Lecture / Ecriture
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Le pouvoir de Naomi Alderman

Naomi Alderman
  Le pouvoir

Le pouvoir - Naomi Alderman

392 pages époustouflantes
Note :

    "Le pouvoir de nuire, de faire mal, est une forme de richesse."
   

   Les femmes, grâce à un organe apparu au niveau d'une clavicule, possèdent un nouveau pouvoir: celui d'infliger une douleur fulgurante, et même la mort. Elles ne sont pour autant pas invincibles, mais la peur a changé de camp et les hommes sont devenus le sexe faible.
   
   Aux États-Unis, en Arabie Saoudite, dans un petit État d'Europe de L'Est et bientôt aux quatre coins du monde, les femmes s’organisent, une nouvelle religion apparaît. Mais celles qui détiennent désormais le pouvoir vont-elles se comporter mieux que les hommes ?
   
   En choisissant de suivre le destin de quatre personnages, dont les destins vont évidemment se croiser, Naomi Alderman axe son roman sur la politique, la religion, les médias et le banditisme. Elles montrent les liens que ces puissances entretiennent mais ne perd pour autant
   pas de vue le côté humain de Tunde, jeune journaliste nigérian et unique héros masculin, Allie jeune métisse américaine au parcours chaotique, Roxy fille d' un truand anglais ou bien encore Margot, ambitieuse femme politique divorcée et mère de famille américaine.
   
   L’enthousiasme est très présent dans la première partie montrant le"Grand Changement", tandis que la tension monte dans la seconde qui relate les dérives du pouvoir.
   
   Les textes qui encadrent ce qui est présenté comme un "maudit livre" rédigé par un homme, augmentent la sensation de réel du roman et l’inscrivent dans une démarche présentée comme historique qui ne peuvent que susciter la réflexion. Une grand plaisir de lecture, un roman qui se dévore d'une traite et que la grande Margaret Atwood qualifie de "fulgurant", quoi de mieux pour se précipiter ?
   
   Le pouvoir, Naomi Alderman, Calmann-Lévy 2018, traduit de l'anglais (G-B) par Christine Barbaste, 392 pages époustouflantes.
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critique par Cathulu




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Manque de subtilité
Note :

   "Tunde élargit son cadre pour intégrer les spectateurs à l'arrière-plan, derrière les baies vitrées du centre commercial, et filmer leurs réactions : on voit des hommes qui cherchent à éloigner de force leur femme des vitres ; et des femmes qui les éconduisent d'un mouvement d'épaule, sans un regard, sans un mot, et qui, paumes écrasées contre les vitres, dévorent le spectacle des yeux. Tunde comprend alors que ce truc va prendre comme une traînée de poudre, embraser la planète tout entière et changer le monde. Plus rien ne sera jamais comme avant et cela le comble d'une telle joie qu'il se met à crier avec les femmes au milieu des flammes."
   

   Du jour au lendemain, les adolescentes s'aperçoivent qu'elles possèdent un pouvoir inconnu jusque là. Elles ont développé un nouvel organe au niveau de la clavicule, qui leur permet d'infliger des décharges électriques qui vont d'un chatouillement désagréable à la mort. Que vont-elles en faire ?
   
   Elles commencent par montrer à leurs aînées comment détecter le leur et s'en servir. Elles ignoraient le posséder. Puis, dans différents points du globe où les femmes sont particulièrement maltraitées, la peur change de camp et elles se vengent des hommes de toutes les manières possibles.
   
   L'histoire est racontée par plusieurs personnages, appartenant à des univers différents : Allie, jeune métisse américaine, destinée à devenir le fer de lance d'une nouvelle religion ; Margot, femme politique dévorée d'ambition, cherchant toujours plus de pouvoir ; Roxy, fille d'un truand anglais, violent et redouté et Tunde, reporter nigerian. Tous ces personnages vont se croiser et interférer les uns avec les autres.
   
   Si les femmes ont acquis un pouvoir redoutable, les hommes ne se laissent pas faire pour autant et vont réagir avec les moyens qu'ils ont toujours utilisés : l'argent et la guerre. La montée de la violence est inévitable.
   
   Ce roman me laisse des impressions mitigées. L'idée de départ est excellente et le début du livre réserve quelques scènes jubilatoires, quand, par exemple, des femmes enfermées et réduites à l'esclavage sexuel se retournent contre leurs bourreaux. On peut espérer à l'avenir un meilleur équilibre et une société plus juste.
   
   Ce n'est pas la direction que prend l'histoire. Très vite, nous voyons que des ficelles sont tirées par ce que j'appellerais une secte, où Dieu est une femme et où l'on revoit tous les textes sous cet éclairage là. Allie, la jeune métisse, se transforme en Mère-Eve, adulée par un cercle de plus en plus large de femmes.
   
   Margot, la femme politique, ne profite pas de son pouvoir pour instaurer plus d'équité et changer la société, mais continue sur la lancée vieille comme le monde de luttes d'influence dans son intérêt personnel et tous les moyens sont bons pour y arriver.
   
   Roxy est celle qui vit dans la violence la plus forte depuis toujours, puisque son père est un grand trafiquant et qu'elle même contribue à mettre sur pied une nouvelle drogue extrêmement dangereuse qui lui rapporte gros, mais qui ne la mettra pas à l'abri des manoeuvres retorses de sa famille.
   
   Tunde, le journaliste nigérian est en quelque sorte le témoin bienveillant de ce qui se déroule un peu partout, d'abord enthousiaste, puis de plus en plus inquiet de la tournure des évènements et du chaos ambiant.
   
   Le récit est addictif, l'envie de savoir fait tourner les pages rapidement, les rebondissements sont nombreux, mais sur un tel sujet j'attendais plus de subtilité et d'originalité et surtout le discours mystico-religieux et le délire paranoïaque de certaines m'ont rapidement lassée.
   
   Une semi-déception donc.

critique par Aifelle




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