  Enquête sur un sabre
  Microcosmes
  A l'aveugle
  Classé sans suite

AUTEUR DES MOIS D'AOUT & SEPTEMBRE 2018

Claudio Magris est un universitaire, journaliste et écrivain italien, né à Trieste en 1939.

Une autre mer - Claudio Magris

Un choix discutable mais respectable
Note :

   Soit trois amis, Carlo, Nino et Enrico, qui ont achevé leurs études secondaires à Gorizia en 1907. Ils lisent Schopenhauer, découvrent Ibsen et Tolstoi. Le roman se focalise sur l'histoire d'Enrico Mreule né en 1886 dans une famille aisée de la bourgeoisie locale. Son ami Carlo Michelstaedter fait figure d'idole car il s'est lancé dans l'étude des penseurs grecs — ils en ont discuté ensemble dans sa mansarde — et il a soutenu une thèse qui sera publiée seulement après son suicide en 1910. À cette date Enrico a fait un autre choix, un choix contraire à son ami philosophe. De même qu'il n'a pas répondu à l'invitation de Tolstoï qui prêche d'abandonner les biens matériels pour le rejoindre, et qu'il s'éloigne de ses amis de jeunesse y compris de Paula, la sœur de Carlo avec qui il aime faire de l'équitation. Le 28 novembre 1909, il a embarqué pour l'Argentine afin de fuir l'armée "k.u.k" c'est-à-dire impériale et royale pour une autre raison que politique : quoique triestin il n'est pas de ces irrédentistes qui salueront Vittorio Veneto. "Au fond, le service militaire lui est insupportable à cause du col serré de l'uniforme et plus encore à cause des bottes, lui qui dès qu'il le peut va nu-pieds".
   
    Mais l'Argentine s'avère une impasse : Enrico, qui dédaigne donner des cours à l'association Dante Alighieri, quitte Buenos Aires et perd plusieurs années à élever des chevaux de la Pampa à la Patagonie avant que Nino ne vienne l'extraire de son expérience insignifiante. "Est-ce qu'il n'aurait pas mieux valu rester simplement ensemble à discuter dans la mansarde, au besoin sans écrire, au besoin sans que même Carlo écrive ?"
   

   Enrico rentre à Trieste en 1922 et après quelques années d'enseignement au séminaire se retire sur la côte de l'Istrie, devenue italienne et y reste, une guerre plus tard, quand elle devient yougoslave.
   
    Dès lors ce qui avait été une fuite devient un détachement, un détachement du monde des hommes. Enrico décline les possibilités : de continuer à enseigner, de satisfaire une épouse (elle le quitte), de retrouver Paula devenue veuve, de s'engager (ni fasciste, ni communiste). Décrocheur, "intellectuel déserteur" comme suggère la prière d'insérer, il ne s'attache qu'à la mer qu'il contemple, en barque ou assis sur le littoral. La mer c'est l'Adriatique contemplée depuis la côte d'Istrie. À quelle "autre mer" le titre renvoie-t-il ? À une mer intérieure de calme, de retrait du monde en échange d'une vie de dépouillement et même de misère matérielle. L'auteur montre à merveille cette tentation du refus du monde en même temps qu'il fait défiler sous nos yeux le passage du temps sur Trieste et ses environs, sur une ville et des habitants bien réels même si l'étiquette de roman s'affiche sur ce livre plutôt que celle de récit.
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critique par Mapero




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Rhétorique
Note :

   Je pense que Claudio Magris ne sait pas concevoir les choses simplement et qu’il aime les nœuds. Les nœuds dans la tête. Dans la sienne, dans celles de ses héros et in fine dans celles de ses lecteurs. Ca fait beaucoup de nœuds.
   Deuxième roman de Claudio Magris et seconde prise de tête. Avantage pour "Une autre mer" sur "A l’aveugle", il est court !
   
   Pour autant on ne peut pas dire de Claudio Magris qu’il écrit pour écrire, qu’il "s’écoute" écrire en quelque sorte. D’autres hélas pratiquent ce sport anesthésiant. Non, Claudio Magris a des idées intéressantes, des choses à dire (beaucoup), une culture immense (c’est indéniable) mais dans la mise en forme, dans sa façon d’écrire, il complique à l’excès les choses, il noie son lecteur là où d’autres en ferait un bonheur de lecture. On comprendra que je ne prends pas beaucoup de plaisir à lire Claudio Magris. A la limite – et pour faire un mot d’esprit – je prendrais plutôt beaucoup d’aspirine !
   
   Début du XXème siècle, à Gorizia, en Italie mais à l’exacte frontière de l’actuelle Slovénie, trois étudiants ; Enrico Mreule, Nino Paternolli et Karl Michlstädter (devenu Carlo) avaient l’habitude de se retrouver pour philosopher, discourir :
   "Dans la mansarde de Nino, à Gorizia, ils avaient lu tous les trois ensemble, dans le texte, Homère, les tragiques grecs, les présocratiques, Platon et l’Evangile, et Schopenhauer, dans le texte lui aussi bien entendu, et les Védas, les Upanishads, le sermon de Bénarès et les autres discours de Bouddha et Ibsen, Leopardi et Tolstoï ; ils s’étaient raconté en grec ancien leurs pensées et les menus faits quotidiens, comme l’histoire de Carlo avec le chien, en les traduisant ensuite en latin par plaisanterie."
   
Pas vraiment de la gaudriole, on en conviendra !
   
   Nos trois gaillards vont prendre de l’âge, bien sûr. Enfin pas tous puisque Carlo va, en se suicidant, acquérir le statut de sage indépassable. Et c’est le parcours d’Enrico qu’on nous conte, Enrico qui a cherché à mettre en pratique les théories professées par Carlo, et qui s’est gentiment "gaufré" dans sa vie, entre élevage de chevaux en Patagonie et... pas grand-chose sinon superbe isolement vis-à-vis de la société des hommes en Istrie, sur les bords de l’Adriatique.
   Deux admirateurs en miroir ; Enrico vis-à-vis de Carlo et réciproquement.
   Je vous le fais simple. Parce que le traitement et les considérations incidentes, elles, sont excessivement compliquées. Au moins pour moi. D’où l’aspirine dont il est question plus haut...
   
   Ne pas en déduire que Claudio Magris n’est pas pour vous. Clairement il n’est pas pour moi mais je suis persuadé que d’autres lecteurs le porteraient aux nues. Il faut essayer...

critique par Tistou




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